novembre 30, 2020

Carnage Park

De : Mickey Keating

Avec Ashley Bell, Pat Healy, James Landry Hébert, Michael Villar

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

Deux escrocs en herbe braquent une banque et s’enfuient dans le désert. Ils font une halte à Carnage Park, un endroit isolé et sauvage occupé par un sniper psychotique ancien militaire.

Avis :

S’il y a bien un truc qui devient très agaçant avec certains films indépendants américains, c’est cette propension à afficher que l’histoire du métrage est basée sur des faits réels. Aujourd’hui, c’est devenu un véritable outil marketing et tous les films de genre essayent de surfer sur cette vague, que ce soit pour des histoires d’exorcisme, ou pour de sordides tueurs perdus dans la pampa. Carnage Park est un lieu assez connu aux States, puisqu’à la fin des années 70, un tueur psychopathe, ancien militaire, s’amuse à sniper une petite vingtaine de personnes, jusqu’à ce qu’une femme s’en sorte, assurant l’avoir tué dans les mines, mais dont le corps n’a jamais été trouvé. Il n’en fallait pas plus pour voir un petit malin s’emparer de ce fait divers sordide pour se faire son beurre dessus. Un peu comme l’autre abruti de John R. Leonetti et son Wolves at the Door, qui a abandonné toute déontologie pour profiter du meurtre de Sharon Tate et faire de l’horreur dessus, Mickey Beating semble suivre le même chemin, se dédouanant de toute forme d’irrespect envers les victimes en changeant les noms des personnages (on ne l’invente, c’est écrit au début du film). Vous l’aurez donc compris, on nage en plein cynisme et opportunisme pour un film qui, de toute façon, ne vaut absolument rien.

La première chose qui frappe dès le départ, dès la scène d’introduction où on voit un mec en sang courir dans des collines et se faire abattre comme une merde, c’est le filtre jaune qui baigne tout le film. C’est bien simple, on dirait que quelqu’un a pissé sur la bobine. Bien évidemment, ce jaune est présent pour donner un ton presque sépia à l’ensemble, voulant donner du cachet pour bien montrer que son film se déroule en 1978, mais aussi pour montrer la chaleur insoutenable du lieu. Mais à la rigueur, d’un point de vue technique, ce jaune n’est pas forcément dérangeant puisqu’il a un but dans le film, faire ressentir une ambiance chaude et sèche. Le problème, c’est que le petit Mickey Keating a du trop se nourrir de Quentin Tarantino quand il était petit, parce que son film transpire une volonté de faire comme le célèbre metteur en scène. Une musique rock n’roll coolos, des flashbacks pour raconter l’histoire de deux types qui tiendront un tiers du film, quelques dialogues un peu racoleurs et surtout, des tentatives de plans qui se veulent trop bien fichus avec de l’idée derrière. Sauf que ça ne marchera jamais parce que les plans bizarres ne racontent rien et n’ont aucune portée symbolique. Je veux dire, à quoi bon tourner la caméra lorsque la nana va rentrer dans la cabane du tueur, comme si elle ouvrait une trapper au plafond. A la rigueur, et en cherchant loin, très loin, si c’était pour se sauver, on aurait pu dire qu’elle ouvre la porte vers le paradis, mais ce n’est absolument pas le cas. Et tout le film baigne dans ces effets de style stériles et pénibles.

Outre l’aspect technique qui se prend pour ce qu’elle ne doit pas être, surtout quand on voit le scénario, Carnage Park est un film qui ennuie et qui ne tient pas la distance. Le début peut faire illusion, notamment lorsque cette femme lambda se retrouve la proie du tueur et qu’elle doit trouver des solutions pour survivre. Malheureusement, ce petit jeu du chat et de la souris ne contiendra aucune tension. Très vite, la nana va se révéler plus dangereuse que le sniper et elle va trouver des ressources insoupçonnables de façon inhérente. De ce fait, le film annihile toute tension, les rencontres faites au hasard dans ce grand dédale ne servent à rien et elle va avancer toute seule, comme une grande, d’un point A à un point B, sans subir trop de dommages. Mention spéciale à la toute fin du film qui est un gunfight dans des mines, où l’on va suivre les deux personnages principaux dans un noir complet, juste réveillé avec le flash des coups de feu, dans une sorte de frénésie incompréhensible et vomitive. Même dans l’écriture de son action, le film se foire, ne proposant rien à mâcher à son spectateur.

Et que dire des personnages, qui sont totalement inexistants. Le film commence par nous présenter un givré qui blablate un monologue sur la politique américaine et les malades mentaux qui se trimballent en liberté, puis on dérive sur deux malfrats qui viennent de braquer une banque, dont un est touché par balle. La scène rappelle bien évidemment Reservoir Dogs, Tarantino étant honteusement copié ici, mais il y règne aussi une sorte d’hystérie insupportable. Les acteurs en font des caisses, on ne comprend rien à ce qui se passe et le flashback pour les présenter est inutile puisque de toute façon, ils vont crever dans le quart d’heure qui suit. En fait, le réalisateur fait tout ça pour introduire la pauvre nana qui va devenir, bien malgré elle, l’héroïne de cette histoire. Une femme commune, fermière, qui va montrer un instinct de survie tout particulier. Si Ashley Bell est plutôt convaincante dans le rôle, elle se démène comme elle peut avec le peu qu’on lui donne. Par contre, Pat Healy est aussi charismatique qu’un pilier de bar qui aurait trop abusé d’antidépresseurs. Il est mou, il ne dégage rien et participe grandement au naufrage du film qui essaye d’être le Wolf Creek américain. Car oui, l’histoire du tueur, le début, la fin, tout laisse à penser qu’en plus de Tarantino, Mickey Keating a poncé un paquet de fois le film de Greg McLean. Mais il ne lui arrive même pas à la voûte plantaire.

Au final, Carnage Park est un très mauvais film qui tente de faire illusion avec des musiques sympathiques et une réalisation référencée. Malheureusement, n’est pas Tarantino qui veut, surtout avec un script aussi indigent et qui tente de raconter une histoire sordide qui ferait bien de rester dans l’anonymat. Nous faisons alors face à un film qui ne raconte rien, essaye de relater des faits tout en faisant dans le spectaculaire, oubliant toute forme de respect pour les victimes et essayant même d’iconiser un gros malade mental. Bref, une daube infâme qui restera pour l’éternité dans les méandres de l’oubli.

Note : 02/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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