Vies Brûlées

Titre Original : Plata Quemada

De : Marcelo Pineyro

Avec Eduardo Noriega, Leonardo Sbaraglia, Pablo Echarri, Leticia Bredice

Année: 2001

Pays: Espagne, Argentine, Uruguay, France

Genre : Drame

Résumé :

A Buenos Aires, en 1965. Angel et Nene sont deux gangsters professionnels qu’on appelle « les jumeaux ». Ils ne sont pas frères mais amants. Et depuis un certain temps, quelque chose s’est brisé en eux. Quand ils se voient proposer un gros coup, ils acceptent, chacun dissimulant ses inquiétudes. Ils espèrent secrètement que ce nouveau job va leur permettre de retrouver l’association parfaite qu’ils formaient jadis. Mais rien ne se passe comme prévu…

Avis :

Marcelo Piñeyro est un très grand réalisateur argentin, dont finalement on ne sait pas grand-chose chez nous. Il commence sa carrière en 1993 avec « Tango feroz: la leyenda de Tanguito« , un film sur Tanguito, immense rock star en Argentine qui est considéré comme l’un des pionniers du rock espagnol. Marcelo Piñeyro réalise ensuite quelques films qui sont encore inédits chez nous. C’est au début des années 2000 que le réalisateur se fait remarquer à l’international avec le film sur lequel on s’arrête aujourd’hui. Un film présenté à la Mostra de Venise et qui a même raflé un Goya du meilleur film étranger, en Espagne.

Quatrième long-métrage de Marcelo Piñeyro, « Vies brûlées » est un film qui s’inspire d’une histoire vraie et c’est aussi un film qui a fait couler beaucoup d’encre au moment de sa sortie, notamment en Amérique latine. Le film fut interdit dans plusieurs pays et a même été interdit au moins de dix-huit ans en Argentine, en cause, sa violence, certaines scènes de nudité et surtout l’homosexualité de ses personnages que le film ne condamne pas. Mais une fois qu’on a dit tout ceci, la véritable question est : « Vies Brûlées » est-il un bon film ? Et la réponse est indiscutablement oui. C’est même un excellent film que nous livre-là Marcelo Piñeyro. Violent, viscéral, amoureux, puissant dans son final, « Vies brûlées » est aussi une très belle histoire d’amour et un excellent film de gangsters. Bref, Marcelo Piñeyro nous offre-là un excellent moment de cinéma qui mérite d’être bien plus mis en lumière.

Buenos Aires, 1965, Néné et Angel sont deux gangsters qui sont connus sous le nom des jumeaux, mais les deux hommes sont très loin d’être frères. Non, les deux hommes sont amants et depuis quelque temps, quelque chose s’est cassé entre eux, enfin, surtout du côté d’Angel. Les deux hommes montent un braquage qui doit leur rapporter gros, et ils espèrent que ce coup pourra les ressouder, mais rien ne va se passer comme ils l’avaient prévu et bientôt, ils se retrouvent recherchés par toutes les polices d’Argentine.

Relatant l’histoire d’un braquage et surtout d’une cavale qui tourne mal, « Vies brûlées » de Marcelo Piñeyro est un film très atypique qui bouscule nos habitudes de cinéma. « Vies brûlées« , c’est un film très dense, qui en deux heures de temps brasse beaucoup de sujets et passe par beaucoup de styles différents. « Vies brûlées« , c’est aussi bien un film de gangsters, qu’une cavale et une belle histoire d’amour. Oscillant entre psychologie, érotisme ou ultra-violence, avec ce final fou, épique et d’une grande tendresse, Marcelo Piñeyro livre une œuvre puissante, émouvante et envoûtante.

Doté d’un scénario en béton, le cinéaste argentin explore les méandres d’un couple pas comme les autres, au travers d’un fait divers qui a marqué son pays. Commençant tranquillement comme un traditionnel film de gangsters qui « foirent » leur braquage, très vite, le réalisateur, qui est aussi le scénariste de son film, fait muter de manière logique et cohérente ce dernier. S’en suit alors une cavale, et c’est là que Marcelo Piñeyro bouscule un peu nos habitudes avec ce genre de récit. Alors qu’il aurait été peut-être plus facile de se lancer dans un thriller tendu, où il aurait été question d’un jeu du chat de la souris entre les gangsters et la police, le réalisateur choisit de concentrer son récit sur la relation particulière qui unit ses personnages principaux et surtout la psychologique de ces deux personnages, l’un basculant peu à peu dans la folie, pendant que l’autre le soutient comme il le peut, tout en cherchant une aide de son côté. Ainsi, même si le film reprend les ficelles et ce que l’on s’attend à voir avec un film qui a pour trame une cavale, Marcelo Piñeyro axe son film autrement, il offre quelque chose de plus intéressant, quelque chose de plus profond, de complexe.

La façon dont Marcelo Piñeyro a d’explorer ce qui unit mais aussi ce qui désunit les deux hommes est très intéressante, tout comme la façon qu’il a de parler et de regarder ces deux amants, mais aussi ce qui les entoure. Marcelo Piñeyro aborde de front cette histoire d’amour, et il n’a pas peur des sentiments de ses personnages, il n’a pas peur de leur sexualité, qui est bien plus diverse qu’elle n’y parait. D’ailleurs, c’est à coup sûr l’un des éléments qui fait que le film fut interdit dans plusieurs pays. Marcelo Piñeyro n’a pas peur de ses personnages et il nous les présente avec leurs défauts et leurs qualités, et surtout il ne les juge pas. Il ne juge pas leurs actes et leur amour. C’est assez fou de voir un tel film, surtout que celui-ci n’oublie pas d’être aussi un vrai film de gangsters et de raconter jusqu’au bout son affaire. Et comme je le disais, on restera surpris par son final qui est un déchaînement de violence et de folie (amoureuse).

Marcelo Piñeyro sait très bien ce qu’il veut faire avec ce film, et livre là un film dense, presque hybride. Un film qui mélange tant de styles et de rythme. « Vies brûlées » est un film qui se permet d’être aussi bien un film de gangsters, utilisant bien des codes du genre, qu’un film romantique (avec ce qu’il faut d’érotisme), ou encore un drame psychologique sombre, voire même torturé. Le réalisateur nous réserve de grandes scènes, aussi bien quand il s’arrête sur ses amants, que quand le film livre son assaut final. On regrette seulement que le réalisateur ne profite pas plus de ses décors et que parfois, il ne soit pas assez subtil, voire même pas du tout quand il fait avancer son fait divers (l’arrestation d’un des membres ou encore l’arrivée de la police à la fin).

On pourrait citer avec « Vies brûlées« , Pablo Echarri, Leticia Bredice, Hector Alterio, Dolores Fronzi, mais le film de Marcelo Piñeyro vaut surtout le détour pour son couple d’amoureux, qui est puissant, magnétisque et terriblement émouvant. Ce couple, c’est d’un côté Eduardo Noriega, génial dans la peau d’Angel, un homme qui est submergé par lui-même et de l’autre, Leonardo Sbaraglia, magnifique, magistral, qui trouve là un personnage tout simplement bouleversant.

Très belle surprise, moment de cinéma aussi romantique que sombre et violent, « Vies brûlées » est un excellent film qui bouscule nos habitudes de cinéma et surtout qui ose aller jusqu’au bout de ses choix. Relatant un fait divers, tenu par des comédiens bouleversants, avec « Vies brûlées« , Marcelo Piñeyro livre assurément un grand film qui comme je le disais mérite plus amplement d’être redécouvert et mis en lumière.

Note : 18/20

Par Cinéted

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