décembre 5, 2020

Scarface

De : Brian De Palma

Avec Al Pacino, Michelle Pfeiffer, Steven Bauer, Robert Loggia

Année : 1983

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier

Résumé :

En 1980, Tony « Scarface » Montana bénéficie d’une amnistie du gouvernement cubain pour retourner en Floride. Ambitieux et sans scrupules, il élabore un plan pour éliminer un caïd de la pègre et prendre la place qu’il occupait sur le marché de la drogue.

Avis :

Ecrire des critiques sur des films, essayer de faire de l’analyse, surtout à chaud, pour coller à l’actualité, est un exercice difficile car cela ne permet pas d’avoir du recul par rapport à certaines œuvres. Il n’est pas rare de voir des professionnels descendre en flèche des films qui deviendront cultes par la suite, soit parce qu’elles sont en avance sur leur temps, soit tout simplement parce qu’elles sont incomprises par une partie du métier, qui ne jure que par une certaine « classe » cinématographique. Les Indiana Jones, les Retour vers le Futur, sont autant d’exemples de films qui se sont fait fracasser lors de leur sortie, et qui ont pourtant gagné leurs lettres de noblesse avec le temps, atteignant même le statut d’œuvre culte. Il en va de même avec Scarface de Brian De Palma. Remake du film de Howard Hawks sorti en 1932, le métrage de De Palma s’est fait fusiller lors de sa sortie en salle en Octobre 1983. Considéré comme ultra violent et bien trop vulgaire, la presse de l’époque n’est pas tendre et le film ira même jusqu’à remporter le Razzie Award de la pire réalisation. Aujourd’hui film culte pour un grand nombre de cinéphiles (et de rappeurs, mais on y reviendra après), Scarface est un monument du septième art qui montre bien à quel point certains critiques sont à côté de la plaque.

Réalisé par Brian De Palma, qui sort alors de Pulsions et Blow Out, écrit par Oliver Stone, aidé par Steven Spielberg lors de la séquence finale, Scarface a déjà pas mal d’atouts dans sa manche pour conquérir un large public. L’histoire raconte donc l’ascension fulgurante dans le domaine de la pègre de Tony Montana, un immigré cubain qui veut mordre l’american dream à pleine dents. Mais une fois au sommet, il ne reste que la chute, qui ne sera que plus rapide lorsque l’on a vraiment trop faim de tout. Partant d’un pitch très simple, Brian De Palma va tisser le parcours d’un homme qui a les dents longues et qui n’a pas peur de la mort pour accéder le plus rapidement possible à l’argent et aux femmes. Un luxe qui fait fantasmer aujourd’hui beaucoup de rappeurs, où la figure de Tony Montana excite autant qu’une playmate. Le scénario est assez convenu. On va suivre un homme ambitieux, qui sait comment parler aux gens et comment gérer une affaire en prenant des risques mesurés et en graissant la patte à qui il faut. Ainsi donc, on procédant de manière fluide avec une timeline linéaire, le réalisateur permet de prendre l’ampleur de cette ascension, qui sera aussi rapide de la descente. Un parcours fantasmé qui sera semé d’embûches et de cadavres mais qui colle aussi à une certaine réalité dans les années 80 avec les réfugiés politiques cubains en Floride.

Mais derrière cette montée en puissance, et cette descente infernale, le film cache des messages bien plus importants et intéressants, qui n’ont pas échappé à certains rappeurs, jouant avec cette image de gangster où l’opulence prévaut sur tout. En effet, derrière le panache de Tony Montana, derrière cet homme exubérant, se cache un profond mal-être, un besoin de resplendir et de tout avoir, de surpasser son sa catégorie sociale, et cela par tous les moyens. Au détour d’une scène, lorsqu’il est dans son bain à regarder les chaînes d’information, Tony Montana l’exprime de vive voix, les vrais gangsters sont les politiques et les médias. Il les traite de menteurs, de manipulateurs, il estime qu’ils agissent avec malhonnêteté et qu’en plus de cela, ils ont pignon sur rue, ils ont bonne presse et tout le monde les voit comme des gentils. Un statut qui déplait fortement à Tony, toujours honnête dans son trafic et avec les gens qui l’entourent, même s’il n’hésite pas à tuer pour avancer et devenir de plus en plus riche. Le message est d’autant plus fort lors de la scène au restaurant, où ivre et saoul, il renvoie à la face de tout le monde ce qu’ils sont vraiment, des méchants masqués en gentils et que seul lui à l’honnêteté de ne pas avoir de masque, de ne pas se cacher et d’être finalement le bouffon de ces gens. En ce sens, Scarface est un film très fort, très politique et qui aujourd’hui est toujours d’actualité. Un bad guy qui s’inspire finalement des hautes sphères de notre monde pour bâtir un empire et passer à la postérité, même avec sa mort quasi christique.

Outre la finesse de l’écriture qui est un peu masquée par la vulgarité du propos et l’aspect outrancier de l’histoire, Scarface c’est aussi Brian De Palma derrière la caméra. Loin d’être un manche, le cinéaste va pourtant s’effacer sur ce film, moins marquant que d’autres métrages comme Blow Out ou encore Carrie au Bal du Diable. Néanmoins, le film n’en demeure pas moins superbe d’un point de vue esthétique. Certaines séquences sont bien marquantes comme lorsqu’Omar se fait pendre du haut d’un hélicoptère, ou bien lors du final explosif avec l’assaut sur la maison de Montana. Une séquence où De Palma fut aidé par un certain Steven Spielberg, alors de passage sur le tournage. Si le film est moins marqué par l’identité visuelle de De Palma, il reste tout de même fort par son côté opulent. Il est d’ailleurs à l’image du personnage central, fantasque et grande gueule, et à quelque part, le film est comme cela, clinquant, tape à l’œil et parfois explosif. Le rythme du métrage est d’ailleurs très bon, on ne s’ennuie jamais sur ce parcours à la fois atypique et plutôt classique, car après l’ascension, il ne reste que la chute. Une chute brutale et outrancière qui colle parfaitement aux basques du personnage, tenu par un Al Pacino tout bonnement incroyable. L’acteur est habité comme rarement et donne corps à l’un des plus grands méchants de l’histoire du cinéma. Al Pacino est Tony Montana, un point c’est tout. Bien évidemment, il est épaulé par d’autres comédiens tout aussi bons, comme Michelle Pfeiffer en beauté fatale ou encore Steven Bauer en side-kick avenant et fidèle.

Au final Scarface est un très grand film, l’un de ces rares morceaux que l’on peut appeler un chef-d’œuvre. Conspué lors de sa sortie en 1983 à cause de sa vulgarité et sa violence, le film est pourtant un grand morceau de cinéma, aussi intelligent qu’il est extravagant, dynamique et pourtant long sur sa présentation d’un personnage atypique, devenant dès lors l’icône de toute une génération de rappeur qui voit en lui la réponse honnête de politiques menteurs et tout aussi truands. Un film qui a gagné ses galons de film culte au fur et à mesure des années et qui reste aujourd’hui un immense film dont la finalité est toujours d’actualité. Bref, si Brian De Palma ne signe pas son meilleur film avec Scarface, il pose une grosse brique dans la grande bâtisse du septième art.

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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