décembre 4, 2020

Krull

De : Peter Yates

Avec Ken Marshall, Lysette Anthony, Freddie Jones, Francesca Annis

Année : 1984

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantasy

Résumé :

La Bête est une horrible créature qui impose son règne sur la planète Krull avec l’aide de ses sbires, des cavaliers démoniaques. Le chaos et la terreur sont le quotidien des habitants, excepté dans deux royaumes encore résistants. Pour souder d’ailleurs un peu plus les rebelles, un mariage va être bientôt célébrer entres les deux héritiers des deux mondes. Hélas, le jour de la cérémonie, les êtres malfaisants débarquent et enlèvent la mariée…

Avis :

Peter Yates est un réalisateur britannique qui s’est premières armes durant les années en étant assistant réalisateur sur de gros films, comme Les Canons de Navarone de J. Lee Thompson. Très rapidement, il va faire ses propres films et il pote plutôt pour les films de gangsters, un milieu qui semble le fasciner. Il obtient ainsi ses lettres de noblesse durant les années 60, même s’il emprunte le chemin du cinéma indépendant, préférant s’éloigner des blockbusters. Néanmoins, il va connaître la gloire avec Bullitt et Steve McQueen faisant alors des courses-poursuites violentes son crédo. Mais réduire le cinéaste à un seul genre de film est une erreur, car Peter Yates aime aussi la comédie et les films familiaux, ce qu’il ne se gênera pas de faire. Mais aujourd’hui, on va s’intéresser à son plus gros échec au box-office, et son seul film Fantasy/Fantastique, Krull.

Durant les années 80, la Fantasy s’inspirant de la littérature a le vent en poupe. Il faut dire que John Milius avec son Conan le Barbare a connu un gros succès et qu’aujourd’hui encore, le film a ses adeptes, certains le considérant comme culte. Fort de ce succès en 1982, certains producteurs ont dû se dire que c’était le moment de sortir des placards des histoires fantastiques prenant place dans un monde imaginaire à tendance médiévale. C’est ainsi que deux ans plus tard déboule Krull de Peter Yates, un film qui aura bercé pas mal de jeunes têtes blondes et qui bénéficie aujourd’hui d’une ressortie en bluray chez Sidonis Calysta, histoire de bien câliner son côté nostalgique. Mais concrètement, que vaut le film maintenant ?

Si l’affiche tend à comparer le film avec celui de John Milius, Krull se rapprochera pourtant plus de Une Histoire Sans Fin, même si ce dernier est sorti en Novembre 1984 alors que le film de Peter Yates a été diffusé début Février de la même année. Ici, on va suivre les aventures de Colwyn, qui doit se marier avec la princesse Lyssa afin de souder deux royaumes qui se faisait la guerre. Malheureusement, lors de leurs fiançailles, la Bête, un despote monstrueux, envoie ses Slayers pour kidnapper la future reine et laissent pour mort le futur roi. Celui-ci se réveille en compagnie d’Ynir, un vieil ermite qui veut réaliser une prophétie comme quoi seul Colwyn peut vaincre la Bête et ramener la paix sur le monde de Krull. Dès lors, on va avoir droit à un récit d’accumulation où Colwyn va recruter des troupes pour l’aider dans son aventure et chaque étape le rapproche un peu plus du méchant pas beau. Une histoire assez classique donc, un voyage qui est aussi une quête existentielle où l’homme va devoir trouver toutes les ruses pour devenir un bon roi. On retrouve ici tous les codes d’une histoire Fantasy, avec ses voyages, ses mésaventures, son méchant roublard et des personnages fantastiques assez incroyables.

Et c’est bien là que réside toute la beauté de cette histoire somme toute assez simpliste. Krull ne va pas forcément aborder un monde bien complexe. On n’explore que ces deux pays qui veulent s’unir pour résister à la Bête, et on restera dans le flou pour tout le reste. On visitera bien des marais, des forêts ou encore des plaines enneigées, mais rien ne sera dit de plus sur ce monde qui semble pourtant assez riche. Par contre, c’est bien dans ses personnages que le film gagne des galons, et le plus intéressants, c’est que ce ne sera pas avec les deux personnages principaux. Il faut dire que Colwyn ou Lyssa sont les archétypes du prince et de la princesse et qu’ils réservent bien peu de surprises. On sera donc plus touché par la naïveté et la bêtise d’un Ergo, sorte de métamorphe qui se rate à chaque fois, sauf sur la fin pour sauver un enfant. Ou encore par Torquil, sorte de hors-la-loi au grand cœur qui va suivre Colwyn au départ par intérêt, puis ensuite par admiration et amitié. Ou bien le Cyclope, ce grand gaillard taiseux qui va suivre la troupe de loin et se sacrifier pour que tout le monde puisse entrer dans l’antre de la Bête. Tous ces personnages fourmillent d’idées et d’humanité, même ceux qui n’ont pas un physique engageant. Krull est un film qui essaye de montrer que malgré nos différences, idéologiques ou physiques, l’entraide est ce qui permet de s’en sortir et de vaincre un ennemi commun. Le sens du sacrifice sera aussi un message fort du film, lorsqu’Ynir décide d’aller dans l’antre de la veuve, qui est son ancien amour et pour lequel il va se donner la mort.

Si le film a plutôt mal vieilli, notamment dans ses effets spéciaux qui ont pris très cher, il en ressort tout de même une certaine tendresse. Oui, Krull est imparfait car il est prévisible et ne développe pas assez son intrigue et son monde, mais il a ce charme désuet des films de Fantasy des années 80. Le final est assez catastrophique d’un point de vue technique, mais il est généreux et essaye de fournir quelque chose d’épique et de dantesque. Mieux, il essaye aussi de faire peur avec un méchant vraiment affreux qui respire le mal. Le rythme du film est aussi plutôt soutenu, avec à chaque fois des péripéties de plus en plus dangereuses et des moments de plus en plus effrayants, et c’est peut-être là l’une des raisons de son flop. Le film ne s’adresse pas vraiment aux adultes à cause de son intrigue qui lorgne vers le conte, mais il ne s’adresse pas non plus aux enfants, qui prendront peur face à la Bête et certaines situations dramatiques. La perte d’un homme dans les sables mouvants, la mort d’un vieil oracle remplacé par un monstre métamorphe, les slayers qui meurent de façon ignoble avec une sorte de ver qui leur sort du crâne, bref, il y a plein de choses qui ne correspondent pas vraiment aux codes pour la jeunesse et on sent que le film a le cul entre deux chaises. A titre de comparaison, L’Histoire Sans Fin sait qu’il s’adresse à un public plus jeune et il va faire en conséquence.

Au final, Krull reste un film qui fut injustement boudé lors de sa sortie en 1984 et qui mérite que l’on s’y attarde un peu plus aujourd’hui. Si le film est imparfait et qu’il a pris un petit coup de vieux, il possède de beaux restes, comme une musique superbe, des séquences de bravoure et d’émotions plutôt réussies et surtout, un effet madeleine de Proust qui n’est pas négligeable, pour peu que l’on soit sensible à la Fantasy old school qui se fait si rare de nos jours.

Note : 14,5/20

https://www.youtube.com/watch?v=VMY7gzx9SHA

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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