décembre 5, 2020

L’Obsédé

Titre Original : The Collector

De : William Wyler

Avec Terence Stamp, Samantha Eggar, Mona Washbourne, Gordon Barclay

Année: 1965

Pays: Etats-Unis, Angleterre

Genre : Drame, Horreur, Thriller

Résumé :

Un jeune employé de bureau, Freddie Clegg, collectionneur de papillons, nourrit une passion éperdue pour une jolie étudiante, Miranda Grey. Tels les papillons, il la prend en filature et finit par l’enlever en la chloroformant. Il la séquestre dans une maison isolée et annonce à sa victime qu’aucun mal ne lui sera fait. Il la garde seulement pour lui.

Avis :

Immense réalisateur américain, William Wyler, c’est une filmographie affolante. Détenteur du plus de nominations aux Oscar dans la catégorie meilleur réalisateur, pas moins de douze, il a aussi raflé trois Oscar dans cette catégorie-là, et à chaque fois, il reçut aussi l’Oscar du meilleur film. Détenteur aussi d’une Palme d’Or, William Wyler a fait tourner les plus grands et bien souvent, en plus de grands rôles dans de grands films, beaucoup de ses acteurs se sont vus récompensés pour les rôles. Bref, en presque cinquante ans de carrière, William Wyler laisse derrière lui pas moins de quarante-sept films, qui sont tout autant d’œuvres à découvrir ou redécouvrir.

« L’obsédé« , c’est un film que l’on trouve dans la dernière partie de la carrière de William Wyler et avant de mettre la main dessus, je n’en avais jamais entendu parler et c’est bien dommage, car j’ai trouvé-là un véritable bijou de cinéma. « L’obsédé« , c’est le film parfait en tout point. C’est le film qui nous happe, nous passionne et jamais ne nous lâche. Avec son intrigue très simple, William Wyler livre-là un grand film aussi bien angoissant dans son suspens, qu’il est puissant dans sa psychologie. Magistralement interprété par ses comédiens, sur le fil du rasoir en permanence, en deux heures de temps, William Wyler compose un véritable chef-d’œuvre, ni plus ni moins !

Freddie Clegg est un homme solitaire qui a bien du mal à s’intégrer au monde qui l’entoure. Freddie n’a qu’une passion dans la vie, les papillons qu’il collectionne. Après avoir acheté une grande et belle maison loin de tout, il se met en quête de trouver la femme de sa vie, et cette femme, c’est Miranda Grey, une étudiante des beaux-arts. Freddie aurait pu l’accoster et tenter sa chance, mais il ne le voit pas de cet œil. Ainsi, il va kidnapper Miranda, l’enfermer dans une cave qu’il a parfaitement aménagée et il espère qu’ainsi, la jeune femme va apprendre à le connaître et finalement en tomber amoureuse…

Remarquable, c’est bien le premier mot qui me vient en tête à la sortie de « L’obsédé » de William Wyler. Remarquable dans son ambiance, remarquable dans le traitement de sa situation et de ses personnages. Remarquable dans ses combats, ses manipulations, ses perversions. Puis remarquable dans son interprétation, aussi passionnante que terrifiante. Cet « … obsédé » est une sacrée claque qui pose d’emblée le film comme l’un des meilleurs que j’ai pu voir pour le genre.

« L’obsédé« , c’est l’histoire d’un homme en dehors de la société. Un homme gentil, attachant, respectueux, mais surtout névrosé, frustré et amené à devenir un monstre. Remarquable dans son scénario, « L’obsédé« , c’est une lutte de deux heures pour retrouver la liberté. Fascinant, puissant et dérangeant, William Wyler livre deux personnages à l’opposé l’un de l’autre. Deux personnages qui ne viennent pas du même monde, ne vivent pas la même chose, deux personnages qui ne seraient jamais entrés en contact l’un avec l’autre et pourtant, aujourd’hui, ils doivent cohabiter dans l’espoir que chacun obtienne plus. Quand pour l’un, c’est le plus beau jour de sa vie, l’autre bascule en enfer. Quand l’un espère l’amour, l’autre cherche la liberté et une façon de s’en sortir. Tout le monde ici se manipule, s’apprivoise, et nourrit de faux espoirs. Bourré de suspens, très loin de toute facilité scénaristique, nous offrant toujours de l’inattendu et surtout nourrissant son film de nuances et de reliefs ce qui donne à cet « … obsédé« , un sentiment génial d’être en permanence sur le fil du rasoir, comme si le film pouvait d’un coup sombrer dans l’horreur la plus cruelle. William Wyler nous tient, il ne cesse de piquer notre intérêt, et surtout, il nous bouleverse avec deux personnages finalement terriblement attachants. Oui, « L’obsédé » a cette façon très dérangeante de nous faire apprécier son ravisseur, ce qui est assez fou.

Toujours dans l’écriture, on appréciera la montée en puissance du dit ravisseur, qui dans sa psychologie est l’un des personnages les plus intéressants que j’ai pu voir. Dans cette psychologie, le final est aussi effroyable que cohérent, et surtout terrifiant et marquant, très marquant.

« L’obsédé« , c’est aussi une réalisation remarquable que livre William Wyler. Parfait huis clos, l’ambiance est totalement réussie, même s’il faut noter la BO de Maurice Jarre qui est parfois très décalée, ce qui donne quelque chose de parfois très étrange, mais pas dénué d’intérêt, surtout que Wyler et le compositeur jouent beaucoup avec.

« L’obsédé« , c’est aussi des séquences mémorables, des plans-séquences captivants et si bien construis, faisant passer émotions et craintes. William Wyler travaille le sentiment d’enfermement, il travaille le sentiment d’incertitude, il nous met dans un sens mal à l’aise et il nous retient, car le film laisse transparaître que l’horreur n’est pas arrivée à son comble, qu’il peut et qu’il va se passer quelque chose. Et plus le film avance, plus l’intrigue amoindrit les espoirs. Bref, c’est du grand art !

Enfin, l’autre élément fascinant de cet « … obsédé« , c’est sans conteste ses deux acteurs qui se lancent dans un jeu terrible dans tous les sens du terme. Samantha Eggar est renversante, et même bouleversante au fil de cette intrigue, quant à Terence Stamp, il est presque la définition de l’angoisse, tant il est magnétique, hypnotique et surtout dérangeant, ses silences et ses regards jettent un profond malaise.

Remarquable de bout en bout, cet « … obsédé » de William Wyler porte à la perfection son titre, puisque le réalisateur m’a totalement obsédé avec son film. Puissant, malin, terrible, cruel, rusé, injuste, manipulateur, et finalement terrifiant, « L’obsédé » est une très grande surprise, et surtout, il se pose comme un chef-d’œuvre du genre !

Note : 19/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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