novembre 30, 2020

La Grosse Dondon – Jean-Claude Roglian

Auteur : Jean-Claude Roglian

Editeur : Sydney Laurent

Genre : Fantastique

Résumé :

Laura, jeune fille devenue orpheline à 20 ans, est obèse et pauvre. Son obésité est lourde à porter : elle est moquée, rabaissée, asservie.
Laura vit dans une douleur permanente.
Il y a bien quelques rares personnes qui la respectent, qui cherchent à améliorer son quotidien, mais ces bonnes intentions n’effacent pas les sarcasmes acerbes débités à longueur de journée à son encontre. La cruauté des méchants prend le dessus ! En partageant la souffrance de Laura, on en vient à lui souhaiter qu’une bonne fée vienne la délivrer de ce calvaire : soit en l’enlevant de ce monde féroce et inhumain, soit en réalisant un miracle où elle perdrait en obésité et gagnerait en fortune.
Et si la magie s’opérait ! Si, tout à coup, ceux et celles qui s’acharnaient sur la grosse dondon se prosternaient aux pieds de la jeune fille.
Comment réagirait la candide Laura face à ces faux-culs drapés dans leur indignité ? Se vengerait-elle ? Serait-elle magnanime ? Succomberait-elle aux avances de ceux qui chercheraient à la séduire ? Comment récompenserait-elle ses bienfaiteurs de la première heure ? En avançant dans la lecture, on se surprendra à appeler de toutes ses force l’accomplissement d’un tel prodige.

Avis :

La grosse dondon, comme tous les romans dits « feel good », redonne espoir en l’humanité, apaise les lecteurs et envoie de belles ondes positives. Bien que le point de départ ne soit pas foncièrement original (une fille en surpoids qui devient une femme splendide), le roman constitue en d’agréables moments, épris de bons sentiments, de justice et de vérité, qui résonnent en chacun de nous. Qui n’a jamais été malmené par ses camarades de classes, sa famille ou ses soi-disant amis ? Qui ne s’est jamais senti parfois rejeté, incompris ou seul ?

La grosse dondon apporte quelques pistes de réponses à ceux qui souhaiteraient avancer, ceux qui aimeraient voir leur vie se transformer du tout au tout, et dépeint une réalité que l’on connaît bien, même si elle perturbe. La cruauté des enfants, les complexes physiques, la définition du beau, les stéréotypes, l’attrait de l’argent, la cupidité, le regard des autres, la jalousie… nombre de sentiments ou de principes plus ou moins complexes se voient mettre en scène pour nous permettre de mieux comprendre, de réaliser, de s’imaginer à la place de l’héroïne même si nous n’avons jamais vécu ce qu’elle doit affronter au quotidien, et cela fonctionne très bien.

La lecture se veut fluide et enthousiaste ; l’auteur utilise des points d’exclamation de manière régulière quand la narratrice formule sa joie, sa frustration, son étonnement ou sa déprime. Grâce à l’expression précise de ces sentiments, le lecteur s’attache à Laura, une jeune fille dont l’enfance et l’adolescence n’ont pas été faciles, et qui a plutôt tendance à se laisser marcher sur les pieds. Timide, réservée, elle a du mal à montrer aux autres qui elle est, mais nous l’explique à nous, ses lecteurs. Une relation intime se crée au fur et à mesure que les pages se tournent. Même si par moment on voudrait qu’elle réagisse, qu’elle arrête ses bêtises, qu’elle réfléchisse davantage, qu’elle s’exprime ou qu’elle se batte, on soutient Laura et on espère que sa situation évoluera vite. Sa fraîcheur dans ses mots, son bon caractère avec les autres, sa gentillesse et sa générosité en font une personne charmante et profondément attachante.

Le postulat de départ concernant la famille de Laura apparaît, de prime abord, un peu exagéré, comme si l’auteur avait voulu que Laura soit la plus misérable des jeunes filles n’ayant jamais existé. On se rend pourtant compte, en poursuivant l’histoire, que sa situation pourrait finalement s’avéré cohérente et réaliste. Sans parent, sans véritable famille, sans soutien, et sans un travail qui lui permette de vivre… en plus d’un physique disgracieux, la jeune héroïne doit supporter nombre d’autres soucis.

Le récit se divise en deux grandes parties, une moitié de roman se déroulant à une période charnière, lorsque le corps de Laura ne lui convient pas, et une autre moitié, qui nous donne à redécouvrir Laura, complètement changée, que ce soit physiquement ou mentalement. Même si certains rebondissements se voient venir, il reste agréable de les vivre. La transformation du personnage est saisissante, criante de vérité et fait du bien au lecteur, qui avait été précédemment meurtri par les douleurs de l’héroïne. Même si ce changement était attendu, il reste plaisant à suivre.

Bien qu’elle le précise dans le livre, le fait de ne pas vouloir se venger, les situations mises en avant dans la seconde partie sont jouissives pour le lecteur, qui se voit ravi d’assister à la revanche sur la vie de sa petite protégée. Sa manière de s’exprimer n’est plus la même, sa vision de la vie et des autres a changé, et son corps n’a plus rien à voir. Après les clichés sur les grosses, ceux sur les belles femmes entrent en piste. L’auteur ne se prive pas d’envoyer quelques piques à la société par l’intermédiaire de son héroïne et il le fait bien, avec subtilité et délicatesse, sur le sujet du physique ou de la personnalité, mais aussi de l’argent. Les lecteurs épris de justice y trouveront leur compte grâce à La grosse dondon, notamment grâce à une intrigue politique qui prend le pas sur celle de Laura, sur la fin.

En plus de cela et de l’intrigue principale, les sous-intrigues disséminées concernant la famille de Laura restent bien menées et s’insèrent parfaitement dans le récit, avec un suspens qui s’étend même jusque dans les toutes dernières pages. Les quelques personnages secondaires qui se dévoilent dans le récit sont à la fois étonnants, grotesques, amusants et effrayants. Leurs portraits fascinent et permettent au roman d’appuyer sur d’autres faits sociétaux comme la religion, le racisme ou le handicap. Nombre de sujets qui peuvent fâcher mais que l’auteur manipule avec doigté, en nous faisant rire, pleurer ou nous questionner.

La grosse dondon est un récit qui ne perd pas de sa verve sur les deux parties, et qui reste captivant jusqu’au bout. Le récit innove principalement dans ses intrigues qui ne concernent pas le physique de Laura, et ces dernières nous embarquent dans une histoire effrénée dans laquelle se mêlent jeux de pouvoir et soif de richesse.

Un récit engagé et engageant, un livre passionné et passionnant.

Note : 16/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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