mars 5, 2021

Le Sorgho Rouge

Titre Original : Hong Gao Liang Red Sorghum

De: Zhang Yimou

Avec Gong Li, Jiang Wen, Rujun Ten, Chun Hua Ji

Année: 1987

Pays: Chine

Genre: Drame

Résumé:

Au début des années 30, dans un village du nord-est de la Chine. La jeune Jiu Er est promise, en échange d’un âne, à un vieil homme lépreux propriétaire d’une ferme. Lors du voyage en palanquin, la jeune femme est victime d’une tentative de rapt mais est sauvée par Yu Zhanao, l’un des porteurs. Une passion naît entre eux et après la mort de son mari, Jiu Er, qui a pris la direction de la ferme et de la distillerie de sorgho, épouse Yu avec qui elle a un fils. Quand la guerre éclate, les troupes japonaises envahissent le village, brûlant les récoltes et torturant les habitants.…

Avis:

Zhang Yimou est l’un des réalisateurs chinois les plus talentueux qui soient. C’est un réalisateur qui en trente années de carrière a su nous offrir des moments de cinéma incroyables et passionnants. Mais comme toute carrière, il a bien fallu qu’elle commence un jour, et pour Zhang Yimou, elle commence ici. Après des études de cinéma dont il sort diplômé en 1982, il sera le directeur de la photographie pour son ami, le réalisateur Chen Kaige, (ils sont de la même promotion) sur ses deux premiers films. Cette expérience lui servira d’école de terrain et sans même réaliser un court-métrage, Zhang Yimou se lancera dans son premier film.

Six ans après sa sortie d’école donc, Zhang Yimou présente son premier long-métrage et c’est un premier film qui va se faire grandement remarquer, puisqu’il va remporter l’Ours d’Or du festival de Berlin en 1988. Si le film a pris un coup de vieux, et qu’il mériterait une restauration tant les images, surtout dans les sombres, sont parfois illisibles, ce premier film signé Zhang Yimou n’en demeure pas moins une jolie réussite, qui navigue quelque part entre le conte poétique, la romance et le drame et le tout livré avec parfois un petit côté western. Bref, dès son premier film, Zhang Yimou démontre une envie de cinéma assez folle et nous, on se laisse très volontiers séduire par ce premier film.

Chine, les années 30, dans un petit village, Jiu Er est promise en mariage à un vieux lépreux en échange d’un âne. Pendant le voyage qui la mène à son époux, Jiu Er est victime d’une tentative de rapt, mais elle est sauvée par Yu Zhanao qui est l’un des porteurs du palanquin dans lequel elle voyage. Une passion naît alors entre ces deux êtres et à la mort du vieux lépreux, Jui Er reprend la ferme qui produit du vin, le Sorgho Rouge, et elle épouse Yu avec qui elle aura un fils. Mais alors que tout semble parfait, une invasion se prépare…

« Le Sorgho Rouge« , un titre bien étrange, dont finalement on ne sait vraiment pas quoi trouver derrière celui-ci. Étant très admiratif du travail de Zhang Yimou et ayant toujours un intérêt certain pour les premiers films, je ne pouvais pas rater ce premier essai et ma séance fut étonnante en tous sens. Pour son premier film, Zhang Yimou nous entraîne dans un métrage au fort caractère, et ce dernier est un dépaysement total.

Construit comme un voyage vers l’horreur et le drame, « Le Sorgho Rouge » est un film qui se déroule en plusieurs actes. Très bien construit, bien imaginé et pensé, le scénario qu’on nous propose là est beau, tout simplement. Il est beau dans sa présentation de personnage, dans la présentation de ses coutumes, dans son histoire d’amour, dans l’évolution de ses personnages et notamment la peinture de cette jeune femme mariée de force, qui finalement va devenir maîtresse des lieux et se bâtir une vie. Beau, le scénario l’est aussi dans ses émotions, nous entraînant vers ce drame final, qui nous laissera avec une grande tristesse, tant Zhang Yimou conclut son film de manière surprenante. Tout ici ne résonne finalement que comme une montée crescendo de nos émotions, de ce que Zhang Yimou veut nous faire ressentir, ouvrant son film presque comme un conte fantastique, devant lequel on va se laisser charmer et cette balade en terre chinoise va peu à peu s’assombrir, pour se finir dans le sang et les larmes et même si parfois l’ensemble est un peu maladroit, et qu’en milieu de film, ce dernier a de petits coups de mou, Zhang Yimou arrive sans difficulté à nous tenir et mieux encore, il arrive à beaucoup (trop) nous toucher.

Si « Le Sorgho Rouge » a ses allures de conte fantastique, c’est notamment grâce à la mise en scène de Zhang Yimou, dont l’esthétisme est assez fou. Si, comme je le disais, le film a vieilli et qu’il mériterait d’être restauré, sur l’ensemble de l’œuvre, cette réalisation datée dégage un sacré caractère, et l’on se séduire par l’envie de cinéma de son réalisateur. On sera même parfois fasciné par certains plans et certaines séquences qui ont tout du tableau filmé, c’est assez incroyable. Après, « Le Sorgho Rouge » est un film dont le rythme est lent et il a un gros côté contemplatif, ce qui peut lui apporter parfois de petites longueurs. Mais sur l’ensemble, ce n’est pas grand-chose, tant le metteur en scène assure derrière sa caméra, passant d’un style à l’autre, convoquant le film social, le film romantique, voire romanesque, le film de culture et de culte, et tout ceci converge vers un drame puissant, aussi triste qu’il est beau.

Si on peut déplorer l’absence de personnages, le film tournant principalement autour de deux protagonistes, il n’en reste pas moins que Zhang Yimou a très bien su écrire, filmer et faire exister ces deux personnages qui sont divinement tenus par sa muse Gong Li, alors sa compagne, et qui fait ici ses débuts en tant qu’actrice, et Jiang Wen qui incarne parfaitement l’homme dont le personnage de Gong Li tombera amoureuse. On notera aussi que Zhang Yimou lui-même tient un petit rôle, ce qui lui arrive assez rarement.

« Le Sorgho Rouge« , premier film de Zhang Yimou, avec ses qualités et ses défauts, se pose avant tout comme une jolie petite réussite. Certes, il n’est pas le meilleur film de son réalisateur, et peut-être qu’il aurait été encore plus appréciable avec une version restaurée, mais sur l’ensemble, ce film aux allures de conte fantastique qui tourne au drame sanguinaire, m’a conquis autant qu’il m’a surpris et c’est avec un certain plaisir que j’ai déjà l’envie de le revoir. Bref, Zhang Yimou, même de manière maladroite, avait déjà tout compris au cinéma. À voir, découvrir ou redécouvrir.

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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