La Plateforme

Titre Original : El Hoyo

De : Galder Gaztelu-Urrutia

Avec Ivan Massagué, Zorion Eguileor, Antonia San Juan, Algis Arlauskas

Année : 2020

Pays : Espagne

Genre : Science-Fiction, Horreur

Résumé :

Dans une prison-tour, une dalle transportant de la nourriture descend d’étage en étage, un système qui favorise les premiers servis et affame les derniers.

Avis :

Les films carcéraux, il en existe des tonnes qui sont plus ou moins bons. Il y en a sur les prisons pour mineurs, certains prennent place dans des prisons très dangereuses en Asie, d’autres sont plus axés sur des délires de science-fiction ou d’anticipation, et c’est un peu ce que donne La Plateforme, nouveau film disponible sur Netflix, et qui nous provient d’Espagne. Premier film d’un réalisateur inconnu au bataillon avec des acteurs qui ne sont pas forcément connus chez nous, La Plateforme est un film qui va mêler plusieurs genres, la science-fiction, le film carcéral et l’horreur, pour dépeindre avec cynisme une société qui part à vau l’eau et démontre à bien des égards que l’altruisme n’est pas inné chez l’être humain. Un pari risqué et ambitieux pour un premier film, mais qui a eu les honneurs de certains festivals comme celui de Toronto. Déboulant sur la plateforme de streaming, le film ne paye pas de mine (il faut dire que l’on se méfie des films estampillés Netflix tant leurs qualités fluctuent grandement) et pourtant, il a des choses à dire et à démontrer.

L’histoire est assez simple à comprendre. Un homme souhaite intégrer de son plein gré cette prison verticale durant six mois pour en ressortir avec un diplôme. Il veut en profiter pour arrêter la cigarette. Il se réveille alors au niveau 48 et il va commencer à discuter avec son codétenu qui semble bien connaître les règles de cet endroit. Les prisonniers vivent un mois sur un étage avant de changer pour descendre ou monter. Chaque jour, une plateforme descend avec plein de victuailles et elle commence bien évidemment par le premier niveau et descend petit à petit. De ce fait, ceux qui vivent dans les étages plus bas n’ont plus rien à manger et doivent se débrouiller pour trouver de la nourriture, bien souvent dans le corps du codétenu. Ainsi donc, on va suivre le parcours complexe de notre héros et la vie étrange au sein de ce complexe tout aussi mystérieux. La Plateforme est un film qui saura garder son aura durant toute sa longueur et dévoilera des sous-intrigues au fur et à mesure que le temps passe. Le réalisateur est un petit malin et son scénario va lui permettre d’explorer chaque étage et de voir comment l’être humain évolue dans un pareil complexe. Derrière ces atours de film de prison anticipatif, La Plateforme est un film qui va essayer de faire réfléchir sur plusieurs points.

En premier lieu, si on va se demander dans quoi on met les pieds, les explications sous formes de dialogues ou d’exemples pertinents vont permettre de se faire une idée sur le but premier de cette prison. En gros, elle demande à ce que les hommes du haut se rationnent pour permettre à ceux plus bas de manger, ce qui ne sera bien évidemment pas le cas. On va vite se rendre compte que le film se base sur la pyramide sociale, où les pauvres, situés au plus bas de cette pyramide, ne mangent pas à leur faim, alors que ceux d’en haut se gavent comme ce n’est pas permis. Image réflexive de notre société actuelle, La Plateforme va grossir les traits dans ce microcosme pour finalement parler de nous, de notre fonctionnement capitaliste et de notre volonté de toujours avoir plus que l’autre, lui chiant parfois à la gueule dans un cynisme abscons. Et le réalisateur espagnol va aller au bout de son concept, s’amusant avec des symboliques diaboliques (333 étages, donc 666 détenus, le fait de descendre vers un enfer inextricable et de plus en plus violent, etc…) et démontrant ce que l’homme a de pire, comme le viol, le meurtre, l’égoïsme et avec un certain fatalisme, la faim permet toutes les horreurs. En bref, le film est plus intelligent que son simple contexte de base et a vraiment du grain à moudre.

Le plus drôle dans cette affaire, c’est que si le film est plutôt malin dans son message et dans sa façon de réduire notre société, il se permet aussi d’être bien sale et bien gore, enchainant des moments qui mettent vraiment mal à l’aise. Outre les séquences dégradante, comme se faire chier sur la gueule, cracher dans la nourriture pour ceux du bas, voire même pisser sur les plats et marcher dedans, on aura droit à des fulgurances gores qui font bien mal. Le cannibalisme sera présent et pour survivre dans les étages inférieurs, il va falloir se grignoter ou grignoter l’autre. Les plans serrés sur le sang et la viande découpée sont nombreux, installent alors un vrai malaise et nous plaçant comme spectateur d’une humanité en perdition. On aura droit aussi à des meurtres bien sanglants, des décapitations, des têtes éclatées à grands coups de barre de fer et on sent que le réalisateur espagnol ne se brime pas. Il a envie de faire dans le bis cérébral, et il y va à fond, n’hésitant pas, parfois, à frôler le burlesque et le grand-guignol, mais se rattrapant toujours avec un personnage qui porte tout le film sur ses frêles épaules.

Ivan Massagué, qui donne ses traits au personnage principal, est très convaincant dans sa naïveté au départ, puis qui va peu à peu devenir comme les autres, jusqu’à trouver une certaine rédemption en la présence de deux personnages, l’un fataliste et devenant finalement un met de choix pour survivre, et un autre qui croit à la portée d’un message pour sortir de cet enfer. Le personnage est assez empathique et on a envie de le voir s’en sortir, ou tout du moins montrer qu’il est porteur d’une certaine humanité. Le problème va venir des personnages secondaires pas forcément intéressants, entre la femme malade suicidaire ou le vieil homme qui ne voit aucun problème à découper de la chair humaine quand la faim s’en mêle. L’autre petit défaut du film, c’est son minimalisme. Si le réalisateur fait de belles choses avec peu de moyens, ce budget un peu famélique se ressent sur le manque d’ampleur de certaines séquences, et sur un final qui manque d’explosivité et d’une émotion percutante. Certes, c’est peu de chose face à toutes les qualités du film, mais c’est notable tout de même.

Au final, La Plateforme est un film relativement réussi. Minimaliste dans son approche graphique, presque bis, voire Z, dans son scénario, le métrage prouve pourtant qu’il est possible de raconter des choses intéressantes et pertinentes à travers un genre presque délaissé, la science-fiction teintée d’horreur. La Plateforme, c’est un peu le mélange osmotique entre Cube de Vincenzo Natali et Snowpiercer de Bong Joon-Ho, deux références bien gratifiantes. Bref, une bonne surprise que ce film que personne n’attendait au tournant.

Note : 16/20

Par AqME

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