décembre 5, 2020

Chez Moi

Titre Original : Hogar

De : Alex et David Pastor

Avec Javier Gutierrez, Mario Casas, Bruna Cusi, Ruth Diaz

Année : 2020

Pays : Espagne

Genre : Thriller

Résumé :

Quand un publicitaire au chômage décide d’espionner les nouveaux occupants de son ancien domicile, la situation tourne vite au cauchemar.

Avis :

Beaucoup critique Netflix, de par son aspect dématérialisé, qui tue un peu le marché du DVD qui bât déjà de l’aile, mais aussi parce que visiblement, beaucoup de personnes ne trouvent pas leur compte en termes de qualité. Mais comme tout catalogue, la plateforme propose des choses diverses et variées et il y en a pour tous les goûts. Alors oui, certaines productions Netflix sont aux fraises (la dernière en date, La Marque du Diable, est une purge infâme), mais d’autres sont très surprenantes, et il ne faut pas oublier aussi que la plateforme propose une sélection de films et de séries qui ne sont pas estampillés Netflix et qui permet de découvrir d’autres choses venants de différents pays. Et il faut croire que l’Espagne tire son épingle du jeu puisque depuis quelques temps, de très bonnes choses sortent sur Netflix. Si on écarte la série La Casa de Papel qui fait un tabac, tout récemment, on a pu découvrir La Plateforme et ce fut une bonne surprise, un film de genre plutôt intelligent avec une vraie proposition. Aujourd’hui, on s’arrête sur Chez Moi, un thriller malsain qui se situe entre Dream Home (en bien moins gore) et Malveillance de Jaume Balaguero. Un film intéressant donc, et à plus d’un titre.

Les frères Pastor sont des réalisateurs qui ont commencé leur carrière aux Etats-Unis avec le très moyen Infectés. Revenant dans leur pays, ils tournent Les Derniers Jours qui part sur une idée intéressante, mais qui se vautre dans son dernier tiers. Profitant d’un créneau sur Netflix, il faut faire de Chez Moi leur meilleur film à ce jour, un thriller simple mais efficace, avec en sus une portée sociale assez forte. Pour la petite histoire, on va suivre Javier, un publicitaire au chômage qui perd son bel appartement car il ne peut plus payer le loyer. Enchaînant les refus de travail et baignant dans une désillusion qui ne lui va pas. Marié à une belle femme qui se contente de son métier de vendeuse et très froid avec son fils qui n’est pas assez sportif à son goût, Javier va garder un jeu de clé de son ancien appartement et va commencer à s’immiscer dans la vie du nouveau couple qui vient d’aménager. Très clairement, dès son départ, le film fait un état des lieux en Espagne. Il n’y a plus de travail, même dans des domaines plutôt ouverts comme la publicité, et même les types avec de l’expérience sont rejetés. Les frères Pastor vont dresser un portrait peu glorieux de leur pays, qui refuse d’employer quelqu’un de doué car il est trop qualifié, ou alors on le prend pour un imbécile et lui propose un stage non rémunéré. De quoi exploser en plein vol. Ce portrait d’un pays qui va mal se voit aussi au niveau de l’image, montrant un grand écart entre les beaux appartements des riches et les cages à poule minables dans un quartier plutôt mal famé.

Là-dessus, la réalisation des frères Pastor prend le dessus. Jouant constamment avec les contrastes et les lumières, les deux réalisateurs appuient leur point de vue sur les différents lieux où vit Javier. Le grand appartement, lumineux, parfaitement agencé, fonctionnel, avec une vue incroyable, et l’autre appartement, petit, très sombre, avec un robinet qui goutte et dans lequel on ne se sent pas forcément en sécurité. En faisant ainsi, les cinéastes adoptent le point de vue du personnage principal qui ne se sent pas à sa place dans ce qu’il considère comme un taudis. On va voir ce que lui voit, on va ressentir ce que lui ressent. Et c’est presque dérangeant, parce que ce personnage est une ordure profonde. Gravitant autour de lui, sa femme semble s’accommoder de cette nouvelle vie plus simple, adoptant une vision optimiste de l’avenir. Quant à son fils, il ne souffre plus des brimades de ses camarades et semble presque plus épanoui dans son école publique. La mise en scène joue toutes ses cartes sur le point de vue étriqué du protagoniste central, possédant un égo démesuré, allant jusqu’à devenir un être étrange et manipulateur.

 C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du film, un personnage détestable qui va nous happer complètement dans son jeu démentiel et devant lequel on ne sait comment réagir. C’est bien simple, le personnage de Javier est imprévisible et on ne sait pas jusqu’à quel point il peut tomber et faire tomber les autres. Jouant à un jeu du chat et de la souris dangereux, le type va petit à petit prendre de l’assurance, prendre de l’ampleur, jusqu’à un point de non-retour qui nous laisse relativement sur le cul. Rarement un film n’aura été jusqu’au boutiste sur la psychologie de son personnage que rien ne semble arrêter. Il s’agit d’une pourriture égoïste mais pour lequel on va avoir une certaine empathie, car tout ce qu’il fait est la faute à une société qui ne fonctionne pas et dans laquelle il faut se faire une place soi-même, en arrêtant de se faire marcher dessus et en dévissant des têtes. Les frères Pastor signe alors un film qui va au bout de son raisonnement et qui place un homme désespéré créé par une société malade. D’ailleurs, ce ne sera pas le seul personnage à souffrir et à faire souffrir les autres. On croisera des gens encore plus méprisables, comme ce jardinier maître-chanteur et pédophile, ou encore ce mari aimant débordé par le travail, ancien alcoolique et qui va complètement déboulonner. Chez Moi est un film qui met en avant des personnages détruites par une société qui prime uniquement la réussite, par n’importe quel moyen.

Si les acteurs sont excellents, tout repose sur les épaules de Javier Gutierrez, impeccable de bout en bout dans ce film. Il est très juste dans le rôle d’un homme prêt à tout pour retrouver son appartement et sa réussite, quitte à laisser derrière son passé. Le film est très dur là aussi, mais l’acteur le joue parfaitement et on aura du mal à se faire à l’idée de la réussite d’un pareil connard. A ses côtés, Mario Casas, imposant, joue parfaitement la victime qui va perdre pied petit à petit. Le duo fonctionne bien et on sent constamment le malaise entre les deux personnages. Pour les personnages secondaires, c’est plus aléatoire. Les deux actrices jouant les femmes respectives des deux hommes sont très bien, mais elles restent en retrait sur le film. De toute façon, le film est vraiment un jeu entre les deux hommes. Un jeu qui n’est pas exempt de défauts. Javier se sort de situations périlleuses avec beaucoup de chance et cette chance est parfois un peu abusée. Et le film possède un petit ventre mou en son milieu, rien de bien méchant, mais assez notable.

Au final, Chez Moi est un film très intéressant dans son fond. Dépeignant un portrait peu flatteur d’une société en crise économique, elle est pointée du doigt à travers un personnage qui va perdre pied et manipuler son petit monde pour de nouveau accéder à la réussite. Le film des frères Pastor se veut plus profond qu’il n’en a l’air, présentant en plus un personnage malfaisant parfaitement interprété, prêt à empiler les cadavres pour renouer avec le succès. La fin est d’ailleurs assez pessimiste, à l’image de ces grands qui nous gouvernent et s’en mettent plein les poches malgré les atrocités qu’ils font subir. Bref, un film réussi, parfois un peu mou, mais qui reste un très bon thriller psychologique.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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