octobre 27, 2020

Le Garçon aux Cheveux Verts

Titre Original : the Boy With Green Hair

De: Joseph Losey

Avec Dean Stockwell, Pat O’Brien, Robert Ryan, Barbara Hale

Année: 1948

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

Peter, jeune orphelin, mène une vie agréable avec Gramp, un vieux chanteur de music-hall. Lorsque ses cheveux deviennent verts, il est rejeté par son entourage.

Avis:

La Seconde Guerre Mondiale fut un conflit très traumatisant et dont le sujet a été traité moult fois au cinéma. Le plus souvent, on a droit à des films de guerre, qui montrent des conflits, des bombardements, des fusillades et des épopées héroïques où des soldats vont braver les dangers pour venir à bout de leur mission. Ce que l’on voit moins, ce sont les films qui parlent de la Seconde Guerre Mondiale au niveau de ceux qui restent, des populations qui vivent le conflit par procuration et qui doivent malgré tout vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. En 1939, alors que le conflit commence à peine, Joseph Losey fait ses premiers pas dans l’industrie du cinéma. Il propose un premier court-métrage (Petroleum and his Cousins), puis attendra la fin de la guerre pour en faire un second. Dès 1948, le réalisateur propose alors son premier long, Le Garçon aux Cheveux Verts qui, à travers le portrait d’un jeune orphelin de guerre, va parler des traumatismes de la guerre, du racisme, de l’ostracisme d’une société qui voit d’un mauvais œil tout ce qui peut changer le quotidien. Un joli film donc, qui a pris un petit coup de vieux, mais dont la portée du message reste intemporelle et universelle.

Peter est un jeune garçon bougon qui vient d’atterrir dans un commissariat et qui ne veut pas dire un mot. Un psychologue arrive alors et petit à petit, le garçon va se livrer à cet homme, lui racontant pourquoi il a la tête rasée et pourquoi il a voulu s’enfuir de chez son Gramp, un homme qui l’a recueilli suite au décès de ses parents durant la guerre qui continue de faire rage. Au fil du récit, on va donc faire la connaissance avec un garçon au caractère bien trempé et dont les cheveux vont devenir verts du jour au lendemain. Il devient alors la risée de tout le village, les ragots rapportant que cela provient du lait ou d’une quelconque malédiction. Pour autant, le jeune garçon va vite comprendre à quoi servent ces cheveux verts, se faisant alors porteur d’un message beau et important, expliquant à qui veut l’entendre que la guerre est un fléau pour les enfants. Le Garçon aux Cheveux Verts est un film très intéressant sur son fond. Le scénario, qui semble très simpliste et s’appuie uniquement sur le changement de couleur des cheveux d’un enfant, orphelin de guerre, va aller plus loin et va brasser de multiples thématiques, toujours d’actualité aujourd’hui, ce qui peut faire un choc après 72 ans d’existence.

Vous allez me dire: qu’est-ce que des cheveux verts ont à voir avec la guerre et les orphelins de guerre? Dans les faits, pas grand-chose, effectivement. Sauf que le film va se servir de ce changement pour apporter une réflexion au sein d’une population amorphe qui parle de la guerre, de loin, et qui semble complètement détachée de ce qui se passe réellement. Au détour d’une divagation, Peter va se rendre compte que s’il a les cheveux verts, c’est pour attirer l’attention sur lui, et qu’il peut, ainsi, porter un message fort auprès des habitants qui se détachent d’un conflit qui n’a pas fini de faire des morts. Et des enfants victimes de toutes les atrocités commises. Il se fait alors porteur de valeurs puisque tout le monde a les yeux rivés sur lui et il se sent investi d’une vraie mission, faire valoir les droits des orphelins de guerre. Outre ce message important qui montre, de façon détournée, les traumatismes de la guerre auprès de certains cinéastes et scénaristes, on aura aussi un pamphlet contre le racisme et ce qui est différent. On nage dans une société qui refuse la différence, qui voit d’un mauvais œil tout ce qui sort de l’ordinaire. Pour la populace, un enfant dont les cheveux deviennent verts, c’est une provocation, une incitation au changement, à la rébellion, et cela, personne n’en veut. Quitte à amoindrir la parole de l’enfant, voire le faire taire tout simplement, les gens vont le rendre malheureux en lui rasant la tête.

Un symbolisme fort au sein du récit où le pauvre enfant va souffrir pour les autres, se pliant à une majorité. Même son Gramp, qu’il aime tant, ne peut rien faire pour lui et abdique devant une population nombreuse et aveugle, intolérante et refusant toute morale venant d’un enfant de dix ans. Ce message pessimiste est relativement réaliste, encore aujourd’hui, avec une société qui a du mal à comprendre l’évolution de certaines mœurs et à s’imposer certaines valeurs qui tendent à disparaître. En ce sens, le film de Joseph Losey est très en avance sur son temps. Il dépeint une société avec des œillères, où tout le monde doit rentrer dans des cases et ne jamais déborder. Cela se voit aussi avec les brimades à l’école, démontrant alors un racisme latent, mettant de côté tout ce qui est différent, craignant une quelconque maladie ou épidémie. Le réalisateur montre aussi une société qui s’attache à ce qu’elle voit, aux apparences, et non pas aux valeurs véhiculées et aux actes. Encore une fois, c’est d’actualité, puisque de nos jours, il est difficile d’avoir les cheveux verts en fonction du métier que l’on exerce, car on est vite sujet à des jugements hâtifs.

Alors bien évidemment, le film a pris un petit coup de vieux, notamment au niveau de la mise en scène. Joseph Losey signe un joli film, qui a du cachet, mais qui souffre d’un petit budget et des atours d’un tournage en studio. C’est-à-dire que les décors sont souvent les mêmes et ils reviennent de façon redondante (la maison de Gramp, un coin unique d’une forêt, le magasin, le coiffeur et la salle de classe) et tout cela manque de plans réellement marquants. On reste sur quelque chose de finalement très théâtrale et ça manque parfois de vie. Et que dire des moments chantés qui sont sympathiques, mais pas marquants. Fort heureusement, l’investissement des acteurs est puissant, comme le jeune Dean Stockwell qui est impressionnant de charisme dans le rôle de ce petit garçon à la tête dure. Et les adultes qui l’accompagnent sont tout aussi investis dans ce film.

Au final, Le Garçon aux Cheveux Verts est un très joli film sur l’enfance en période de guerre et sur des valeurs que peut véhiculer un jeune homme avec une différence. Brassant tout un tas de sujets tous plus intéressants les uns que les autres, Joseph Losey signe un premier film qui accuse ses plus de 70 ans au niveau de la mise en scène, mais certainement sur ses messages qui résonnent encore aujourd’hui. Bref, un film qui va permettre de mettre en avant un réalisateur hors pair qui connaîtra bien des succès par la suite.

Note: 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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