octobre 28, 2020

Bohren & Der Club of Gore – Patchouli Blue

Drôle de trajectoire que celle de Bohren & Der Club of Gore, groupe venu de Mülheim, ville minière du bord de la Rühr. Après une orientation hardcore à leur tout début, les allemands ont bifurqué vers un métal entre doom et jazz pour livrer une sorte de jazz mortuaire. En 2011, ils sortent Belleid sur lequel figure un featuring de Mike Patton de Faith No More. Les années faisant, le line-up s’est resserré pour former un trio qui maintenant mêle jazz et ambient. Bohren & Der Club of Gorese définit en interview comme un croisement entre Black Sabbath et Sade. Le nouvel opus, Patchouli Blue continue sur cette tendance. Sur la page Facebook du groupe, on peut lire « detective-jazz » dans la description. Ce terme est probablement ce qui convient le mieux pour définir Patchouli Blue avec son orchestration élégante, ses arrangements classieux, sa musique extrêmement lente, mélancolique et expansive où le saxophone enivrant tient une place prépondérante. A l’écoute de l’album, on se retrouve projeté dans l’univers des romans de Raymond Chandler ou de James Ellroy, avec une ambiance film noir qui arrive très vite et ne lâche pas. Patchouli Blue se savoure davantage quand on l’écoute le soir, tant les sonorités envoûtantes et l’aspect méditatif de la musique de Bohren & Der Club of Gore s’apprécie à une heure avancée de la nuit, à un moment où notre corps se situe entre deux états.

Alors que j’appuie sur la touche Lecture, les accords lents de Total Falsch me font partir ailleurs, puis vient les premières notes de saxo quand je suis réveillé dans un bureau de détective privé par une odeur de whisky et de cigare froid. Le téléphone sonne et quand je décroche, je n’entends qu’une adresse et une heure de rendez-vous. Dehors, le crachin balaie les trottoirs et les espoirs embrumés des rares noctambules. Je me rends dans un club de jazz qui ne paie pas de mine, tenu par le gros Tony, frère d’un parrain local de la pègre. Alors que vient le deuxième titre, Verwirrung am Strand, encore plus loin que le précédent, je retrouve au club cette mystérieuse femme qui m’avait sollicité pour surveiller les agissements de son mari. La conversation se prolonge au fil des verres de scotch alors les titres, plutôt homogènes, défilent, que le doux Glaub mir kein Wort débouche sur le lancinant et planant Patchouli Blue et ses 9 minutes. Les nappes de mellotron qui illustrent la deuxième partie du morceau procurent un bousculement des sens accentué par le ralentissement du tempo.

Je décide de sortir et de marcher. La nuit a clairement avancé et je déambule dans la rue au son de Deine Kusine. Puis vient Vergessen & Vorbel qui me fait échapper de cet univers et me ramène à la réalité avec ses nappes ambient limite électro. Sollen es doch Alle wissen me fait repartir de nouveau dans cet univers de polar et je me laisse porter par ces morceaux qui s’enchainent. Tief gesunken plutôt sombre et fiévreux laisse planer une menace sur mes épaules.  Le titre Zwei Herzen aus Gold est tout en sensualité et mes aventures de détective prennent durant quelques minutes les allures d’un film pour adultes des années 70. L’étrange Sag mir, wie lang et ses 7 minutes me font reprendre ma balade nocturne alors que la pluie a cessé et que le quartier prend un aspect peu rassurant, alors je presse le pas. Alors que j’avance dans des ruelles tortueuses vient le final Meine Welt ist schön plus sombre et lancinant que jamais dans sa première moitié. On s’approche de la fin et les nappes de saxo accompagnent les dernières minutes de la nuit. Alors que les lumières s’éteignent au rythme des dernières notes de saxo, au loin j’aperçois les néons du club de jazz qui clignotent une dernière fois. Bohren & Der Club of Gorem’aura offert un superbe voyage intérieur.   

  • Total Falsch
  • Verwirrung am Strand
  • Glaub mir kein Wort
  • Patchouli Blue
  • Deine Kusine
  • Vergessen & Vorbei
  • Sollen es doch Alle wissen
  • Tief gesunken
  • Zwei Herzen aus Gold
  • Sag mir, wie lang
  • Meine Welt ist schön

Note : 18,5/20

Par Nikkö

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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