Nitrate – Real World

Avis :

Nitrate est un groupe un peu particulier qui ne fait pas de bruit et qui ne risque pas forcément d’en faire puisque la formation végète dans un format qui ne marche pas forcément en France, l’AOR. Cet acronyme signifie Album Oriented Rock et est à la base un terme pour identifier les radios qui passent des titres rock issus de divers best-of de groupes plus ou moins connus. Au fil des ans, et notamment dans les années 80, l’AOR est devenu un genre à part entière, qui repose essentiellement sur des mélodies facilement accrocheuses et des thèmes gentillets. Si on devait faire correspondre cela à un artiste en particulier, on pourrait presque dire que Bon Jovi fait de l’AOR, un rock sympathique mais qui ne viendra pas troubler les oreilles chastes d’un jeune amateur en mal de riffs bien gras. Et en l’état, Nitrate fait de l’AOR pur et simple, sans jamais se poser la question de faire autre chose. Arborant un univers vague et sans prétention, le groupe présente en 2018 son premier album, Real World et il faut être sacrément curieux pour poser les oreilles dessus, puisqu’on n’a jamais entendu parler de ce groupe, du moins en France. Fallait-il vraiment oser s’aventurer là-dedans ? Pas sûr.

Le skeud débute avec Waiting on You et on va rapidement comprendre dans quoi on a mis les pieds. Très léger, avec une batterie qui s’amuse en taper sur des touches électro pour rajouter un effet de style rétro années 80, le groupe ouvre son effort avec un morceau passe-partout, presque pénible après plusieurs écoutes tant il s’efforce à remplir toutes les cases de l’AOR, du solo simpliste au refrain ringard. Bref, ça commence plutôt mal… Et ce n’est pas Crazy qui va nous rassurer. Loin des éclats d’un Aerosmith, Nitrate se jette à l’eau avec un morceau lénifiant au possible qui a au moins plus de quarante ans de retard. Et le refrain a beau être plus dynamique que le reste, c’est assez pauvre musicalement parlant. Attraction sera une ballade d’une beauferie sans nom. Les paroles sont à se taper la tête contre les murs (l’attraction est une réaction physique, bordel !) et on va vite s’ennuyer face à ce morceau que même un grand-père trouverait chiant. Survient alors Insane qui va réveiller un peu les chaumières. Les riffs sont plus rapides, plus agressifs, le morceau va plus vite et on retrouve une pointe de Hard dans ce titre qui va sauver un petit peu les meubles. Alors rien de bien fifou, mais ça reste plus accrocheur que le reste et surtout plus dynamique. Mais le groupe retrouve ses travers avec Hot Summer Nights, nous donnant la sensation d’écouter un vieux groupe des années 80, mais qui n’avait déjà pas beaucoup de talent pour l’époque.

Pour marquer la moitié de l’album, le groupe sort le titre Crank Up the Weekend et c’est plutôt bien. Malgré un début hasardeux avec le titre de l’album chanté d’entrée de jeu, les riffs seront bien agressifs comme il faut et on pourrait presque croire que le groupe change son fusil d’épaule… jusqu’au premier couplet. Très rapidement le groupe retombe dans ses défauts et livre encore et toujours la même sauce, en un peu plus pêchu, mais ça reste du préfabriqué qui aime rester dans sa zone de confort. Only You est un titre complètement transparent qui fait office de bouche-trou au sein de l’album et qui manque d’un peu de tout, surtout d’une identité propre. Là, c’est vraiment poussif au possible et les émotions sont constamment forcées. Real World fait l’effort de paraître nerveux au départ, malgré la possibilité d’entendre un clavier quelque part, mais le groupe évite cet adage et livre finalement un titre sympathique, mais qui manque d’impact pour vraiment marquer celui qui écoute ça. C’est agréable, mais ça fait très amateur au niveau de la production, surtout lorsque les back-up se font entendre. Breathe sera une autre ballade au piano et on n’en demandait pas tant. Kitsch, poussif, le morceau coche la case de la ballade pour midinettes maintenant âgées de cinquante ans. Dangerous est à la limite du supportable. On pourrait presque y voir un clip avec des musicos en coupe mulet/moustache en train de jouer en filigrane avec un décor de Los Angeles en fond. Rien ne fonctionne vraiment sur ce morceau qui est vraiment rétrograde au possible. Avec I’ll Be There, on tutoie des sommets de ringardise.

Au final, Real World, le premier album de Nitrate, est un disque qui a à peu près quarante ans de retard. Kitsch au possible, doté d’une production calamiteuse et n’arrivant jamais à se sortir d’un AOR pénible et ringard, le groupe se perd dans une zone de confort qui flirte avec le mauvais goût constamment et c’est bien dommage. En bref, il n’y a pas grand-chose à sauver de cette galette, même si les amateurs de rock doux seront peut-être comblés.

  • Waiting on You
  • Crazy
  • Attraction
  • Insane
  • Hot Summer Nights
  • Crank Up the Weekend
  • Only You
  • Real World
  • Breathe
  • Dangerous
  • I’ll Be There

Note : 08/20

Par AqME

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