L’Institut – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Albin Michel

Genre : Fantastique, Science-Fiction

Résumé :

Bienvenue à l’Institut.
Quand les enfants y entrent, ils n’en sortent plus.
Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent
dans la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent.
Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques.
Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

Avis :

Depuis presque 50 ans, le fil des romans de Stephen King s’est agrémenté de thématiques récurrentes. Avec Carrie, on remarquait déjà une certaine propension pour de jeunes « héros » et les pouvoirs psychiques. Impression confirmée avec Shining, puis Charlie, dont le présent ouvrage présente une curieuse résonnance. Ces histoires, comme d’autres, s’attardent allègrement sur la perception de l’enfant sur le monde qui l’entoure. L’aspect paranormal se distingue par cette « magie » qui les accompagne au quotidien, notamment cette formidable capacité de croire en l’impossible et de nourrir une imagination débridée. Ces propos, sans doute idéalisés, jouent néanmoins de constance dans l’œuvre de Stephen King.

Comme évoqué plus haut, le pitch initial de L’Institut n’est pas sans rappeler Charlie. Cela tient autant au profil du personnage principal qu’à ses pouvoirs parapsychiques ; nettement moins développé que Charlie et tout exercice de pyrokinésie écarté, cependant. Le sujet facilite également la comparaison entre les deux romans, ne serait-ce qu’à travers les expérimentations réalisées en milieux « contrôlés » sur des enfants. Pourtant, L’Institut n’est pas une suite à proprement parler de son prédécesseur, même si l’on pourrait intégrer les deux histoires dans un univers commun. Par ailleurs, Stephen King réitère sa réserve envers le gouvernement de son pays.

À presque 40 ans d’intervalles, La Boîte (le patronyme de l’agence dans Charlie) et L’Institut sont créés pour constituer un prétexte de défiance face au pouvoir. On retrouve même cette ambiance paranoïaque où le gouvernement possède une emprise insoupçonnée sur les masses et la géopolitique mondiale. En l’occurrence, celle-ci se justifie par les meilleures intentions du monde. Sans en révéler davantage, l’auteur interpelle son lectorat sur une simple question : « La fin justifie-t-elle les moyens ? ». Mais cette interrogation ne survient que tardivement afin de rendre les considérations plus ambivalentes que ne laissent suggérer les premières parties de l’ouvrage.

S’il demeure avant tout un roman fantastique, L’Institut étonne à certains égards par sa dureté. Bien plus efficaces que certains subterfuges horrifiques, ce sont les ressorts dramatiques qui se veulent éprouvants, car ils sont le reflet d’une réalité plausible. Dès lors, ce centre d’expérimentations n’est pas sans rappeler les camps de concentration. L’analogie reste aisée, mais elle est la plus évidente. On peut également s’attarder sur des histoires vraies, comme les affaires de Willowbrook et Tuskegee. Il est alors difficile de ne pas considérer des thèses complotistes qui possèdent un fond de vérité. Par extension, ce choix s’avère assez pessimiste dans le sens où l’homme, y compris sous couvert d’institutions, est condamné à répéter les mêmes erreurs au gré des époques et des décennies.

On songe à ces tests, ces séances de tortures (le caisson pour simuler la noyade) ou cette permanente maltraitance psychologique au sein de L’Institut. De même, le microcosme élaboré avec une infinie patience est assimilable à notre propre société. La hiérarchisation de l’organisme pour appuyer l’autorité des dirigeants et de leurs sous-fifres, les différentes zones enclavées pour mieux souligner les frontières entre chaque « service », l’illusion de la liberté avec des distractions et une rémunération insignifiante pour satisfaire des besoins triviaux… Tout concourt à reproduire, là également, les errances indissociables d’un système qui plébiscite une obéissance aveugle au profit du bien commun. Ce concept étant détourné sciemment par une élite.

L’Institut est donc assez éloquent dans son discours et sa manière de développer son intrigue. Comme à l’accoutumée, la mise en place peut paraître longue. Mais l’architecture du livre laisse les personnages évoluer et se développer par rapport aux épreuves qu’on leur impose. En totale contradiction avec la volonté d’anonymiser l’individu pour n’en faire que des pantins, il en ressort des portraits pleins de vie et attachants, étonnamment matures pour leur âge. Une considération que l’on retrouve souvent dans les livres de Stephen King et qui prend, une fois de plus, tout son sens avec une caractérisation fouillée et crédible.

S’il présente de nombreuses occurrences avec d’autres romans de Stephen King, surtout Charlie, L’Institut n’en demeure pas moins un ouvrage de qualité. Sous couvert de la fiction, l’auteur réitère un avertissement déjà entendu quarante ans plus tôt, à la différence prête que le contexte de la Guerre froide cède la place à la menace terroriste. Même si l’on constate quelques notes d’espoir çà et là, le discours reste assez préoccupant, car très nihiliste dans ce qu’il sous-tend. Ce n’est pourtant pas la volonté de nuire qui inquiète, mais un instinct primaire voué à l’autodestruction. Entre une acclimatation forcée et la nécessité de fuir un environnement claustrophobique, ce récit est le reflet de peurs beaucoup plus pragmatiques que certaines figures horrifiques. En évoquant le devenir possible de l’humanité, Stephen King effraye son lectorat différemment, mais toujours avec une efficacité remarquable.

Note : 17/20

Par Dante

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