février 28, 2021

Dumal – The Lesser God

Avis :

L’univers du Black Métal est un endroit très obscur où navigue de nombreux groupes qui aiment à faire paraître une image diabolique et une musique infernale. Si certains adorent les riffs lourds et rapides accompagnés par une double-pédale omniprésente, d’autres ont plus de mal avec ce style musical qui brasse des thèmes peu communs, comme le satanisme, certains mythes païens ou encore des choses remettant en cause la religion. Car oui, le Black, c’est un mouvement contestataire envers une religion castratrice et pour bien marquer son aspect anticlérical, les groupes usent de ressorts connus parfois grossiers et d’imageries bien glauques. A ce stade, Dumal, qui doit son nom à Charles Baudelaire puisque ça provient des Fleurs du Mal, ne sort pas des sentiers battus avec son premier album et son image de déité vomissant dans une rivière de morts. Cependant, comme c’est bien souvent le cas avec le Black, il ne faut pas s’arrêter à sa pochette et bien volontiers jeter une oreille à The Lesser God, qui arpente un chemin sinueux entre Black bien gras d’un point de vue vocal et ambiance atmosphérique parfaitement maîtrisée. Et si on peut entendre une certaine redondance tout au long des huit pistes, au bout d’un moment, de plusieurs écoutes, le charme opère.

Le skeud débute avec Fane of the Clandestine et la première chose qui frappe clairement celui qui écoute, c’est la distance entre les riffs, à la fois lourds et aériens, et une voix caverneuse qui correspond parfaitement aux codes du Black. Cependant, le groupe n’en oublie pas une chose essentielle, la mélodie. Si on peut reprocher à certains groupes de Black de faire dans la violence pure, ici, Dumal prend à contre-pied cet adage pour fournir des passages plus doux, plus mélodieux, et d’autres moments plus gras, mais aussi très rock n’roll qui donne envie de se casser la nuque. Le constat sera le même avec le titre suivant, Lost Caverns, qui prend la même structure narrative que le titre précédent (pour des durées quasi similaires dépassant légèrement les six minutes) et qui offre une mélodie éthérée très agréable, tout en gardant une certaine rapidité et surtout une ambiance plutôt mortifère du plus bel effet. Ici, le seul reproche possible, c’est de rester dans le même moule que précédemment et de fournir un peu la même recette, ce qui peut devenir redondant. Mais le groupe ne se laisse pas si facilement faire et livre une pièce épique avec Abrahamic Contagion, un long morceau de plus de huit minutes qui embrasse tous les codes du genre, mais qui n’oublie jamais de donner une identité propre au groupe, ne sombrant qu’à de très rares moments dans du Black bas du front. Alors certes, ce n’est pas non plus exceptionnel, on ressent une certaine redondance, mais ça reste d’une facture plus qu’honorable.

Pour la seconde moitié de l’album, The Path to the Fortress is Lined with Statues est un titre qui cherche des origines dans un Pagan Folk qui n’est pas si désagréable que ça. Le titre débute de façon assez calme pour du Black, montrant encore une fois une volonté de se défaire d’une image statique, et évolue en présentant des breaks plus rapides et des moments plus virulents. C’est avec Serpents in the Bramble que le groupe se perd un petit peu et laisse un goût un peu mitigé, plongeant corps et âme dans du Black pur et dur et parfois sans saveur. Certes, la mélodie s’entend, ce n’est pas forcément noyé dans un amalgame de cris gutturaux et d’une batterie jouée par un poulpe, mais cela reste très classique, voire même décevant de la part de Dumal qui nous avait habitués à mieux depuis le début de l’album. Mais la surprise va venir du titre The Wind Demon, complètement instrumental, et surtout, hyper aéré avec son clavier en intro et son ambiance bien sombre, qui montre une autre facette du groupe, nous permettant de souffler un peu et de voyager dans des plaines noires et fumantes. C’est une grosse prise de risque pour le groupe, mais c’est un pari gagné et parfaitement maîtrisé. Puis survient alors Ukrainia, un long morceau de plus de huit minutes, découpé en deux temps et qui démontre, si besoin l’en est, que Dumal est très inspiré et sort des carcans du Black tout venant. Enfin, Spring Will Never Come se veut plus punk dans l’âme, mais nous laissant toujours dans notre désespoir, le beau temps n’arrivant certainement jamais.

Au final, The Lesser God, le premier album de Dumal, sorti en 2017, est une très bonne surprise, surtout pour ceux qui sont des néophytes en la matière. Certes, c’est violent, rapide et assez difficile d’accès, mais on ressent diverses influences qui permet au groupe de sortir la tête de la fange Black, se trouvant une identité, une marque et délaissant volontiers certains atours virulents pour être plus éthéré, plus atmosphérique, sans jamais tomber non plus dans un ambiant suicidaire. Bref, Dumal, c’est bien.

  • Fane of the Clandestine
  • Lost Caverns
  • Abrahamic Contagion
  • The Path to the Fortress is Lined with Statues
  • Serpent in the Bramble
  • The Wind Demon
  • Ukrainia
  • Spring Will Never Come

Note: 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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