Terminus – Tom Sweterlitsch

Auteur : Tom Sweterlitsch

Editeur : Albin Michel

Genre : Science-Fiction, Thriller

Résumé :

Depuis le début des années 80, un programme ultrasecret de la marine américaine explore de multiples futurs potentiels. Lors de ces explorations, ses agents temporels ont situé le Terminus, la destruction de toute vie sur terre, au XXVIIe siècle. En 1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS reçoit au milieu de la nuit un appel du FBI : on la demande sur une scène de crime. Un homme aurait massacré sa famille avant de s’enfuir. Seule la fille aînée, Marian, 17 ans, serait vivante, mais reste portée disparue. Pourquoi contacter Moss ? Parce que le suspect, Patrick Mursult, a comme elle contemplé le Terminus… dont la date s’est brusquement rapprochée de plusieurs siècles.

Avis :

S’il existe de nombreux ouvrages sur le voyage dans le temps, peu d’entre eux amalgament ce thème à un roman policier ou même au thriller. En cause, une complexité initiale qui peut présenter des difficultés à s’intégrer dans un contexte contemporain et des investigations somme toute classiques dans les fondamentaux. On peut également ajouter que les possibilités de cheminement narratif offrent un potentiel dans le domaine historique, dystopique ou encore de la boucle temporelle. Bien maîtrisés, ces procédés suffisent à eux seuls à fournir des œuvres pleines d’originalité. Avec Terminus, on tient une pièce littéraire singulière et ô combien audacieuse.

Le pitch initial est de prétexter le voyage dans le temps pour explorer l’étendu des possibles dans des futurs plus ou moins éloignés. Tous aboutissent néanmoins au Terminus, un évènement qui s’apparente à la fin de toute vie sur la planète. Au-delà des considérations apocalyptiques que le sujet suggère, toute la difficulté du récit réside dans le rapprochement de crimes perpétrés dans les années 1990 et cette potentielle « fin du monde » ; sans oublier l’intégration du voyage spatio-temporelle. Le traitement est d’autant plus déconcertant que l’auteur aime à mélanger progressivement les fondamentaux inhérents au thriller et à la science-fiction.

S’il est aisé de dissocier l’un de l’autre, et ce, malgré un texte dense et structuré avec très peu de chapitres, on se retrouve rapidement confronté à des situations qui interpellent. En effet, il n’est pas rare de suivre une conversation anodine qui débouche sur des considérations propres au travail de l’agence secrète, des technologies employées pour voyager à travers le temps et l’espace. À ce titre, l’exploration intersidérale est également de la partie, du moins dans une certaine mesure. Face à la disparité des influences et des thématiques abordées, le récit pourrait paraître décousu, voire imbuvable et incohérent. Il n’en est pourtant rien.

Bien au contraire, le roman de Tom Sweterlitsch développe une ambiance particulière qui tient notamment à déliter progressivement la réalité. Là où cette dernière repose sur des valeurs tangibles, elle évolue vers des certitudes vacillantes qui, elles-mêmes, cèdent la place à des illusions. Le principe expose chaque « voyage » comme un instantané d’un moment précis où tout ce qui est présenté s’est déjà produit et relève davantage d’une simulation virtuelle. Au sentiment d’inéluctabilité se joint l’impression contradictoire que chaque évènement ou comportement peut fournir une multitude d’avenirs.

À la manière de ces arbres qui ornementent le cadre du Terminus, le futur possède autant de ramifications que leurs branches et leurs racines. Chaque nouvelle incursion provoque des conséquences qui modifient sensiblement les plages temporelles visitées auparavant. D’où l’importance de cantonner la majorité de l’intrigue à 1997 et 2015 – 2016. De là une TFI (Trajectoire Future Inadmissible) peut également se manifester. La mission du protagoniste est alors d’orienter l’avenir vers des potentialités de survie pour l’espèce humaine. La complexité du concept nécessite de jouer les équilibristes entre des époques dissemblables et les conséquences réciproques inhérentes aux changements amorcés.

L’auteur pousse même l’idée à son paroxysme en se restreignant à un panel de personnages qui présentent différents rôles, différentes personnalités au fil des pages. On ne parle pas ici d’interchangeabilité, mais de réels impacts sur leurs valeurs et leur appréhension de la vie. Chaque nouvelle incursion est l’occasion d’une mise en abîme toujours plus insondable jusqu’à atteindre un dénouement déstabilisant où l’ensemble des tenants s’entrechoque dans une sorte de Deus Ex Machina proche du psychédélisme en matière d’évocation visuelle. Une apothéose qui préserve néanmoins une part de mystères.

Au final, Terminus est une œuvre étonnante, aussi originale que complexe dans ce qu’elle sous-tend. Parfait mélange entre le thriller et la science-fiction, le roman de Tom Sweterlitsch présente une grande richesse pour triturer les fils du temps à travers la perception d’une réalité pour le moins malléable. Servie par une ambiance étrange, un rien éthérée à l’évocation de certaines considérations philosophiques, la découverte de Terminus peut se rapprocher d’une vision kaléidoscopique, presque hypnotique. Une infinité de possibilités et des chemins alambiqués qui débouchent vers un avenir rempli d’incertitudes. Une tonalité nihiliste, souvent violente, qui n’enlève rien à son côté intrigant et à cette curiosité qu’il fait naître chez le lecteur.

Note : 17/20

Par Dante

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