octobre 26, 2020

Dark Waters – David Contre Goliath

De : Todd Haynes

Avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Camp

Année: 2020

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie…

Avis:

Todd Haynes est un brillant réalisateur qui a su s’imposer au fil des décennies. Offrant un cinéma classique et innovant à la fois, offrant un cinéma parfois fou et poétique, depuis la première fois où je suis tombé sur l’un de ses films, « Velvet Goldmine« , j’ai suivi le réalisateur et j’ai attendu chacune de ses propositions avec une certaine forme d’impatience.

Trois ans après le joli « Le musée des merveilles« , Todd Haynes est de retour avec un film neuf, dans le sens où le réalisateur s’aventure autre part, sur d’autres sentiers. Après les drames amoureux, les films musicaux, voici que Todd Haynes s’engage dans le thriller juridique. Narrant l’un des plus gros scandales que les États-Unis ait connu, « Dark Waters » se pose comme un film inégal. Un film intéressant dans ses sujets, et notamment tout ce qui est fait autour du juridique, mais c’est aussi un film qui a du mal à nous entraîner. « Dark Waters« , sans vraiment ennuyer son spectateur, se fait aussi long que la procédure judiciaire que son personnage engage.

Robert Bilott est avocat et il est spécialisé dans la défense des entreprises qui travaillent dans le secteur des produits chimiques. Un jour, il est interpellé par un paysan qui vient lui demander de l’aide. Connaissant la grand-mère de l’avocat, ce dernier est au bord du désespoir, car il en est persuadé, l’usine de l’entreprise DuPont qui jalonne son terrain, pollue les sols et l’eau de la rivière qui est tout près. Robert Bilott refuse d’aider cet homme, car il ne voit pas comment un avocat qui défend les droits d’une entreprise de produits chimiques pourrait attaquer dans le même domaine. Mais finalement, en découvrant le nouveau visage de la région de son enfance, il n’a d’autre choix que d’accepter et ce qu’il pensait être une petite affaire, va devenir l’affaire d’une vie.

Les films judiciaires, c’est un terrain que j’aime beaucoup, alors quand ledit terrain est sur le point d’être conquis par un metteur en scène de talent comme Todd Haynes, forcément, l’attrait est là et mieux encore, l’impatience.

Avec « Dark Waters« , Todd Haynes se lance donc dans le scandale du Teflon et il nous entraîne dans un film qui, même s’il est intéressant, demeure aussi décevant. « Dark Waters » tient un bon scénario, riche et précis, au point qu’il en ressemble parfois à un documentaire. Un scénario dense qui retrace presque vingt ans de batailles perdues d’avance pour faire tomber un géant, dont les pieds sont très loin d’être en argile, ce qui est sur le papier passionnant.

Avec « Dark Waters« , Todd Haynes nous entraîne dans un film froid et austère, un film qui va prendre son temps pour développer son affaire, pour développer le travail incommensurable de cet avocat qui n’avait finalement aucune idée de là où il mettait les pieds. À travers « Dark Waters« , Todd Haynes en profite pour parler de la lenteur extrême de la justice (c’est d’ailleurs ce qui est le plus intéressant), de l’impunité de certains géants qui peuvent faire traîner sur des décennies des batailles, au point d’en user et décourager la partie adverse. On appréciera le fait que Todd Haynes nous entraîne dans un film ultra réaliste, un film qui ne vise pas le sensationnalisme. Tout comme on appréciera le fait que son réalisateur, tout en voulant être précis, ne nous perd pas dans des termes trop lourds, dans un labyrinthe d’explications. Si jamais cela arrive, Todd Haynes parvient toujours à nous rattraper et surtout nous donner envie d’aller plus loin.

Mais voilà, si le scénario est bon, « Dark Waters » est un film qui traîne bien trop en longueur. Le thriller judiciaire n’est pas vraiment la tasse de thé de Todd Haynes, et même si le cinéaste propose un parti pris, celui du réalisme, il nous livre une mise en scène qui finalement n’arrive jamais vraiment à nous emporter dans son film. « Dark Waters » est un film plat, linéaire, qui manque de cinéma. C’est un film qui, à force de vouloir éviter le sensationnalisme, à force de voir l’ancrer dans la réalité, il en oublie de nous embarquer, de nous toucher et il finit par être aussi lent et détaché que la justice elle-même. C’est tellement dommage, surtout que ce sentiment est assez paradoxal, voire même un poil agaçant, car le scénario est intéressant comme je le disais, puis au-delà de ça, « Dark Waters » est très bien filmé, avec une belle photographie qui lui donne un petit cachet et il est tenu par des acteurs géniaux, Mark Ruffalo en tête.  

Aussi décevant qu’il est intéressant, ce passage au thriller politique pour Todd Haynes ne se retiendra pas. Certes, le film demeure instructif, et par bien des sujets, il est très bon, mais malheureusement, il lui manque aussi du cinéma et un souffle qui nous entraîne vraiment. Je ne serais donc vous conseiller ou non de vous y aventurer, tant finalement « Dark Waters » est inégal, tant il reste à voir pour son sujet, pour son scandale, et en même temps, il est loin d’être essentiel, parce que Todd Haynes n’arrive pas à nous captiver.

Note : 10/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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