décembre 2, 2020

La Prophétie de John Lennon – Louis-Henri de la Rochefoucauld

Auteur : Louis-Henri de la Rochefoucauld

Editeur : Stock

Genre : Policier

Résumé :

« Le christianisme s’en ira. Je n’ai pas besoin de débattre de cela. J’ai raison et l’avenir le prouvera. Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus. » Ainsi parlait Lennon en 1966.
Ne se mouchant pas du coude, les Beatles et autres idoles des jeunes pensaient alors remplacer Dieu. Cinquante ans plus tard, quoi de neuf ?
Dominante mais épuisée, la culture pop ne produit plus d’icônes – à l’inverse, le religieux revient.
N’est-il pas temps d’envoyer paître les brebis égarées du divertissement ?
Ne sachant plus à quel saint se vouer, le héros de ce roman, Louis, artiste en panne, enquête auprès de Philippe Manoeuvre, Katy Perry, Christophe, Kiddy Smile et autres joyeux drilles de l’industrie du spectacle. Ces rencontres et son cheminement font grandir en lui une autre prophétie, face à laquelle Lennon se retournerait dans sa tombe : et si Jésus redevenait plus populaire que les Beatles?

Avis :

La prophétie de John Lennon constitue un roman particulier sur la musique et sur son évolution au fil du temps. Plus qu’une réflexion, bien plus qu’un roman historique, ce récit élabore une véritable critique, notamment envers certains genres qui fonctionnent très bien aujourd’hui, comme la pop ou l’électro. Le narrateur, effectivement davantage porté vers les univers du rock’n’roll, n’hésite pas à dénigrer ce qu’il considère comme des styles outrageants, essentiels pour ceux qui ne peuvent rien comprendre aux paroles intelligentes ou aux rythmes travaillés. L’auteur offre un pamphlet plutôt insultant pour les lecteurs appartenant aux communs des mortels, c’est-à-dire à ceux n’évoluant pas dans sa classe sociale, qui semble ne pas écouter la même musique, ou vivre dans notre monde.

Le roman oublie de nombreux genres musicaux, comme le métal, le zouk, ou le reggae. Il traite principalement de l’apologie de la musique « religieuse », celle qui se situe au plus proche du divin, qui se joue d’abord dans les églises. Cette portée chrétienne, bien qu’expliquée par de nombreux témoignages d’artistes célèbres, et justifiée par l’ambition première de la musique qui, à l’époque, aurait apparemment voulu aborder les cieux, perturbera les lecteurs athées, comme les croyants, voire simplement ceux convaincus que la musique permettrait avant tout de s’évader et de rêver. Ce qui constitue un objectif bien assez louable à tout point de vue.

L’idée d’une musique religieuse nécessaire au bien de l’humanité aurait pu s’approcher d’une autre manière, sans ces critiques malsaines qui rabaissent tous les autres genres musicaux et qui les cantonnent à des configurations stupides. Pourquoi est-ce que prier Dieu serait-il plus intelligent, plus utile, que de porter un message d’espoir à ceux vivant en banlieue, par exemple ? Que l’on apprécie un genre ou non, reste bien évidemment une chose compréhensible. Ce qui l’est moins est le fait d’abominer tout ce que l’on n’aime pas écouter, sans parvenir à fournir des arguments objectifs.

La conclusion du roman n’apporte pas de solutions satisfaisantes, et reste en suspens. Les dialogues de ce roman se construisent de manière bien particulière, en omettant toute indication de ton ou d’identité de l’interlocuteur, s’enchaînant simplement par l’accumulation de tirets. Ces passages restent heureusement plutôt faciles à suivre, étant donné que le personnage principal parle peu, reste effacé devant les figures qu’il rencontre ou qu’il interview dans le cadre de sa profession. Le héros de l’histoire apparaît comme une personne très influençable, qui a du mal à réfléchir par lui-même et qui ressent le besoin de connaître les avis de tous avant de décider. L’image qu’il renvoie reste plutôt décevante, et cela n’aide pas les lecteurs à s’attacher à cette personnalité en retrait.

Les artistes mis en scène dans cette histoire ont tous existé, et vivent encore pour la plupart. Leur parler énergique et leurs mots efficaces sont bien trouvés, permettent des dialogues énergiques, qu’il est agréable de suivre. Ils constituent d’ailleurs la force du récit : ils dévoilent des instants de vie de stars que l’on connaît, ou disparues de la scène, et nous offrent des analyses plus ou moins pertinentes sur certains modes de vie, magazines célèbres, ou genres musicaux. Ces rencontres apportent de quoi réfléchir à notre héros, et nous embarquent dans un monde caché, que l’on ne soupçonne pas forcément. Les célébrités se livrent, et certains mots sont touchants.

Les messages portés par ces personnalités constituent cependant principalement des réflexions négatives sur l’évolution de la musique, ainsi que sur leur propre vie, à présent bien terne, après un succès mondial effervescent. Le ton du roman est déprimant, tout du long, et ne trouve qu’un ton optimiste dès qu’il est fait question de religion, comme si Dieu constituait la solution à tous les problèmes des protagonistes du roman, ce qui apparaît comme quelque peu réducteur, et peu séducteur pour nombre de lecteurs.

La prophétie de John Lennon, du nom de celui qui disait se prendre pour Dieu, en insultant ce dernier, selon le personnage principal de ce roman, est un récit qui dénonce une évolution tragique de la musique, la fin d’un rock ancien, aux paroles engagées, qui signifiaient quelque chose, et qui fait l’apologie du « C’était mieux avant ». Pourtant, la musique reste un art vivant, qui change, qui s’émancipe de son passé ou qui y revient, qui est en perpétuel mouvement. Ainsi, il est difficile de croire complètement à ce message attristant, qui voudrait nous faire remonter le temps, jusqu’aux Anciens qui composaient pour les rois et les règnes fastes, c’est-à-dire qui créaient une musique « de bobo », dont les paroles ne parlaient pas à tous.

Tous les styles et genres ont leur place, même si on ne les apprécie pas tous, et il est dommage que ce roman l’oublie, comme le fait que tous les artistes ne sont pas aussi malheureux que ceux interviewés pour ce récit.

Note : 08/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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