Le Parfum des Poisons – Claude Rodhain

Auteur : Claude Rodhain

Editeur : City Editions

Genre : Historique

Résumé :

Un adolescent en haillons, crasseux, observe sa mère adoptive préparer d’étranges mixtures malodorantes. Il se nomme Pontus, mais son nez très proéminent lui vaut le surnom de « Patate ». Grâce à sa malformation, qui lui donne la capacité de sentir le plus infime parfum à des dizaines de mètres, il est promis à un destin exceptionnel, plein de fougue et d’intrigues. En effet, en pleine « affaire des Poisons », Pontus est repéré par Monsieur de la Reynie, le lieutenant général de police qui l’engage en tant que renifleur personnel de Louis XIV. Ses capacités vont lui permettre de confondre des empoisonneuses, de déjouer des assassinats et de devenir, rapidement, une célébrité. Mais dans les couloirs sombres de Versailles, égorgeurs et manipulateurs aiguisent leurs couteaux. Cet empêcheur d’empoisonner doit disparaître, car dans ce monde cynique et implacable, il n’y a pas de place pour un homme au coeur simple avec un talent si dangereux…

Avis :

Le parfum des poisons constitue une épopée historique fascinante, qui nous transporte dans le passé de notre pays, la France, à l’époque de Louis XIV, celui que l’on appelait le Roi Soleil. Le lecteur est immergé dans un autre temps, une période de l’Histoire qu’il croit connaître, notamment à cause, peut-être, de ses visites au château de Versailles, ou de ses cours à l’école, agrémentés des pièces de Corneille, Racine ou Molière. Une fois plongé corps et âme dans ce roman, on se rend compte de nos méprises et du fait que l’on ne savait finalement que peu de choses sur les conditions de vie des plus pauvres, la dure réalité de l’époque, les relations entre gens de cours, les préjugés ou les traditions d’un temps qui nous échappe encore.

Le parfum des poisons s’avère un roman historique de qualité qui, en plus de nous transporter dans un récit passionnant et empreint de vérité, nous enseigne le XVIIe siècle avec force et vivacité. Un cours d’Histoire efficace, une leçon de vie poignante, un partage de sensations et d’odeurs salivantes ou répugnantes, et une humanité émouvante.

Comme tout bon roman historique, Le parfum des poisons n’étale pas ses connaissances mais les transmet de telle sorte à ce qu’un lecteur non initié puisse tout suivre et tout comprendre. Ainsi, malgré des titres, noms et lieux qui ne cessent de s’enchaîner, l’auteur ne perd pas ses lecteurs. Au contraire, il les captive tout du long, grâce à un personnage principal atypique, quelques enquêtes alléchantes, des ragots bien épicés, des scènes dramatiques passionnées et une Histoire qui sent bon les trahisons, complots et intrigues farfelues. Celles-ci se suivent de manière intensive, une fois arrivé au milieu du roman.

Les chapitres sont bien divisés entre eux, ne portant que sur certains personnages à la fois, pour que nous puissions suivre et retenir les noms des nobles, ou moins nobles, mis en cause. L’auteur en profite alors pour nous les présenter de manière plus poussée, avec des portraits saisissants qui marquent les esprits. Une fois l’enquête en question expédiée, les personnages mis sur le devant de la scène disparaissent au profit d’autres figures. Le lecteur peut ainsi se débarrasser de toutes ces descriptions pour en absorber d’autres. Procédé efficace qui fonctionne à merveille sans que le lecteur ne se triture les méninges pour se souvenir de chaque personnage.

Fluide et rapide, la lecture du Le parfum des poisons est vive et rafraîchissante, usant d’un vocabulaire d’époque et d’expressions désuètes. Par contraste, la plupart des faits narrés apparaissent davantage comme des scènes sorties de films gores ou d’horreur. L’atmosphère sombre survole toute la lecture, marque une époque noire, aux conditions de vie misérables, aux morts violentes et aux possibilités moindres. Grâce à des détails poussés, l’auteur parvient à nous transmettre des odeurs, des images et des sons d’une époque révolue, d’un temps où il ne faisait pas spécialement bon vivre.

