mars 7, 2021

Seuls

De : David Moreau

Avec Sofia Lesaffre, Stéphane Bak, Jean-Stan Du Pac, Paul Scarfoglio

Année : 2017

Pays : France

Genre : Fantastique, Thriller

Résumé :

Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a personne pour la presser. Où sont ses parents? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l’unique survivante d’une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes: Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile… Mais sont-ils vraiment seuls?

Avis :

Le cinéma, c’est le monde de l’adaptation. L’adaptation de romans, bien évidemment, mais aussi de comics, vu l’engouement pour les super-héros, de manga en version live (et c’est parfois pas joli) mais aussi de la bande-dessinée franco-belge depuis un petit moment. Et si on pourrait croire que seul le cinéma français pouvait embrasser à bras le corps des BDs cultes comme Spirou, Gaston Lagaffe ou encore Largo Winch, les américains ont prouvé qu’il avait aussi une certaine culture de la case et de la bulle avec Les Aventures de Tintin. Jusque-là, on parle surtout de franchises très connues qui permettent d’attirer un large public au cinéma et de faire dans la comédie ou l’aventure. Pour autant, la BD franco-belge n’est pas qu’humour ou cascades, c’est aussi des projets de fantasy ou fantastique, et depuis 2006, Seuls fait partie de ces séries qui ont marqué le lecteur. Mais l’idée d’en faire un film (et même une trilogie) était un pari risqué, car la BD est moins connue que le reste et surtout, elle s’adresse à un public ciblé et pas au tout-venant. Ceci expliquant peut-être son four au box-office, alors que le film, aussi gentil soit-il, ne méritait pas un tel plongeon dans l’anonymat.

Très fidèle à la bande-dessinée, Seuls raconte le périple de cinq adolescents (plutôt des enfants dans la version papier) qui se retrouvent seuls dans une grande ville du jour au lendemain. Ils ne peuvent pas sortir de la ville, une épaisse fumée les empêche de passer. De plus, ils vont se rendre compte qu’un mystérieux personnage avec des couteaux les pourchasse et que quelqu’un maniant parfaitement l’arbalète en veut à leur vie. Pitch très simple, Seuls va essayer de ménager son suspens, laissant le spectateur dans le flou sur les raisons de ce départ des adultes et la présence de cette fumée qui semble gagner du terrain. Sorte de survival urbain dans un univers post-apo, le scénario du film repose exclusivement sur les découvertes que vont faire les gosses et sur leur manière de survivre. C’est très bien fichu, c’est fait de façon très intelligente et ceux qui connaissent la bande-dessinée ne seront pas dépayser, puisque le film suit scrupuleusement les cinq premiers tomes. Néanmoins, si le suspense est bien installé par David Moreau (pas étonnant venant d’un cinéaste qui a baigné longtemps dans le film de genre avec Ils et le remake de The Eye), le film manque d’intensité et cela est la faute à des personnages mal caractérisés et rentrant dans des clichés souvent pénibles.

Il faut dire qu’à travers les cinq enfants, on a tous les types que l’on peut croiser dans la rue. Dodji est le rebelle de la cité, retrouvé dans un commissariat, relativement mutique et qui n’hésite pas à rentrer dans le tas. Peu attachant, pénible dans cette volonté de faire cavalier seul, même s’il s’assagit par la suite et que l’on nous explique un passif larmoyant, cela ne parvient pas à nous le rendre sympathique. Il en va de même avec Leïla, l’héroïne jouée par Sofia Lesaffre. Si l’actrice est convaincante, son personnage reste très caricatural. Il s’agit d’une jeune fille garçon manqué, marquée par la disparition de son frère et qui souffre en silence. Faisant semblant d’être forte, elle cache une fragilité et reste un personnage fonction que l’on a déjà vu des milliers de fois. Quant aux trois autres, moins exploités, ils cochent les cases d’un cahier des charges simpliste, à savoir le fils de bourge peureux un peu geek, le jeune fougueux et insouciant plutôt drôle et la jeune fille timide qui n’accepte pas de ne pas revoir ses parents. Et le problème avec ces personnages, c’est que si on ne ressent pas de l’empathie pour eux, l’impact émotionnel est amoindri et on sera moins pris dans le film. D’autant plus que le twist final est très intéressant, malgré, là aussi, un méchant à côté de la plaque, qui est un cliché sur patte, un nazillon blond qui n’est pas crédible.

Reste alors la mise en scène de David Moreau qui est très plaisante et qui montre que le cinéma français en a sous le capot. On se plaint souvent du cinéma franchouillard à base de drames larmoyants ou de comédies random avec des propos parfois fallacieux, mais il existe aussi des cinéastes qui prennent des risques et qui tentent un autre cinéma. Si le fantastique se vend mal, on oublie que cela est peut-être à cause de producteurs frileux qui ne cherchent que l’appât du gain et de films ratés qui ont eu les honneurs de sortir en salle. Et cela a créé une méfiance du public envers le fantastique et l’horreur française. C’est dommage car Seuls démontre une volonté de créer une ambiance anxiogène avec une grande ville désertée, des enfants perdus et des attaques angoissantes. Le réalisateur, fort de son expérience dans l’horreur avec son collègue Xavier Palud, propose des séquences angoissantes rondement menées et place souvent ses protagonistes dans des situations dangereuses, comme le passage dans le tunnel avec les carreaux d’arbalète qui vont venir percuter le pare-brise. Ou encore lorsque le maître des couteaux poursuit les jeunes sous une pluie battante. Il est juste dommage que l’implication émotionnelle ne soit pas présente, la faute, comme dit plus haut, à des personnages pour lesquels on ne ressentira aucune empathie.

Au final, Seuls est le genre de film fantastique français que l’on a envie de soutenir malgré des défauts évidents. Le film va trop vite, ne prend pas forcément le temps de bien présenter ses personnages ou de créer des liens forts entre eux, et c’est à cause de cela que l’impact est moins fort. Néanmoins, entre une bonne mise en scène, un twist qui va surprendre les non-initiés à la bande-dessinée et une volonté d’injecter un semblant de film de genre à l’ensemble, le métrage de David Moreau s’avère assez plaisant pour être encouragé et soutenu.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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