Sepultura – Quadra

Avis :

Quand on parle Métal et Brésil, le premier nom qui vient en tête est bien évidemment Sepultura. Fer de lance du Thrash et du Groove dans les années 80, il est fortement accompagné du nom des deux frères Cavalera. Pour autant, le chanteur Max se barre en 1996 pour divergences personnelles et fonde Soulfly, et son frère Igor partira dix ans plus tard et construira avec son frère Cavalera Conspiracy. On aurait pu croire Sepultura mort et enterré, mais c’était sans compter sur Paulo Jr., le seul membre de la formation originelle et surtout Andreas Kisser, qui a rejoint le groupe en 1987 et qui a participé à la notoriété du groupe, notamment dans les années 90 avec Chaos A.D. et Roots. Cependant le remplacement de Max Cavalera par Derrick Green aurait pu faire grincer des dents et certains albums seront bien en deçà, comme The Mediator Between Head and Hands Must be the Heart de 2013 qui fut une amère déception, mais le groupe semble se relever quatre ans plus tard avec Machine Messiah qui amorcé un renouveau pour le groupe. C’est alors que survient en 2020, Quadra, quinzième album groupe, neuvième avec Derrick Green, et les brésiliens ne sont pas là pour nous conter fleurette, ils ont envie d’en découdre, mais aussi d’évoluer, proposant alors un album en quatre temps sacrément réussi.

Le skeud débute avec Isolation et cela peut surprendre, puisqu’après quelques notes un peu synthétiques, le groupe lâche des chœurs féminins qui rappellent les heures de gloire d’un métal sympho à tendance satanique, avant de lâcher les vannes avec un growl puissant et des riffs assassins qui virevoltent à toute berzingue. Derrick Green va alors s’amuser à beugler dans un chant haché collant au mieux avec les riffs virulents d’Andreas Kisser, alors en pleine forme. Ce premier titre tabasse fort et montre un premier temps tout en Thrash puissant et sans concession. On pourrait même y trouver du Slayer là-dedans. Avec Means to an End, le groupe va continuer son exploration Thrash et livre un titre plus scandé dans la mélodie, plus déstructuré dans le rythme et cela se sent d’ailleurs sur le refrain qui semble contenir une coupure non voulue. C’est étrange, ça fonctionne, mais il y a quelques petites touches qui semblent inopinées. Last Time flirtera gentiment dans le même moule, puisant de l’énergie dans un Thrash décomplexé, surpuissant, Andreas Kisser s’amusant gaiment avec sa gratte pour livrer des riffs qui décoifferaient un chauve. Capital Enslavement marque alors un tournant pour l’album, qui délaisse un tantinet le Thrash pour lorgner du côté du Groove et d’un mélange plus ethnique. Que serait Sepultura sans des percussions tribales ? Elles sont alors présentes ici pour lancer un titre percutant qui renoue un peu avec les racines même du groupe. Ali sera lui aussi un gros morceau, Derrick Green se lâchant complètement au niveau de la voix, arpentant parfois un chemin limite soutenable sur la fin, ressemblant davantage à du gargarisme qu’à autre chose. Enfin, Raging Void sera un titre bien lourd, bien suffocant, avec une ambiance bien marquée qui va annoncer la ligne directrice de la suite.

En attaquant la seconde moitié de l’album, on risque de tomber sur un titre très surprenant, Guardians of Earth, qui s’éloigne grandement de ce que fait Sepultura habituellement. Armé d’une longue introduction en chœur féminin, puis prenant le parti de se lâcher en version presque Métal Sympho, le groupe lâche une petite bombe qui démontre tout son talent et la technique incroyable du guitariste Andreas Kisser. C’est bien simple, si le titre est long, il est aussi épique et délivre une nouvelle image d’un groupe qui semble avoir encore beaucoup de chose à dire. Et pour continuer sur ce chemin novateur et presque salvateur pour le groupe, The Pentagram va finir de nous achever avec un titre exclusivement instrumental. A la fois puissant et technique, le groupe délivre une prestation sans faille, inspirée et inspirante. Même Autem sera en dehors des clous, gardant une rage intacte, mais privilégiant une approche moins brutale qu’à l’accoutumée et se révélant finalement très intéressant dans sa construction, résolument moderne, mais aussi tournée vers l’avenir. Le dernier quart est aussi impressionnant par sa maîtrise et par le culot du groupe de lorgner vers quelque chose de plus mélodique, au risque de se mettre des fans à dos. Quadra est une petite entame à la guitare sèche qui fait office d’interlude et annonce la suite dans le plus grand des calmes. Agony of Defeat va permettre au chanteur d’explorer de nouveaux horizons, notamment en entamant le morceau en chant clair pour progressivement monter en puissance. L’orchestration symphonique va donner de l’ampleur au morceau qui, petit à petit, va grandir et monter dans les tours, apportant à chaque fournée de belles nouveautés comme des chœurs féminins et des violons. Le refrain est catchy à souhait et le groupe se renouvèle à merveille. Enfin, avec Fear, Pain Chaos, Suffering, le groupe livre un titre encore une fois surprenant, notamment dans le choix d’introduire une chanteuse sur le morceau et de finalement laisser un libre cours à une mélodie moins lourde qu’à l’accoutumée.

Au final, Quadra, le dernier album de Sepultura, est une réussite, mais qui risque fort de décontenancer certains fans de la première heure. Découpé en quatre temps très marqués, l’album n’est rien d’autre qu’une volonté d’évoluer pour le groupe, qui ne délaisse pas le Thrash, bien au contraire, mais qui va aussi le faire évoluer vers des thématiques plus complexes et des titres moins frontaux, travaillant plus l’ambiance et la densité. En bref, un excellent album qui montre que le groupe a beau accumuler les années, il a toujours de belles choses à nous susurrer aux oreilles.

  • Isolation
  • Means to an End
  • Last Time
  • Capital Enslavement
  • Ali
  • Raging Void
  • Guardians of Earth
  • The Pentagram
  • Autem
  • Quadra
  • Agony of Defeat
  • Fear, Pain, Chaos, Suffering

Note : 17/20

Par AqME

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