décembre 2, 2020

Fiertés

D’Après une Idée de : Philippe Faucon

Avec Samuel Theis, Stanislas Nordey, Frédéric Pierrot, Nicolas Cazalé

Pays : France

Nombre d’Episodes : 3

Genre : Drame

Résumé :

De la veille de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir le 10 mai 1981 à l’adoption de la loi Taubira sur le mariage promulguée le 18 mai 2013 et votée le 23 avril, Fiertés s’intéresse à une histoire d’amour, et plus largement, la vie d’une famille et des combats menés par les homosexuels autour du Pacs, du mariage et de l’adoption.

Avis :

Le cas de Philippe Faucon est assez particulier dans le paysage du cinéma français, dans le sens où le cinéaste est en place depuis des années, il ne cesse de tourner, il est remarqué par ses paires, qui lui offriront même un César en 2016 du meilleur film avec « Fatima« , et pourtant, Philippe Faucon, tout comme son cinéma, n’est pas connu du grand public.

C’est justement après « Fatima » que vient cette mini-série, « Fiertés« , et pour la première fois, Philippe Faucon passe au format télévision et décide de revenir sur une trentaine d’années de lutte et d’amour à travers le destin d’un jeune homme. Tournée en trois épisodes de cinquante-deux minutes chacun, « Fiertés » est une jolie série qui est incroyablement riche dans ses sujets, on peut même dire que Philippe Faucon livre là, sur le papier, un travail impeccable, et que rien n’a été oublié en chemin. Pourtant, malgré l’importance des sujets ou encore la beauté de son histoire d’amour, « Fiertés » a le souci de faire très pédagogique, ce qui n’est en soi pas une mauvaise chose sur certains aspects, mais il est vrai que la série fait un peu leçon de morale bienveillante et c’est dommage.

1981, alors que la France part voter pour les présidentielles, Victor, dix-sept ans, est en pleine remise en question. Quand on le regarde comme ça, il a une copine depuis un certain temps, il va l’école, où il est bon élève et il bosse sur des chantiers avec son père, qui est contremaître. Bref, sa vie en apparence est simple, mais quand on gratte un peu, Victor se cache, Victor aime les garçons, et il ne se voit pas affronter ses parents, parce qu’il sait très que les beaux discours de tolérance de gauche dans la bouche de son père, c’est pour les autres. Puis un soir, Victor rencontre Charles…

Série de trois épisodes, « Fiertés« , c’est le genre de petites séries qui une fois lancé dedans, il est bien impossible de ne pas aller jusqu’au bout et comme cette dernière est très courte, autant dire qu’en une soirée l’affaire est réglée.

Sur le papier, comme à l’image, « Fiertés » est une série nécessaire et utile, qui est surtout d’une richesse assez incroyable. En un peu moins de trois heures, Philippe Faucon a réussi à condenser trente années de lutte LGBT, mais pas que, puisqu’il nous offre par la même occasion une histoire d’amour absolument magnifique. Une histoire d’amour absolue, sans concession et jusqu’au bout du bout.

« Fiertés« , c’est une série qui est bourrée de qualités, au point qu’elle en déborderait presque, si elle avait eu un autre réalisateur que Philippe Faucon aux manettes. Scénaristiquement, ces trois épisodes, c’est du caviar et rares sont les séries qui arrivent en si peu de temps à brasser autant de sujets sans se louper. « Fiertés« , c’est une série qui parle évidemment d’amour et de famille, mais c’est surtout une série qui aborde le coming out, l’émancipation et l’acceptation. L’acceptation de soi, par soi-même, comme l’acceptation des autres, et du regard de ces derniers. Toujours pour étoffer la série, Philippe Faucon n’oublie pas de parler bien avant l’heure de la PMA, il pose une réflexion sur la GPA, et enfin, il parle de l’adoption par des couples homosexuels, tout comme il parle aussi de manière intelligente du rejet que ces derniers peuvent inspirer. À travers l’adoption, « Fiertés » parle du désir d’être parent, puis plus tard de l’éducation de son enfant.

À travers les trente années que brasse la série, bien sûr, elle va parler des luttes et de l’évolution des droits des homos. La dépénalisation de l’homosexualité en 1982 sous François Mitterrand, le vote du Pacs en 1999 ou encore et enfin le mariage en 2013 avec la loi Taubira. Le scénario est très bon, très beau et Philippe Faucon n’oublie rien et surtout, il traite de belle manière ses sujets.

Enfin, passage obligé puisque la série commence en 1982, la série parle du Sida, mais elle fait le choix génial de ne pas le rabâcher dans le sens où elle offre autre chose que ce qui a déjà été fait et refait encore et encore. D’ailleurs, si l’on y regarde bien, la série évite beaucoup de déjà vu et on y trouve assez peu de clichés, ce qui est très bien ainsi.

Pour assurer le show et surtout les émotions, Philippe Faucon n’a pas fait les choses à moitié et il s’est entouré d’un sacré beau casting. Si l’on trouvera dans de petits rôles, Emmanuelle Bercot, Jeremie Elkaim, Chiara Mastroianni, ou encore Thomas Scimeca, c’est bien son casting principal qui nous touche droit au cœur, à commencer par Benjamin Voisin, qui incarne Victor à dix-sept ans. L’acteur est une véritable bouffée d’air frais. Ensuite, il y a Samuel Theis qui est Victor adulte, merveilleux et profond. Il forme un couple sublime avec Stanislas Nordey. On aime suivre ces personnages, car ils se complètent parfaitement et surtout livrent tout deux des prestations remarquables. Puis enfin, il y a Frédéric Pierrot qui est peut-être le personnage le plus intéressant, car il est celui qui évolue le plus à travers les époques.

Mais voilà, comme je le disais plus haut, si la série a bien des qualités, il faut aussi reconnaitre qu’elle transporte en son sein quelques défauts, un côté téléfilm dans sa réalisation, des ellipses pas toujours très bien gérées, un final mal exécuté qui va bien trop vite (en l’espace d’une trentaine de secondes, on a le droit à trois faits majeur dans la vie des personnages), mais celui qui est le plus voyant, peut-être même un poil agaçant, c’est son côté très pédagogique, comme si la série était une leçon qui manquerait un peu de subtilité. Il y a quelque chose de presque fabriqué et surtout de bien-pensant qui se dégage de la série, comme si la série te disait qu’il n’y a pas d’autres choix ou vérité que ce qui est dit ici. Philippe Faucon ne s’occupe ici que d’un seul point de vue et n’équilibre pas vraiment la balance, ce qui est aurait été plus intéressant dans un sens. Alors bien sûr, on pourra toujours dire qu’il y a le personnage incarné par Frédéric Pierrot pour ça, mais c’est sur l’ensemble des trois heures de fiction, ce n’est pas assez et finalement, tout ici est très propre, trop propre et c’est dommage, car ça assombrit quelque peu cette série, qui malgré tout reste très bonne et au-delà de ça, utile et nécessaire.

Bon, malgré ses défauts, « Fiertés » demeure une bonne série que j’ai dévoré et je ne regrette en aucun cas de m’y être arrêté. Touchante et émouvante, particulièrement riche, développant de sacrés sujets en son sein, tenue par un casting flamboyant, la série de Philippe Faucon mérite bien qu’on s’y arrête, et même pourquoi pas, d’ici quelque temps, qu’on s’y re-arrête…

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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