octobre 30, 2020

Winter Station

Auteurs : Christophe Bec et Cristi Pacurariu

Editeur : Glénat

Genre : Horreur

Résumé :

Lisa Langlois, jeune agent immobilier, est envoyée sur le projet de restauration d’une station de ski à moitié abandonnée dans la Sierra Nevada. Chalets délabrés, hôtels désaffectés, remontées mécaniques rouillées… le lieu est glauque à souhait. Seule femme au milieu d’ouvriers, isolée dans cet enfer de glace, Lisa se dit que les deux mois sur place risquent d’être interminables. D’autant que quelques jours après son arrivée, le cadavre d’un homme est retrouvé, égorgé. Visiblement, un psychopathe semble avoir élu domicile dans la station. Et Lisa pourrait bien être sa prochaine cible…

Avis :

Régulièrement sollicité pour alimenter la collection Flesh & Bones, Christophe Bec est un auteur prolifique qui, pour l’occasion, s’est rarement distingué par ses intrigues horrifiques. Entre le très décevant Bikini Atoll 2 et le déplorable Blood Red Lake, ses incursions sont anecdotiques et ne sont guère représentatives de l’intérêt de la collection, ainsi que de son talent. Seul Placerville se démarque par son scénario davantage maîtrisé, car il s’écarte des poncifs et autres caricatures plus ou moins assumées des précédentes références. Dans ces conditions, il paraît difficile d’avoir un a priori pour chaque nouvelle entrée où son nom apparaît. Winter Station parvient-il à convaincre ou n’est-ce qu’une énième itération d’un sous-genre horrifique ?

En effet, le contexte, l’environnement et le pitch initial se rapprochent sans conteste du slasher. Le cadre montagneux isolé et désolé, la présence d’un psychopathe aux alentours, une jeune femme harcelée par ce dernier… Tous les ingrédients sont réunis. Et l’on ne peut s’empêcher de comparer ce comics à la trilogie Cold Prey. L’accoutrement de l’antagoniste, sa capacité à vivre en milieu hostile et la station d’hiver abandonné sont les principaux points communs. Certes, il y a bien des disparités sur la rénovation du complexe, des victimes potentielles qui s’écartent du schéma habituel de caractérisation. Pourtant, le rapprochement est aussi évident que troublant.

Il est vrai que les fondamentaux du genre n’aident guère à l’innovation. À défaut d’originalité, l’ensemble reste cohérent et dynamique. La trame s’appuie sur un rythme progressif qui joue d’abord sur la présence latente du psychopathe avant qu’il n’entre en scène. Exception faite de quelques détails invraisemblables, l’écriture se révèle assez méticuleuse pour un tel exercice. Par ailleurs, Winter Station bénéficie sans doute des lignes de texte les plus denses de la collection Flesh & Bones. Les échanges permettent de développer le propos avec, au passage, quelques justifications globalement plaisantes. On songe au background fouillé de Lisa Langlois, ainsi que l’évocation de la dysmorphophobie.

Bien que l’évolution de la situation demeure linéaire, l’exploitation du cadre parvient à varier les séquences intérieures et extérieures. Certes, il est difficile de ressentir de l’angoisse ou de l’appréhension au gré des vignettes. Pour autant, le sentiment de vulnérabilité est bien retranscrit et pas forcément dans le sens où on l’entend. D’une part, les lieux qui offrent le plus de possibilités d’échappatoire ne sont pas les plus sécurisés. D’autre part, le rapport de force recèle quelques surprises avec une protagoniste pleine de ressources. Quant à l’aspect survival, il s’appuie surtout sur l’agencement des bâtiments et des rues, beaucoup moins sur l’environnement sauvage et hostile de la montagne. Dommage.

La patte graphique, elle, ne dénote pas avec les autres livres de la collection. Le noir et blanc reste de mise et s’adapte particulièrement bien à une station d’hiver délabrée. On l’a évoqué précédemment, les textes sont très présents au fil du récit. Ils empiètent parfois sur les dessins avec un découpage à la fois classique et restreint. Le style artistique se montre réaliste, mais la taille réduite de certaines vignettes oblige à schématiser certains traits de visages, les rendant assez simplistes. Il n’est pas rare de confondre aussi Lisa et sa mère lors de leurs conversations téléphoniques. Quant aux assassinats, la violence est assez furtive, tout comme les séquences d’action où la gestuelle demeure brouillonne.

Au final, Winter Station s’avère une incursion satisfaisante dans le domaine du slasher. Les auteurs évitent la maladresse de tourner en dérision le genre avec des clichés accablants. L’intrigue reste cohérente et développe un léger traitement psychologique dans sa première partie. Pour ne rien gâcher, les échanges sont loin d’être stériles et apportent un dénouement plus convaincant qu’à l’accoutumée. On regrette toutefois que la forme profite d’une constance moindre, surtout en ce qui concerne les exécutions et les divers affrontements où les mouvements s’avèrent peu réalistes. Il en ressort un titre honnête et globalement réussi au vu du potentiel initial que peut offrir le genre.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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