octobre 26, 2020

Phantasm V – Ravager

De : David Hartman

Avec Reggie Bannister, A. Michael Baldwin, Angus Scrimm, Dawn Cody

Année : 2016

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Alors qu’il tente encore d’échapper au Tall Man, Reggie se retrouve dans un fauteuil roulant dans un institut médicalisé, en compagnie de Mike. Ce dernier lui annonce qu’il est gravement malade.

Avis :

Initiée en 1979, la saga Phantasm va durer dans le temps et devenir un étrange objet de culte. Entre son boogeyman mystique, ses sphères volantes et son univers sans limite, la franchise construite par Don Coscarelli fascine et rejoint même d’autres sagas horrifiques comme Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit ou encore Halloween pour ne citer que les plus connues. Si le réalisateur a pris le temps entre les deux premiers films, il va en faire de même avec le troisième opus, mais il va directement enchaîner avec le quatrième, qui signera un arrêt de Phantasm, laissant le spectateur sur une fin ouverte et un épisode fort décevant. Moins fun, moins gore, moins horrifique, Oblivion restera l’épisode le moins grisant. Pensant la franchise morte et enterrée, il faudra attendre presque vingt ans pour qu’un cinquième opus voie le jour. Sobrement intitulé Ravager, Don Coscarelli co-signe le scénario avec David Hartman, auquel il laissera la caméra, et produit ce cinquième volet qui tient de nombreuses promesses. Allons-nous enfin savoir ce qu’il advient de Reggie parti sauvé Mike dans le passé ? Quid de Mike, la tête en vrac sur le sol désertique ? Les projets du Tall Man nous seront-ils révélés ? Beaucoup de questions pour finalement se retrouver face à un film très médiocre, digne des productions Asylum, avec des effets visuels qui donnent clairement envie de devenir aveugle. Retour donc sur l’exécution de la franchise en pleine place publique.

Le scénario du film reprend là où l’on s’était arrêté vingt ans en arrière. Reggie revient du passé avec les mêmes fringues et retrouve sa voiture qu’un pauvre gars a tenté de lui voler. Dès le départ, il se fait alors attaquer par deux sphères, donnant lieu à une première course-poursuite. Par la suite, Reggie va faire la connaissance d’une jolie nana, on aura droit au running gag sur le fait qu’il ne couchera pas avec la fille, puis elle va se faire zigouiller par une sphère, et Reggie de se réveiller dans un EHPAD, accompagné de Mike qui lui explique qu’il perd la boule. Sauf qu’à chaque fois, Reggie se réveille dans des temporalités différentes. Soit il est dans cet hospice, soit il est dans un futur apocalyptique, soit il est dans ce qui semble être un présent hypothétique où il cherche Mike. Le principe même de cette temporalité, et de s’amuser avec les mêmes lieux dans diverses époque, est plutôt amusant. Sauf que c’est fait de manière très aléatoire et sans vraiment de sens au niveau de l’intrigue, si ce n’est pour perdre Reggie ainsi que le spectateur, dans une sorte de faille temporelle où l’on ne comprend plus rien. Et si le propre de Phantasm est de perdre le spectateur dans un monde délétère et lugubre, le parti pris de ce film est tout autre.

En effet, si les quatre premiers films s’amusaient à brouiller notre réel avec des monstres, des apparitions, des sphères et des trajets dans diverses dimensions, ce cinquième opus se fourvoie complètement dans diverses époques (ou dimensions, on ne sait pas) oubliant tout simplement d’afficher de l’étrange à notre temporalité. Et le film de faire n’importe quoi avec le visuel même de la franchise. Adieu les effets artisanaux avec de vraies sphères, ou les maquillages réussis, bienvenue au tout numérique dégueulasse et indigne de l’année de sortie du film. Tout respire le pixel. Non seulement les effets sont très grossiers, dès le départ avec les deux sphères sur la route, mais on va carrément plonger dans le mauvais goût avec des visions futuristes apocalyptiques où des sphères géantes lancent des rayons laser sur des immeubles, mélange abject de stock shot et d’incrustations pourraves. Le film part alors complètement en vrille avec un monde tout rouge, baignant dans un filtre rouge, avec des effets de caméra imbuvables, zoomant à tout va sur le faciès d’un Tall Man en fin de vie. Et que dire des incrustations de flammes au bout des pistolets, des rajouts de sang numérique ou encore de cette voiture customisée ridicule. Il y a dans ce film un mauvais goût qui évoque les pires moments de Asylum ou Syfy. D’ailleurs, la franchise se rapproche de ces sous-productions opportunistes et sans aucun fond.

Un fond qui manquera cruellement dans ce métrage qui n’aura, en plus de ça, aucune identité visuelle. Non seulement l’histoire est un vaste foutoir indigne d’un nanar, mais en plus c’est laid. David Hartman propose des plans sans cohérence, ne cherchant aucunement la beauté, mais tentant le spectaculaire ridicule avec des effets visuels datés. Le coup de l’apparition du Tall Man sur fond blanc avec un zoom arrière, faisant presque référence à Matrix, est d’une laideur incroyable. En plus de desservir cette ambiance glauque si chère à la franchise. Il en va de même dans le futur, filmé dans un hangar désaffecté aux murs nus et ne dégageant finalement aucune intensité. Intensité qui a complètement disparu du regard des acteurs, sachant pertinemment qu’ils signent leur arrêt de mort dans cet ultime épisode. Que dire de ce passage immonde dans une grange avec un type qui ne parle pas anglais, qui va se faire zigouiller par une sphère dans un déluge de mouvements de caméra vomitifs et sans sens. C’est presque cruel de dire ça, mais ce Phantasm V est une purge sur tout ce qu’il entreprend et pourrait sans problème se retrouver à côté de films estampillés Asylum, des mockbusters cyniques.

Au final, Phantasm V Ravager est un très mauvais film et c’est surtout une suite indigne de cette saga qui avait su, plus ou moins, garder une certaine fraîcheur dans le monde de l’horreur. Ici, le film fait pitié sur tout ce qu’il entreprend. On a pitié pour Angus Scrimm, affaibli et tout tremblotant, n’ayant plus sa stature d’antan. On a pitié pour cette histoire malmenée et baignant dans un mauvais goût absurde. On a pitié pour Reggie Bannister qui tente de donner corps à un imbécile heureux. On a pitié pour ces effets visuels d’un autre âge qui font saigner des yeux. Bref, Phantasm ne méritait pas ça.

Note : 02/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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