octobre 26, 2020

Phantasm IV – Oblivion

De : Don Coscarelli

Avec A. Michael Baldwin, Reggie Bannister, Angus Scrimm, Bill Thornbury

Année: 1998

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

En voyageant à travers le temps et les dimensions, Mike cherche à découvrir les origines du croquemort…

Avis:

Durant les années 90, Don Coscarelli va se focaliser sur un seul et unique projet, la poursuite de son œuvre la plus culte, Phantasm. Initié en 1979 et n’ayant jamais pour but d’en faire une franchise, Phantasm va être un succès retentissant malgré le peu de moyens et directement après ce premier film (qui est en fait le troisième de Coscarelli), on va demander au réalisateur d’en faire un deuxième volet, ce qu’il refusera, ne voulant pas s’enfermer dans la case auteur de films d’horreur. Il va faire un tour du côté de la Fantasy avec Dar l’Invincible, puis du Survival avec Survival Quest. Il retournera à sa propre franchise neuf ans plus tard, avec un deuxième volet qui connaîtra encore une fois un beau succès, et un troisième épisode un peu moins réussi mais à la fois drôle et gore et explorant de manière judicieuse le mythe du Tall Man. Il aura fallu quatre ans de préparation à Don Coscarelli pour faire un quatrième volet, nommé Oblivion, et qui va s’appesantir sur le passé du Tall Man, essayant de lui donner un peu plus d’ampleur. Mais l’idée n’était pas bonne. Pourquoi?

Comme à son habitude, le film reprend dès la fin du précédent film. Malheureusement, quatre ans se sont écoulés et les acteurs ont quelque peu vieilli. On retrouve donc un Reggie encerclé par des sphères maléfiques, un Mike qui se barre en courant dans les bois avec une boule dans la tête et un Tall Man qui va finalement laissé la vie sauve à Reggie pour se concentrer sur Mike. Résultat des courses, on se retrouve encore une fois avec une sorte de road trip entre deux personnes qui vont et qui viennent dans des décors plus ou moins apocalyptiques suite au passage du Tall Man. On aura d’un côté Mike qui se perd en plein désert et qui trouve des nains et des bornes pour aller dans des réalités alternatives. Et de l’autre, Reggie qui part à la recherche de Mike pour l’aider à s’en sortir et qui va croiser le chemin d’une petite bombasse qu’il va essayer de niquer, comme à son habitude. Don Coscarelli reprend la même recette de façon un peu fainéante et la seule chose nouvelle qu’il va venir présenter, c’est le passif du grand méchant, essayant vainement de nous expliquer ses origines. Si à la base, cela peut paraître louable, il en est tout autre. Car en faisant ça, il démystifie une partie de l’aura du Tall Man.

Et cela se déroule finalement assez rapidement. Mike va trouver un portail en plein désert, il va s’en servir et il va se retrouver dans le passé, j’ai un certain Jebediah, qui ressemble trait pour trait au Tall Man, mais qui est d’une grande gentillesse. Apeuré, il décide alors de retourner en arrière, de retrouver son frère, qui prend toujours l’apparence d’une sphère et de s’en méfier comme la peste. Et c’est bien là tout le problème, avec ce revirement de situation grotesque et qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Pourquoi Mike prend-il son frère en grippe? Pourquoi n’essaye-t-il pas de parler à ce Jebediah qui semble si courtois? Et les éléments de réponse, qui arriveront plus tard dans le métrage, seront relativement nébuleux, n’offrant rien de bien neuf à des origines qui affaiblissent l’aura maléfique du grand boogeyman. Cette aura disparait aussi car les apparitions du méchant sont plus rares, il devient plus prolixe et cela dessert complètement son personnage mutique, étrange et très inquiétant. De ce fait, le film va faire moins peur. Il s’avère beaucoup moins efficace que les précédents opus, plus lent, plus contemplatif, et il se limite très clairement à deux/trois scènes un peu gores, ce qui est dommage.

D’autant plus que ce Phantasm IV pue un peu l’opportunisme. Ce qu’il faut savoir, c’est que le premier film, de 1979, dépassait les deux heures et qu’il y a eu énormément de plans coupés au montage pour qu’il soit plus efficace, plus court, plus direct. C’est d’ailleurs pour cela que le premier Phantasm demeure si névrosé dans son montage. Certaines scènes, très dures physiquement, ne figurent donc pas dans le premier métrage, ce qui a mis un peu en rogne Angus Scrimm, notamment à cause d’une scène de pendaison où il a eu mal aux jambes durant plusieurs jours à cause des harnais. Forcément, ces rushs devaient apparaître à un moment et Don Coscarelli s’en sert à outrance dans ce quatrième volet, en faisant du remplissage. S’appuyant sur la bromance entre Reggie et Mike, il va constamment faire des flashbacks qui cassent le rythme et n’apportent pas grand-chose au scénario de base. On fait face à un film qui utilise des plans de films précédents pour augmenter sa durée et c’est un peu dommage. On retrouve cette façon de faire dans Douce Nuit, Sanglante Nuit 2 par exemple et ça sentait déjà l’arnaque. C’est d’autant plus dommage que Phantasm IV et son univers complètement débridé n’avait pas besoin d’un tel traitement et pouvait se soutenir tout seul, en créant d’autres origines, ou tout du moins en les montrant autrement.

Enfin, le dernier gros défaut de ce quatrième épisode, c’est qu’il ne fait pas peur du tout et qu’en plus de cela, l’humour débridé des deux précédents films n’est plus présent. Reggie tente bien de faire une paire de blagues et de se faire une jolie nana, sorte de running gag, mais c’est tout ce que l’on aura. D’ailleurs, il y aura peu de personnages secondaires, voire pas du tout. Et pour ce qui est la peur, on repassera. Quelques attaques de nains pour faire bien, une scène un peu gorasse avec la nana qui possède des sphères à la place des seins et ce sera tout ce que l’on aura à se mettre sous la dent. Pourtant, ça partait bien avec l’attaque de ce flic zombie au design particulier, nous laissant espérer un bestiaire proche de Hellraiser, mais il n’en sera rien… Néanmoins, et malgré les points faibles du film, on trouvera quelques bons points au métrage, et notamment au niveau des acteurs. Reggie Bannister semble toujours prendre du plaisir à jouer ce rôle de looser magnifique qui survit à tout et n’importe quoi avec de la débrouille. Si l’acteur en fait parfois des caisses, il reste attachant par son bonté et son amitié indéfectible. Mais c’est surtout Angus Scrimm qui tire son épingle du jeu, alternant les moments en Tall Man effrayant et les moments où il joue Jebediah, un homme d’une rare gentillesse. C’est ici que l’on voit tout l’effort qu’il doit fournir pour jouer le Tall Man, lui donnant une véritable forme.

Au final, Phantasm IV Oblivion est le moins bon de la saga jusque-là (attention, je n’ai pas encore vu Ravager) car il oublie tout ce qui faisait le sel de la franchise, à savoir du gore et de l’humour dans un univers étrange et inquiétant. Don Coscarelli semble se fatiguer de sa licence et donne des bribes d’informations sur le Tall Man qui ne sont pas essentielles et desservent même le personnage. Si on prendra toujours du plaisir à suivre Reggie et Mike, on reste circonspect sur cet opus qui use et abuse des flashbacks et n’arrive pas à rester dans le même moule sympathique que les précédents épisodes. Pas une purge, loin de là, mais ce film reste assez faible quant à la qualité de cet univers et de son ambiance.

Note: 10/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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