janvier 19, 2021

Little Heaven – Nick Cutter

Auteur : Nick Cutter

Editeur : J’ai Lu

Genre : Horreur

Résumé :

Votre histoire est un molosse qui vous poursuit à travers champs et collines, tenaillé par une faim dévorante, vous pistant jusqu’à ce que, une nuit, vous l’entendiez gratter à la porte. Le mal ne meurt jamais ; il sommeille.
Parlez-en à Minerva, à Micah et à Ebenezer, chasseurs de primes, mercenaires dans l’âme mais aux dons inégaux. La première fois qu’ils font équipe, en 1966, c’est pour retrouver un enfant qui a été enlevé par une secte obscure œuvrant au Nouveau-Mexique, dans un endroit nommé Little Heaven. C’est là que le révérend Amos, qui reçoit ses ordres de Dieu directement, rassemble ses fidèles pour un culte des plus sombres.
Quinze ans plus tard, la fille de Micah est enlevée, et le trio devra s’armer pour le débarquement de l’Enfer à Little Heaven.

Avis :

Le roman d’horreur est aujourd’hui vu d’une œil un peu méfiant, comme s’il ne faisait pas partie de la littérature d’une façon globale. Si Stephen King ou Maxime Chattam sont devenus des noms reconnus dans cet art, à chaque fois qu’un nouvel auteur sort ou qu’un nouveau roman horrifique pointe le bout de son nez, il faut fouiner dans les étals des libraires pour le trouver. Si on excepte les grands noms, les romans fantastiques avec des vampires dedans ou encore des titres qui s’adressent plutôt à de jeunes adultes, il est bien loin le temps des collections Gore ou encore de cette collection rouge et noir de chez Pocket. Pourtant, l’horreur, malgré sa mauvaise réputation, continue de séduire et possède un véritable vivier de fans, chose que ne peuvent pas forcément prétendre les comédies ou les drames. Parmi les noms à retenir dans le roman horrifique, Nick Cutter fait une entrée fracassante. Déjà avec Troupe 52, il avait montré tout son talent pour le gore et les intrigues étranges où tout peut partir en vrille à n’importe quel moment. Cette sombre histoire de ver solitaire qui dévore de l’intérieur de jeunes scouts était un pur moment glaçant et savamment orchestré. En est-il de même avec son nouveau roman, Little Heaven, qui part cette fois-ci explorer les bigos de Dieu aux prises avec une entité démoniaque ?

L’histoire est découpée en plusieurs parties qui ne suivent pas une chronologie linéaire. Le roman débute dans les années 80, avec une jeune fille qui se fait enlever par une sorte de monstre, et son père, un ancien tueur à gages, contacte deux personnes et part à sa recherche. On va se rendre compte que les trois personnages, Micah, Ebenezer et Minerva, possèdent des pouvoirs et qu’ils ont un passif commun qui ne semble pas leur convenir. Après cette introduction macabre et qui laisse sous-entendre un sujet bien glauque, l’auteur part fouiner dans le passé de ses personnages. On retrouve donc nos trois chasseurs, mais lors d’un duel à la western et cela ne se termine pas forcément bien. Ils décident alors de s’entraider pour survivre et ils vont faire une sorte d’équipe pour gagner de l’argent. Un beau jour, une femme leur demande alors de partir à la recherche de son neveu, embarqué par son père dans une sorte de secte chrétienne au milieu de nulle part. Et l’histoire de prendre une tournure horrifique, puisque la communauté est sous l’emprise d’une entité malfaisante, d’une sorte de démon, qui insuffle de mauvaises pensées aux enfants, les rendant pernicieux, et aspire l’énergie vitale des adultes, sauf du révérend, un psychopathe en devenir. Et l’auteur va faire plusieurs va-et-vient pour approfondir les relations de ses personnages, mais aussi une sorte de mythologie macabre autour du mal qui ronge cette communauté retirée.

