Un Divan à Tunis

De : Manele Labidi

Avec Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Aïcha Ben Miled, Feriel Chammari

Année: 2020

Pays: France

Genre: Drame, Comédie

Résumé:

Après avoir exercé en France, Selma, 35 ans, ouvre son cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de Tunis. Au lendemain de la Révolution, la demande s’avère importante dans ce pays « schizophrène ». Mais entre ceux qui prennent Freud et sa barbe pour un frère musulman et ceux qui confondent séances tarifées avec « prestations tarifées », les débuts du cabinet sont mouvementés… Alors que Selma commence enfin à trouver ses marques, elle découvre qu’il lui manque une autorisation indispensable pour continuer d’exercer…

Avis:

Réalisatrice française, après des études en politique, Manele Labidi travaille dans la finance pendant plusieurs années. En parallèle, elle commence à écrire pour le théâtre, et finalement, elle se reconvertit, écrivant pour le théâtre, mais aussi pour la radio et la télévision. Voulant être réalisatrice, elle entre à la Fémis en 2016 pour un programme d’écriture. À la sortie, elle réalisera un court-métrage, « Une chambre à soi« .

Pour son premier film, Manele Labidi a décidé de poser sa caméra en Tunisie, pays dans lequel elle a des racines. Alors que bien souvent, quand on s’arrête sur des pays arabes, le cinéma a tendance à parler toujours d’Islamisme, de terrorisme, ou encore du voile, Manele Labidi a voulu autre chose. La réalisatrice voulait poser un autre regard et elle voulait parler d’autre chose. Ainsi, « Un divan à Tunis » se pose comme une comédie dramatique, intelligente, raffinée et drôle. Il y a du Almodovar dans ce « … divan à Tunis« , avec ses personnages hauts en couleurs qui sont tous plus attachants les uns que les autres. Entre répliques bien ficelées, mésaventures avec l’administration et blessures d’un pays qui ne demande qu’à s’ouvrir, on passe un très bon moment devant « Un divan à Tunis« .

Selma, trente-cinq ans, est psychanalyste et après avoir exercé en France, elle décide de venir s’installer en Tunisie, où elle est persuadée, elle sera plus utile qu’à Paris. Très vite, elle va découvrir un pays qui ne demande qu’à parler, qu’à se confier, mais alors qu’elle a ouvert son cabinet et que les affaires vont plutôt bien, Selma va se retrouver confrontée à l’administration du pays et aux qu’en dira-t-on, entre ceux qui pensent que le portrait de Freud qu’elle a chez elle est le portrait d’un frère musulman et ceux qui n’arrivent pas à comprendre le principe du métier de Selma, qui accueille hommes et femmes chez elle pour des séances tarifiées.

« Un divan à Tunis« , c’est donc un premier film particulièrement réussi pour Manele Labidi qui nous entraîne dans une Tunisie post révolution. Une Tunisie populaire, attachante, pleine de charme et de contradictions. Avec ce premier métrage, Manele Labidi nous offre un film qui est plus intelligent qu’il n’y parait. Un film qui oscille entre pure comédie et réflexion intéressante et belle sur l’évolution d’une société.

Pour « Un divan à Tunis« , Manele Labidi a pris soin d’écrire un scénario qui soit juste. Un scénario où chaque élément est important. Un scénario où rien ne relève du hasard. Chaque élément, chaque réflexion, chaque discussion est là pour soulever quelque chose et le tout est fait sans jamais oublier d’offrir un bon divertissant et surtout une comédie devant laquelle on s’amuse beaucoup.

Riche, complet et complexe en même temps, « Un divan à Tunis » étonnera par toutes les voies qu’il décide d’emprunter. Manele Labidi nous parle ici d’un pays blessé par la dictature. Un pays qui est partagé entre tradition et évolution. Un pays qui se recherche et en même temps un pays qui veut se fuir. Bien sûr, la cinéaste voulant faire de la comédie, exploite des incohérences du pays et elle s’amuse de la lenteur presque je m’en foutiste de l’administration, ce qui donne des scènes et des gimmicks assez fendards. Manele Labidi a porté un soin tout particulier à ses dialogues, qui bien souvent sont de très bonnes punchlines. On notera aussi un film qui a du dynamisme, qui a un entrain, un film devant lequel on ne s’ennuie jamais tant le scénario, mais aussi la mise en scène, trouvent toujours quelque chose d’intéressant et d’amusant à mettre à l’écran. Puis que dire de ces personnages, tous plus fous et tendres les uns que les autres. Il y a du Almodovar qui se dégage de ces personnages, qui sont hauts en couleurs et tous cachent des blessures touchantes. Une petite touche aussi qu’on retrouve dans le choix impeccable des musiques qui traversent l’œuvre de Manele Labidi.

Bien entendu, « Un divan à Tunis« , c’est aussi Golshifteh Farahani, qui trouve encore une fois un rôle sublime, qu’elle porte avec toujours autant de magnétisme. L’actrice y est touchante, mais elle est aussi très drôle, presque malgré elle, enfin, c’est son personnage qui est drôle malgré lui. « Un divan à Tunis« , comme je le disais, c’est toute une galerie de personnages et il faut mentionner Feriel Chammari, qui tient un personnage qu’Almodovar peut jalouser, tout comme celui tenu avec drôlerie par Hichem Yacoubi.

Drôle, frais, fin, subtil, ce premier film pour Manele Labidi est une très belle réussite qui nous charme autant qu’elle nous fait rire et qu’elle nous touche. Plein de couleurs, dynamique, conjuguant très bien la comédie et le drame, « Un divan à Tunis » se pose comme le premier film d’une réalisatrice qu’on a déjà envie de retrouver. À voir donc !

Note : 17/20

Par Cinéted

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