octobre 21, 2020

Héros

De : Bruno Merle

Avec Michaël Youn, Patrick Chesnais, Emmanuelle Destremau, Raphaël Benayoun

Année : 2007

Pays : France

Genre : Thriller

Résumé :

Pierre Forêt est drôle et c’est son drame. C’est aussi son métier ; il est chauffeur de salle à la télé. Pierre Forêt est drôle mais il aurait préféré être beau. Ou alors comédien. Ou chanteur. Question de crédibilité.
Pierre Forêt n’en peut plus. Ça fait six nuits qu’il ne dort plus. Il a enlevé Clovis Costa, le chanteur, l’idole, et le séquestre dans l’appartement de son enfance. Aucune issue.

Avis :

Réalisateur français quasi-inconnu, Bruno Merle travaille essentiellement comme scénariste pour la télévision et plus particulièrement pour des dessins animés. Il a à son actif des séries animées comme « Walter Melon« , « Jim Button« , « Zombie Hôtel« , ou encore la dernière version de « Maya l’abeille« . Bruno Merle est passé à la réalisation en 1997 avec le court-métrage « La fille des étoiles« . Avec ce passage comme metteur en scène, Bruno Merle va ainsi réaliser trois courts-métrages avant de pouvoir enfin faire son premier long.

« Héros » est donc le premier film de Bruno Merle et c’est un film, il faut le dire, très particulier. Si particulier qu’il s’est littéralement fait démonter pièce par pièce au moment de sa sortie et ce fut terriblement injuste. Huis clos sombre et fascinant porté par un Michael Youn comme on ne l’a jamais vu, doté d’une réalisation folle, ambitieuse, soignée, pour son premier film, Bruno Merle prend beaucoup de risque et le résultat est fou. Le réalisateur frappe très fort et livre une œuvre viscérale, esthétique, qui ne fait aucun compromis et c’est une claque !

Pierre Forêt, la trentaine, est drôle et c’est son drame dans la vie. Comme il est drôle malgré lui, Pierre n’est jamais pris au sérieux. Cette drôlerie qu’il refuse le hante et ça fait maintenant des nuits qu’il ne dort plus. Pour être pris au sérieux, Pierre a enlevé Clovis Costa, l’un des plus grands chanteurs de France et surtout son idole de toujours. Pierre séquestre Costa dans l’appartement de son enfance. Un appartement où il y a aucune issue possible…

Audacieux, original, marquant, dur, fou, pour son premier film Bruno Merle n’a pas fait les choses à moitié et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne lui a pas réussi, puisque son film a littéralement été détruit et c’est bien dommage, car « Héros » est un film qui est très loin de mériter le traitement qui lui a été réservé.

« Héros », c’est l’histoire d’un mec qui est drôle malgré lui et qui en a assez de cette situation, alors pour y mettre un terme, ce mec a enlevé son idole. Pour en faire quoi ? Il ne le sait pas vraiment lui-même, mais il est certain qu’il sera enfin pris au sérieux. Cette trame un peu déjà vue et un peu folle en même temps, c’est la naissance d’un film qui ne va cesser de surprendre au fur et à mesure que son intrigue se développe et surtout que ses personnages s’épaississent.

« Héros« , c’est un film qui est aussi drôle qu’il est très touchant dans son désespoir, car finalement, « Héros » est un film bien plus triste et surtout bien plus profond qu’il n’en a l’air. Il y a un vrai travail de fait sur la psychologie du personnage, sur son évolution, sur le pourquoi maintenant et pas avant ou après. Cette folie douce et furieuse qui s’empare du personnage incarné par Michael Youn est fascinante et l’acteur en arrive même à être bouleversant.

Bruno Merle, qui a aussi écrit le scénario de son film, a une idée très précise de ce qu’il veut et entre délire, fantasme, amour, perdition, tristesse, et réalité, « Héros » se perd, se retrouve, se conjugue au présent, au passé, et ne cesse d’oser. Il ose être noir, il ose être dur, il ose être radical, parfois même à la limite de l’expérimental et qu’importe s’il perd des spectateurs en chemin, car oui, comme je le disais, « Héros » est un film très particulier. C’est un film qui nous demande un effort, il nous demande d’accepter d’entrer dans ce monde, dans cette histoire, dans cette confrontation.

« Héros », c’est un scénario dingue, et c’est aussi une mise en scène qui l’est tout autant. Si parfois, il y a certaines transitions qui peuvent paraît prétentieuses, notamment dans leur métaphore (toutes les scènes sur les bancs de poissons ?), cela n’empêche pas que « Héros« , captive et passionne de bout en bout (si l’on entre dans le délire).

Bruno Merle a posé sa caméra entre le fantasme et la réalité et il nous offre un huis clos très inhabituel. Un huis clos imparfait peut-être, car tout ce que le réalisateur ose n’est pas forcément réussi, mais il demeure un huis clos puissant et très intéressant. Gérant parfaitement son rythme, brisant le quatrième mur de manière assez folle, offrant des scènes et des séquences mémorables, dont certaines sont de purs moments de cinéma inoubliables, avec ce film, le réalisateur français ne fait que prendre des risques pour livrer un film qui sort totalement du lot. Bruno Merle n’a peur de rien et quitte à se planter, il essaie. « Héros » est à la fois un drame, une comédie, un film expérimental, un film musical (la BO qui est superbe a d’ailleurs une grande importance), une romance, et surtout un puissant drame psychologique. Un drame où éclate le talent de Michael Youn, qui est à mille lieues de ses clowneries habituelles. L’acteur est aussi drôle qu’il est bouleversant et il trouve là son meilleur rôle. Face à lui, on trouve aussi un Patrick Chesnais étonnant et passionnant. On notera une scène magiquement décalée avec Jackie Berroyer et il faut absolument mentionner Elodie Bouchez qui en une scène éblouit et son duo avec Michael Youn nous sert la gorge.

Ambitieux, audacieux, fou, inhabituel, maladroit, imparfait, « Héros« , est un film qui sort résolument du lot. Pour son premier film, Bruno Merle livre un regard et une envie de cinéma fascinante et c’est vraiment dommage qu’on tire dans les pattes d’un auteur dès qu’il essaie quelque chose (je reste assez convaincu d’ailleurs que la présence de Michael Youn est pour beaucoup dans la destruction du film, et avec un autre acteur peut-être que…). Bref, quoi qu’il en soit, « Héros » fut une claque, un film incroyable, une séance de cinéma imprévisible et j’ai tout simplement adoré ça. Dommage que Bruno Merle n’ait pas de nouveau réalisé.

Note : 16/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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