Nick Cutter sait taper là où ça fait mal et il semble prendre un malin plaisir à s’en prendre aux enfants. C’était déjà le cas avec Troupe 52, et il récidive ici avec Little Heaven, où les gosses sont la première cible d’une chose indéfinissable. Corrompre la jeunesse, rendre laid et vieux un enfant pourtant enjoué au départ, voilà des points qui vont assurer une atmosphère glauque à souhait, où le gore n’est jamais loin, revenant par petites piques et s’accentuant à la fin, dans un déluge de vomis sanglants et de morts en masse. L’auteur instaure une ambiance malsaine assez rapidement, avec ces créatures difformes faites à partir de bout d’autres animaux, mais il va créer une vraie chape de plomb dans ce village improvisé avec des personnages étranges, faibles, vils et parfois même détestables. Nick Cutter semble être un auteur qui aime prendre le temps de construire ses personnages, tout en restant dans une atmosphère sale et poisseuse, la mort ne rodant jamais loin, étant soit petite, soit invisible et pernicieuse. Ici, les monstres ne sont qu’une extension d’une sorte de divinité du mal qui corrompt tout un chacun avec des sons presque inaudibles. En faisant ainsi, l’auteur assure une omniprésence du mal, voire même une omniscience qui fait froid dans le dos et rend toute chose possible.

Mais ce qui fait aussi la force de ce roman, ce sont les personnages, aussi bien les trois principaux, que les secondaires qui ont des rôles importants à jouer. En premier lieu, il faut parler de Micah Shughrue, un tueur à gages mutique mais qui va se laisser attendrir par une femme. Grosse brute au grand cœur, il est l’archétype du héros malgré lui, qui décide de prendre son destin en main après une vie plutôt sanglante. Il est très attachant, notamment parce qu’il est conscient de ce qu’il fait et de ce qu’il est et il garde sa ligne de conduite jusqu’au bout. Nick Cutter l’a bien compris, c’est son personnage phare et la fin nous restera bien en travers. Avec Ebenezer, l’auteur va créer un personnage intéressant dans sa façon d’être. Noir, anglais vivant aux States, maniéré et considéré par le tout-venant comme un homosexuel, il va permettre de critique de façon virulente une Amérique profonde qui n’évolue jamais, jusqu’à ce que la mort soit à sa porte. Le personnage est peut-être moins attachant, mais il est drôle et subit sans trop rien dire, ayant un véritable crédo, un sens de l’honneur important. Quant à Minerva, elle sera la femme qui se veut forte et qui va se faire violence pour accompagner ses amis d’infortune. Têtue, elle va se révéler au fil des pages comme un partenaire important au background très fouillé et torturé.

Au rayon des personnages secondaires, la religion va prendre un grand coup dans la gueule avec Amos Flesher, le révérend de la communauté, une véritable enflure que l’on va vite détester et qui sera l’un des antagonistes de l’histoire. Bénéficiant d’un background succinct mais intéressant, il est un méchant dans la plus pure tradition du genre. Quant à Ellen, Nate et tous les autres, ce sont des seconds rôles qui ont leur importance, apportant de la plus-value aux trois personnages, leur faisant ressortir certains traits de caractère insoupçonnés. Et enfin, il y a le grand méchant, ce démon antédiluvien qui aspire toute forme de vie autour de lui. Baignant presque dans une atmosphère à la Hellraiser de Clive Barker, on a le sentiment que ce monstre est inéluctable et que sa vilenie est le propre de sa nature, donnant presque une dimension touchante à ce monstre qui agit pour survivre, sans se soucier un instant de la vie des autres. Et en ce sens, il est très intéressant, même si on le déteste fortement.

Au final, Little Heaven est un très bon roman d’horreur comme en fait que trop rarement, certainement à cause de l’aspect « mal vu » de ce genre de recueil. Nick Cutter fait preuve d’un sens inné de la narration, offrant un roman qui est ultra référencé (western, horreur, épouvante), qui n’hésite pas à partir très loin dans le gore pour appesantir une ambiance glauque à souhait et très lugubre et qui maintient un suspense haletant du début à la fin. Si Troupe 52 nous avait enchantés, il confirme l’essai avec ce roman glaçant et parfaitement maîtrisé.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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