Cette ambiance obscure est accentuée par des décès cruels, des tortures abjectes, des actes de folie répugnants, des trahisons macabres et une éducation stricte à la dure. Heureusement, quelques passages positifs embellissent la lecture, mais ne sont pas majoritaires. Les lecteurs les plus sensibles devront s’accrocher pour tenir jusqu’au bout. En plus de tout cela, Le parfum des poisons nous plonge dans un système royal malsain, avide de pouvoir et de richesse, usant de procédés qui ne diffèrent finalement pas de notre époque. Les manipulations vont bon train, comme l’hypocrisie ou les mensonges, et la justice se montre très solidaire envers ceux qui montrent mains d’or et costumes riches. Bringuebalé d’horreur en horreur, le lecteur découvre un univers réaliste, loin des histoires des contes de fées. Certains noms bien connus de cette époque perdent de leur grandeur mais s’avèrent indubitablement humains.

On ne s’ennuie pas tant les évènements s’enchaînent. Les enquêtes ne durent jamais bien longtemps et se voient résolues plutôt rapidement. Cela permet d’en accumuler plusieurs, sans que cela de devienne une liste exhaustive. En parallèle des affaires de crimes, le roman s’intéresse à plusieurs personnages récurrents, et nous conte leurs histoires.

Certains personnages traversent le roman, comme un ministre important, un lieutenant magnanime et un major sympathique, qui encadrent notre héros. Ce dernier se nomme Pontus, et est un jeune garçon à qui la vie ne fait pas de cadeaux. Sans parent, et recueilli par une marâtre peu aimable, Pontus possède un nez déformé qui lui vaut d’être insulté à longueur de journée. Contre mauvaise fortune bon cœur, Pontus se voit doté d’un don rarissime, qui lui permet de se rappeler puis de reconnaître les odeurs de tout ce qui lui passe sous le nez. Un cadeau inestimable que saura utiliser Louis XIV pour se prémunir contre ses ennemis, versés dans l’empoisonnement.

Les intrigues les plus intéressantes, notamment celles se passant à la cour du roi, tardent à venir. En effet, le roman nous conte d’abord la jeunesse de Pontus, ses égarements et ses premiers jours à la capitale. Traité de sorcier, d’être infâme ou de suppôt du Diable, le jeune garçon doit faire preuve de patience pour se sentir accepté et être traité comme il le mérite. Pour nous faire patienter, l’auteur agrémente les premières pages d’anecdotes et d’explications sur les plantes, substances et liquides utiles en empoisonnement. Tels des alchimistes, les lecteurs s’entourent de décoctions en tous genres, d’ateliers clandestins de qualité et de matériels de professionnels. Le ton est donné.

Le parfum des poisons nous enseigne des faits réels à travers une histoire palpitante, sombre et cruelle, qui débute dans la souffrance et qui se termine dans la solitude et l’injustice. Une histoire de vie à la fois malheureuse et touchante, celle d’un jeune garçon au talent dément, malmené par la vie mais qui essaiera de n’en retenir que les côtés positifs. Une leçon de vie poignante, une leçon d’Histoire perturbante.

L’auteur nous expose ses talents de conteurs, mais aussi ses talents d’historien.

Note : 17/20

Par Lildrille

4 Comments to "Le Parfum des Poisons – Claude Rodhain"

  1. Rodhain dit :

    Merci mille fois Monsieur Lilfrill, pour votre analyse et votre commentaire sur Le parfum des poisons. Vous avez su, de façon magistrale, éclairer le lecteur sur le milieu dans lequel baignait la cour de Louis XIV et sur les intrigues qui s’y déroulaient. Bravo pour cette étude précise et exhaustive. Claude Rodhain

  2. Rodhain dit :

    Pardonnez-moi d’avoir écorché votre nom. Une erreur de plume dont vous voudrez bien m’excuser. Amitiés.CR

  3. Lildrille dit :

    Il n’y a aucun soucis 🙂
    Lildrille est un pseudonyme compliqué ! Chloé Garcia sera plus facile.
    Je vous remercie pour ce superbe commentaire, je suis très touchée !
    Merci pour votre confiance et partenariat.

  4. matribus dit :

    a la lecture de ce livre je me suis regalé
    je le conseille vivement

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