octobre 28, 2020

Sheitan

De : Kim Chapiron

Avec Vincent Cassel, Olivier Barthelemy, Roxane Mesquida, Leïla Bekhti

Année : 2006

Pays : France

Genre : Horreur

Résumé :

La veille de Noël, Bart, Ladj, Thai, Yasmine et Eve quittent une soirée qui a mal tournée. Eve, très allumeuse, les invite chez elle. Mais lorsque la jeunesse des villes se retrouve dans les griffes de Joseph, l’étrange gardien de sa maison de campagne, la rencontre bascule dans le conte sanglant…

Avis :

Au milieu des années 90, un collectif va se mettre en place, regroupant des acteurs, scénaristes, musiciens, graphistes et autres artistes, afin de promouvoir la culture et l’accès à de nouvelles têtes à tout un matériel. Ce collectif, c’est Kourtrajmé et encore aujourd’hui, certains de ses membres font parler d’eux, comme Romain Gavras, fils de Costa Gavras (l’excellent Le Monde est à Toi), Ladj Ly qui a fait fureur avec Les Misérables, ou encore Kim Chapiron, qui est l’un des membres les plus anciens. C’est d’ailleurs autour de lui et de l’un de ses courts-métrages que le collectif s’est fondé. Kim Chapiron s’est forgé une réputation étrange en l’espace de seulement trois films. Il faut dire qu’il réalise peu et prend le temps de peaufiner ses scénarios. Ainsi, après un Sheitan déroutant sur lequel on va revenir, il perce surtout avec Dog Pound, un film carcéral ultra douloureux, puis contraste avec La Crème de la Crème qui n’a pas fait l’unanimité. Mais revenons à ses débuts avec Sheitan, un film d’horreur étrange, hybride, qui peut laisser sur le carreau à cause de certains clichés, mais qui montre les débuts d’un réalisateur qui a envie de bousculer un peu les codes établis.

L’histoire de ce film est d’une simplicité consternante. Une bande de potes banlieusards se font embarquer par une belle jeune fille dans sa demeure à la campagne. Elle leur présente les lieux, les habitants étranges et l’homme qui s’occupe de la maison, un rustre paysan plutôt jovial et sans limite au niveau de l’humour. Alors que les jeunes pensaient prendre du bon temps et niquer durant la soirée, des éléments étranges vont subvenir et leur vie ne tient plus qu’à un fil. Des propositions comme cela, on peut en compter des tonnes et des tonnes dans le cinéma mondial, et même en France, il est difficile de ne pas penser à Frontière(s) de Xavier Gens, qui ne sortira que deux ans plus tard, ou encore Calvaire de Fabrice du Welz, sorti lui l’année d’avant. Bref, ce n’est pas sur le synopsis que l’on va trouver des nouveautés, et cela pourra même agacer face aux clichés que le réalisateur utilise comme les racailles des cités face aux paysans un peu consanguins. Des amalgames faciles, qui ne tranchent pas avec le commun des films d’horreur qui veulent opposer les rats des villes face aux rats des champs.

Cependant, Kim Chapiron n’est pas un imbécile et il va faire de ce pseudo film d’horreur, une comédie noire qui s’échappe le temps de quelques fulgurances vers des références bibliques importantes et qui ont des conséquences dans le récit. Et oui, Sheitan n’est pas seulement un film binaire et frontal, c’est surtout une comédie grinçante qui fracasse la religion à grands renforts de séquences métaphoriques. Entre la chèvre, symbole du malin, le serpent, la pomme ou encore le prénom de la jeune fille qui amène tous les tourments, Eve, Kim Chapiron met ses gros sabots et piétine littéralement le christianisme, mais aussi les autres croyances, au détour d’une discussion animée autour d’un repas. Le cinéaste met alors en avant deux points essentiels, la croyance d’un être supérieur miséricordieux et les croyants qui pourtant font des choses pas très catholiques. Un discours tendancieux, intéressants et qui est raconté par des mecs que l’on pensait idiots depuis le départ. Alors oui, ça ne vole pas bien haut, caractérisation des personnages oblige, mais on ne peut pas dire que Sheitan soit un film d’horreur lambda sans fond.

D’autant plus que la mise en scène de Chapiron est très intéressante. Elle possède toutes les scories du premier métrage, avec un démarrage un peu trop facile et mal branlé, et quelques passages qui tournent à vide, mais elle va surtout se concentrer sur les corps et les expressions. Kim Chapiron est obsédé par l’attirance sexuelle, par ces corps qui se tournent autour, qui se cherchent et il fait ça de manière à nous mettre mal à l’aise. C’est bien simple, que ce soit les scènes de nudité, les scènes plus ou moins sexuelles, les mises à nu lors d’une baignade dans une source chaude (là aussi, vecteur de bien des conflits, image de l’utérus du mal où tous les vices prennent racines), Kim Chapiron va tout faire pour nous placer dans une situation voyeuriste pénible. De ce fait, cela va renforcer une ambiance mortifère étrange et ambigüe. Tout comme le physique ingrat de Vincent Cassel ou encore de sa femme, grotesque, qui participe à un certain malaise quand on regarde le film. Les scènes intimistes sont aussi particulières, et le défaut que l’on peut leur trouver, c’est qu’elles ne font pas forcément avancer le problème. La relation entre Ladj Ly et Leïla Bekhti est inintéressante au possible et ne sert clairement à rien.

En parlant des acteurs, là aussi, c’est assez inégal. Vincent Cassel bouffe tout le monde dans ce métrage. Jouant les pécores frappadingues qui veut avoir l’antéchrist comme fiston, il surjoue constamment, bredouille des inepties dans sa moustache avec un sourire tout en dents et pourtant, ça fonctionne à plein régime. Là où le bât blesse, c’est plutôt chez les jeunes acteurs qu’étaient Olivier Barthelemy, Ladj Ly, Nico Le Phat Tan ou encore Roxane Mesquida. Tous ces acteurs oscillent constamment entre le sympathique et le très mauvais. Alors non seulement on ne se prendra pas d’affection pour eux, on ne ressentira aucune empathie, mais en plus de cela, les acteurs font tout leur possible pour rester teubé. Seule Leïla Bekhti sort déjà son épingle du jeu et livre une prestation plus fine que les autres.

Au final, Sheitan est un film qui est assez intéressant sur ce qu’il veut raconter et sur sa façon de le raconter. Si Kim Chapiron n’évite pas les écueils du premier métrage et commet quelques maladresses dans son histoire et sur sa direction d’acteurs, il propose tout de même une patte reconnaissable et une certaine folie dans le burlesque et le gore décomplexé. Bref, Sheitan est un film qui divise, qui n’est pas facile d’accès et qui peut se voir comme un navet sans fondement. Pourtant, on se replongeant dedans, on peut découvrir de petites subtilités qui en font un film à part dans le cinéma français.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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