décembre 5, 2020

Heilung – Ofnir

Avis :

Bien éloigné des caricatures véhiculées par les médias de masse, le métal est un genre particulièrement riche où les mélodies les plus douces côtoient parfois les sonorités les plus implacables. Du Black au symphonique, la palette des registres est suffisamment variée pour interpeller un large public. De même, ce courant musical donne lieu à de singulières expérimentations, elles-mêmes soutenues par un concept ou un syncrétisme de diverses influences. Cela se vérifie notamment avec des styles bien spécifiques tels que le dark ambient ou le folk pagan où de nombreuses formations, dont Heilung, s’essayent à appréhender la musique dans ce qu’elle a de plus viscéral.

Créé en 2014, Heilung est un groupe d’origines danoise, germanique et norvégienne dont l’univers se tourne essentiellement vers les mythologies de ces cultures respectives. Au-delà du décorum qui gravite autour du groupe, le concept retranscrit des sons et des ambiances qui remontent à l’âge de fer. Une époque sombre et tourmentée où les cultes le sont tout autant ; eu égard à des traditions antédiluviennes et des rites dont la teneur et la perpétuation ont progressivement sombré dans l’oubli. Heilung n’a pas la prétention d’avancer une rigueur (pré)historique, mais s’évertue à rester aussi fidèle que possible aux préceptes d’antan sur la base des maigres connaissances dont on dispose.

Cela passe notamment par des artéfacts et des textes runiques pour composer les chansons. Ces dernières sont assorties d’une instrumentation à la fois surprenante et variée. On songe aux os humains, aux hochets d’argile, à un ravanhatta ou même à une cloche rituelle hindoue, pour n’en citer que quelques-uns. Il en ressort un accompagnement plus ou moins présent, mais qui se distingue toujours par une qualité harmonique entêtante. À ce titre, la seconde partie d’Ofnir, soit à compter de Carpathian Forest, officie dans un registre plus timoré, invitant à une expérience musicale plus personnelle.

De balades éthérées en rythmiques incantatoires, l’ambiance sonore se révèle épurée, soulignant une connotation pleine d’authenticité. Malgré la retenue toute relative que le morceau suggère, In Maidjan demeure le point d’orgue de l’album. La force d’évocation y est remarquable et est parfaitement représentative du syncrétisme des influences scandinaves et germaniques sur fond de folklore et de paganisme. En guise de scissions avec la première partie, on dénotera une incursion déstabilisante avec Schlammschlacht. Un titre qui s’apparente à un long monologue, sorte de poème narré avec une verve quasi-extatique, qui préserve son aura sibylline pour une oreille non avertie et étrangère à la langue de Goethe.

En prenant l’analyse de l’album à rebours, les premiers morceaux se révèlent nettement plus expressifs et dynamiques. De temps à autre assimilés à des chœurs, les chants gutturaux sont légion et contrastent avec d’autres registres vocaux. Ces derniers se présentent sous le timbre séduisant de Maria Franz, les chuchotements de Christopher Juul et les chants diphoniques de Kai Uwe Faust. Une richesse qui permet d’étendre les influences du groupe à des intonations eurasiennes, majoritairement Mongoles et Tibétaines. À certains égards, on se rapproche d’une ambiance similaire aux rituels amérindiens, même si cela reste minoritaire.

Au final, Ofnir, le premier album studio d’Heilung, s’avance comme une œuvre singulière et forte. De par sa puissance d’évocation et son atmosphère crépusculaire, le groupe use de tous les moyens à sa disposition pour reproduire une musique oubliée. Dans une certaine mesure, la démarche rappelle celle de Wardruna, mais avec une tonalité nettement plus sombre, privilégiant les sons primaires et entêtants. Ponctués de chuchotements, de borborygmes, voire de sifflements reptiliens (!), les morceaux se développent sur la longueur afin d’aborder une histoire ou un thème précis. Avec une nette distinction entre les premiers titres et la seconde moitié de l’album, Ofnir multiplie les contrastes entre douceur et violence, comme pour mieux souligner la frontière entre deux mondes, deux époques, deux réalités. Les mystères évoqués demeurant alors leur passerelle.

  • Alfadhirhaiti
  • Krigsgaldr
  • Hakkerskaldyr
  • Schlamschlacht
  • Carpathian Forest
  • Fylgija Ear
  • Futhorck
  • In Maidjan
  • Afhomon

Note : 18/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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