octobre 26, 2020

Les Garçons Sauvages

De : Bertrand Mandico

Avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek

Année : 2018

Pays : France

Genre : Fantastique

Résumé :

Début du vingtième siècle, cinq adolescents de bonne famille épris de liberté commettent un crime sauvage. Ils sont repris en main par le Capitaine, le temps d’une croisière répressive sur un voilier. Les garçons se mutinent. Ils échouent sur une île sauvage où se mêlent plaisir et végétation luxuriante. La métamorphose peut commencer…

Avis :

On dit souvent que le cinéma français est sclérosé entre des drames ennuyants et des comédies potaches à caractère raciste. Et quand on voit les grosses sorties les plus diffusées dans les cinémas, on a du mal à donner tort à cet adage qui est pourtant faux. Car le cinéma français regorge de pépites et de films étranges, et chaque année, on a droit à des métrages qui sortent du lot et à des réalisateurs qui tentent des choses, évitent les routes jalonnées et préfèrent le chemin obscur de la création indépendante. Bertrand Mandico fait partie de ces cinéastes qui possèdent un univers particulier et qui tentent de mettre en place des choses inédites, puisant inlassablement dans une bibliothèque mentale gargantuesque. Les Garçons Sauvages est le premier long-métrage de Mandico, puisqu’avant cela, il n’avait proposé que des courts, allant du fantastique à l’expérimental en passant par l’érotique. Un culte du corps que l’on va retrouver dans ce film étrange, très difficile d’accès et qui possède un sens assez tortueux. Car oui, Les Garçons Sauvages est un film qui flirte avec le grotesque, mais aussi avec le scandale et il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

L’histoire du métrage est assez nébuleuse. On commence avec la présentation de cinq garçons terribles qui viennent de violer et tuer leur professeur de français. Très explicite sur la psyché des garçons, mais aussi visuellement, le film frappe fort et laisse un goût amer en bouche dès son entame, montrant éjaculation faciale et torture comme un jeu, certes malsain, mais visiblement assez amusant. Bien évidemment, ces garçons seront jugés et ils vont partir avec Le Capitaine, un homme mutique et étrange qui va les faire aller sur une île où fleurs en forme de verges et huîtres en forme de sexe féminin foisonnent. Dès lors, les garçons vont apprendre à leurs dépens que cette île transforme les garçons en filles. Au niveau du scénario, le film est très compliqué à comprendre, surtout si on n’a pas lu le synopsis auparavant. Il faut essayer de rentrer dans cet univers assez dément et farfelu qui est un mélange de Méliès et d’un cinéma expérimental essayant de montrer comment des hommes violents peuvent s’assagir en acceptant leur penchant féminin. Le film va au bout de son délire et délivre un message bizarre, pas forcément juste, qui confine parfois au grotesque, pas par rapport au rapport homme/femme, mais surtout pas son aspect non-sensique. On suit réellement une histoire rocambolesque dans un univers fantasmé où les expériences visuelles sont légion.

Et c’est là que le film va marquer des points, à savoir sa mise en scène. Bertrand Mandico est un grand malade, mais c’est aussi un fou de cinéma. Et il a dû en bouffer de la bobine tant son film respire les multiples références. On pense bien évidemment à Méliès comme dit plus haut, notamment sur certains cadres en noir et blanc qui embrasse le cinéma des années 1900. Mais on peut aussi évoquer L’île du Docteur Moreau ou L’Etrange Créature du Lac Noir avec cette flore luxuriante et inquiétante, avec, encore une fois, une volonté de se référer à un cinéma d’antan, presque théâtral, que l’on ne voit plus aujourd’hui. Difficile aussi de ne pas penser à Sa Majesté des Mouches pour le côté enfants perdus, ou encore à du Winding Refn sur les quelques moments en suspension et en couleurs qui sont présents pour marquer sèchement des phases importantes. Si Mandico avoue s’inspirer du japonais Koji Wakamatsu, difficile de ne pas y voir des accointances avec le réalisateur de The Neon Demon ou Only God Forgives. Cette mise en scène va permettre au film de se démarquer de la masse et de mettre en avant un homme qui a une vision et une volonté de faire quelque chose à part, de plus expérimental, qui nous bouscule un peu plus dans nos habitudes. Alors bien évidemment, on peut ne pas rentrer dans le délire, ce qui fut mon cas, mais force est de constater qu’il y a du talent derrière l’œil de la caméra.

Cependant, à mon sens, le film va beaucoup trop loin dans son délire au point d’en déliter complètement son intérêt. Premièrement, le film joue constamment sur la tangente avec la pédophilie. Si on ne peut donner d’âge aux actrices lorsqu’elles campent des personnages masculins, le rapport avec le capitaine qui demande de venir lire les tatouages sur son sexe est assez étrange et met vraiment mal à l’aise. Tout d’abord parce que l’on ne peut qu’y voir des enfants mal éduqués qui sont sollicités pour une petite fellation auprès d’un gros barbu qui fait penser à Frankie Goes to Hollywood. Et de Relax, le film n’en a pas vraiment l’aura. On est constamment sur un rapport au sexe qui prend des chemins détournés pour raconter n’importe quoi. Le capitaine qui n’a qu’un sein, le changement de sexe qui s’opère en se pissant dessus alors que l’on est englué dans une sorte d’algue, les garçons qui s’abreuvent à une plante en forme de bite et qui jute du liquide blanc, on est toujours mis à mal face à des situations érotiques qui peuvent nous sembler interdites. Et on a beau se dire que ce sont des actrices majeures qui jouent les rôles, au fond de l’histoire, on fait face à des adolescents et c’est très dérangeant. Si on ajoute à cela des personnages complètement barrés et parfois bancals comme la professeure dans l’île ou encore les garçons en eux-mêmes, on va vite ressentir de la haine pour tout ce petit monde. Un petit monde profondément malsain, mauvais et dont le voyeurisme sera partagé avec le spectateur lorsque tous les corps seront quasiment mis à nu.

Au final, Les Garçons Sauvages est une véritable expérience cinématographique et en ce sens, le film mérite que l’on s’y essaye. Mais il faut savoir dans quoi on met les yeux, car le film n’est pas à la portée de tous, et il risque de laisser plus d’une personne sur le carreau, notamment à cause de sa volonté de bousculer les codes de la mise en scène et d’aller très loin dans son scénario, prônant presque un érotisme juvénile qui frôle l’indécence et la décadence. Ce premier film signé Bertrand Mandico est donc un moment étrange, qui met mal à l’aise malgré toutes ses idées et qui risque, malgré tout, d’enfermer son cinéaste dans un genre trop à part, trop confidentiel, et c’est bien dommage.

Note : 07/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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