septembre 22, 2020

La Bonne Epouse – Ex Femmes des Sixties

De : Martin Provost

Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky, Edouard Baer

Année : 2020

Pays : France, Belgique

Genre : Comédie

Résumé :

Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck dans son école ménagère. Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait une femme libre ?

Avis :

Réalisateur français, Martin Provost aura mis du temps avant de vraiment trouver sa voie. Arrivant à Paris dans les années 80, il se consacre au mériter d’acteur, et devient même pensionnaire de la comédie française. Mais à la fin des années 90, il passe à la réalisation. Ces deux premiers films passent assez inaperçus et il lui faudra attendre 2008, sa rencontre avec Yolande Moreau et son « Séraphine » pour le voir « exploser », raflant pas moins de sept César, dont celui du meilleur film et de la meilleure actrice. Depuis, Martin Provost est un petit privilégié, dont chaque film est un petit événement au sein du paysage du cinéma français.

Trois ans après son « Sage femme » et son duo Deneuve/Frot, Martin Provost est de retour avec une comédie satirique, « La bonne épouse« . Revenant avec une idée originale, puisque le réalisateur français parle ici des écoles françaises qui apprenaient à de jeunes femmes à être de parfaite épouses, Martin Provost nous entraîne dans une petite comédie pleine de bonne humeur. Une petite comédie libre, qui s’amuse à écorcher l’image de ces épouses parfaites en tout point. Pétillant, engagé (parfois un peu trop), ce septième film pour Martin Provost n’est peut-être pas son meilleur, mais il nous fait toutefois passer un bon moment en compagnie d’actrices investies qui, on le sent, s’éclatent avec leurs personnages.

Septembre 1967, bienvenue à l’école Van Der Beck. Cette école a pour but, en deux ans, de former les jeunes femmes à être de parfaites épouses pour leur mari. L’école est tenue par une main de fer par Robert Van Der Beck et sa femme Paulette, ainsi que la Sœur Marie-Thérèse et Gilberte Van Der Beck. Quand Robert meurt subitement, c’est Paulette, parfaite femme d’intérieur, qui doit tenir l’école sans homme, et quand Paulette apprend que son mari a ruiné l’école en jeu de hasard, ses certitudes volent en éclats. La bonne épouse était-elle vraiment comme on l’enseigne dans l’école ? À l’heure où les événements de Mai 68 se préparent, Paulette et ses élèves s’apprêtent à vivre une année peu commune.

Envie d’un choc des cultures pas si éloigné que ça ? Alors voici « La bonne épouse » et ses écoles de femmes modèles et modelées. Pour son nouveau film, Martin Provost nous revient avec un sujet pour le moins original, et qui dans un sens s’inscrit parfaitement dans notre époque, puisqu’à travers « La bonne épouse« , le metteur en scène français a décidé de parler de l’émancipation des femmes.

Sous la forme d’une comédie pétillante et pleine de bonne humeur, de moments drôles et enjoués, Martin Provost s’amuse à présenter cette époque, sa façon de penser et sa façon de former et ainsi à travers elle, il parle de liberté, d’envie de vivre, et de prise de conscience, il parle des femmes, mais aussi des hommes. Ce qui est beau et intéressant avec ce film, c’est le point de vue qu’a choisi le cinéaste pour parler de son sujet, puisqu’ici il prend justement le modèle parfait de la bonne épouse, et il lui fait ouvrir les yeux à la mort de son mari, sur sa condition de femme, sur elle-même, sur sa vision de la vie et sur celles qu’elle forme à devenir comme elle. Alors que chez d’autres réalisateurs, « La bonne épouse » aurait pu prendre des allures sombres et sérieuses pour dénoncer la soumission de la femme à cette époque, Martin Provost choisit d’en faire quelque chose de léger et ça fonctionne bien ainsi. On s’amuse devant « La bonne épouse« , qui nous entraîne dans des discours d’une autre époque (mention spéciale pour l’écriture et certaines de ses répliques) qui font froid dans le dos, mais heureusement, Martin Provost n’en fait pas trop, même si parfois son film va aussi un peu trop loin, et là, on pense à ce final surprenant, amusant et en même temps, qui dénote et se pose comme un peu trop cheap.

Ce qui fait aussi que le film fonctionne bien, c’est bien sûr cette troupe de comédiennes qui s’amusent dans la peau de leurs personnages. S’il est clair que Martin Provost met beaucoup en avant Juliette Binoche dans la peau de cette directrice qui change peu à peu de position, il ne laisse pas en reste les autres personnages et ainsi, on pourra énormément s’amuser aux côtés de Noémie Lvovsky en Sœur de Marie-Thérèse, ancienne de la résistance française, qui tient tout ce petit monde à la baguette. On comptera aussi sur la fidèle Yolande Moreau qui trouve un rôle touchant et poétique en même temps. Puis il y a toutes ces jeunes filles qui peuplent l’école. S’il est vrai que certaines auraient mérité un traitement plus développé, à travers elles, Martin Provost arrive à parler de tout un tas d’envies, de liberté et de sujets, allant du mariage arrangé à l’envie de vivre une histoire d’amour, ou encore les premiers émois ou l’homosexualité.

Alors certes, le nouveau film de Martin Provost est parfois maladroit et d’autres fois, il part un peu loin, mais sur l’ensemble, le réalisateur nous offre un film riche et dense, devant lequel on s’amuse. « La bonne épouse » est un film qui met de bonne humeur, qui est emporté par une troupe de comédiennes merveilleuses (on n’oublie pas Edouard Baer et François Berléand), et qui finalement s’inscrit parfaitement dans l’actualité. À voir donc.

PS : Mention toute spéciale pour Grégoire Hetzel, qui compose là une BO d’une grande délicatesse.

Note : 13/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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