octobre 24, 2020

Papillon

De : Michael Noer

Avec Charlie Hunnam, Rami Malek, Eve Hewson, Roland Moller

Année : 2018

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame, Aventure

Résumé :

Henri Charrière, dit « Papillon », malfrat de petite envergure des bas-fonds du Paris des années 30, est condamné à la prison à vie pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Il est envoyé sur l’île du Diable, en Guyane. Il va faire la connaissance de Louis Dega qui, en échange de sa protection, va aider Papillon à tenter de s’échapper…

Avis :

L’idée du remake n’est pas une chose nouvelle. On entend souvent des gens se plaindre du manque d’imagination du tout Hollywood, ne faisant finalement que des remakes sans imagination, soufflant sur un vent de nostalgie afin d’attirer le chaland. Mais depuis de très nombreuses années, et même décennies, l’histoire du remake est sur le devant de la scène. Et parfois, on ne le sait même pas. Scarface de Brian De Palma est un remake. The Thing de John Carpenter est un remake. En fait, ce n’est pas tant le fait de refaire un film qui pose problème, c’est sa raison de le refaire. Bien souvent, on fait un remake pour l’argent, pour attirer les gens sur un titre connu et essayer de capitaliser sur un effet nostalgique qui peut fonctionner. C’est une spécialité dans laquelle s’est engouffrée Disney avec ces adaptations live. Et on voit bien que ça ne fonctionne pas d’un point de vue artistique, même si les rentrées sont colossales. En même temps, voilà l’hégémonie du truc. Un remake doit être fait parce qu’il apporte une nouvelle réflexion, parce qu’il permet de mettre plus de choses dans la mise en scène. Un remake se doit d’être utile et pas seulement mercantile. Est-ce le cas avec Papillon ? Oui et non.

On ne peut, au départ, que féliciter la prise de risque sur le choix du réalisateur. Car si Michael Noer n’est pas un nouveau venu dans le septième art, Papillon est son premier film américain et on place donc un inconnu derrière la caméra d’un remake audacieux. Audacieux car l’original de Schaffner est un chef-d’œuvre qui place ni plus ni moins que Steve McQueen et Dustin Hoffman en tête d’affiche. On peut évidemment se demander si le choix s’est porté sur ce réalisateur en particulier car personne n’était assez fou pour se jeter corps et âme dans ce remake complexe, mais ce n’est pas tout à fait le cas. En effet, Michael Noer est un habitué du film carcéral, puisque son premier long-métrage est R, un film de prison âpre que l’on conseille fortement. Cela lui donne déjà l’avantage de maîtriser une partie des principales thématiques du film. Et on va se rendre compte que le film va s’éloigner gentiment du blockbuster commun pour afficher quelques séquences assez gores qui démontre une volonté de  percuter un peu le spectateur. Tête coupée à la guillotine, tripes à l’air pour récupérer des tubes d’argent, on sent que le cinéaste danois veut rendre la violence de son film palpable et c’est bien. Jusqu’à un certain point.

Car il est compliqué aussi de ne pas y voir les freins du studio, voulant certainement faire de Papillon un divertissement mainstream sans interdiction dans les salles. Malgré quelques fulgurances gores et un fond très dur, le film se révèle très sage dans sa mise en scène et dans le déroulement des actions. Si le héros va en prendre plein la gueule, s’il va partir à l’isolement plusieurs fois et que sa vie sera un enfer, on n’aura pas la sensation d’une souffrance extrême. Le film enchaîne les situations pour ne pas trop imposer une ambiance lourde et pesante. Il y a de la casse, des coups, des blessures, des pertes, on sera parfois à la limite de la folie, mais tout ça manque d’impact, manque d’implication. Et la raison est tout simple, on ne ressent pas d’empathie pour les personnages. Le duo Hunnam/Malek marche de façon partielle. On ne s’attarde pas suffisamment sur eux, sur leur passif et sur leur relation amicale et on ne craint pas grand-chose pour eux. Ils pourraient mourir que l’on s’en foutrait presque. Comme tout blockbuster lambda, le film manque de personnages forts, attachants et intéressants. Et pourtant, ça ne semblait pas si difficile que ça vu le parcours d’Henri Charrière et sa vie palpitante.

Reste alors les thématiques propres au film, à savoir le milieu carcéral, l’envie de liberté et le combat d’un homme qui a tellement envie de vivre, que rien ne peut l’arrêter, pas même une prison en Guyane aux méthodes abjectes. La prison est bien représentée comme un endroit insalubre, une zone poisseuse où la loi du plus fort règne. Les bagarres, les rivalités, les coups bas et les négociations sont nombreuses et démontrent que la vie en milieu carcéral n’est pas chose facile. On retrouvera les alliés, la mise en place d’un plan et petit à petit, le côté aventure va prendre le pas sur cette prison infâme. Prison qui devient même un mode de vie en part entière sur la fin du métrage, se déroulant sur l’île du diable. Outre l’aspect carcéral, on aura droit à un personnage atypique qui veut bouffer la vie à pleine dents. Papillon est un protagoniste intéressant dans sa résistance et son besoin de vivre libre. Un besoin tellement fort qu’il va résister à tous les sévices et tenir tête à tous les gardes, malgré la pression, malgré la torture, malgré la malnutrition. Malheureusement, le personnage n’est pas assez bien présenté et son chemin de croix va trop vite au sein du montage. Et Michael Noer aura bien tendance à s’appesantir sur des images fixes de l’homme observant l’horizon, cela ne le rendra pas pour autant plus attachant.

Au final, ce remake de Papillon est un film à gros budget qui manque d’implication et qui manque de viscères. Si c’est bien rythmé et que la mise en scène reste agréable, le film manque cruellement d’impact, que ce soit dans ses thématiques ou encore dans ses personnages. L’ensemble manque d’émotion, on ne ressentira aucune empathie envers les personnages et finalement, on sent que le réalisateur est brimé par des studios qui veulent en faire un film tout public, capitalisant sur deux jeunes acteurs qui ont le vent en poupe et un titre qui fait écho à tout cinéphile. Il en ressort donc un film pas désagréable, mais vite oubliable, ce que viendra confirmer son sort au box-office et en salles, devenant rapidement invisible. Bref, un remake dispensable, anodin.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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