septembre 22, 2020

Lyon des Cendres T.01 – Le Serment du Corbeau – H. Laymore

Auteur : H. Laymore

Editeur : Les Editions l’Alchimiste

Genre : Uchronie

Résumé :

1793, La France vit sous le règne de la Terreur.
Dans la ville occupée de Lyon, un hussard affecté aux Affaires Occultes, enquête sur la disparition mystérieuse d’un frère d’armes.
Il affrontera des sectes étranges, des politiciens ambitieux et de sombres magies.

Avis :

Le premier tome de Lyon des cendres constitue un récit incroyable, qui navigue entre horreur et poésie, roman d’action et enquête policière, critique sociale et intrigue religieuse, Histoire de France et univers post-apocalyptique, rythme tragique et mélodie envolée. L’atmosphère lugubre de ce premier tome est rapidement annoncée, notamment après un prologue éloquent qui s’intègre dans une période de l’Histoire tortueuse.

Effectivement, avec Lyon des Cendres, le lecteur est plongé, dès les premiers mots, dans une histoire bien sombre, qui prend place après la Révolution française, alors que la Terreur use de sa célèbre guillotine pour mettre court aux idées monarchistes de traîtres dénoncés ou reconnus. Cependant, et en cela le talent de l’auteur est prodigieux, malgré des scènes dramatiques ou tragiques, voire à interdire aux âmes sensibles, le roman offre des instants magiques, empreints de lumière et d’humanité. Le roman ne cesse de balancer entre le noir et le blanc, nous perturbe, nous enchante et nous marque profondément. On ne ressort pas indemne de cette lecture.

L’auteur écrit très bien et utilise chacun de ses mots à dessein. Ses descriptions ne s’enlisent pas dans des explications sans fin, ou des images inutiles. Le lecteur se recrée un Lyon apocalyptique, où la misère plombe les cœurs, et les morts jonchent les trottoirs. L’auteur parvient à nous décrire le Lyon de l’époque, grâce à des instants de vie émouvants, et des anecdotes attachantes. On ressent tout l’amour qu’il porte à la ville contemporaine, ainsi qu’à son histoire, fortement marquée par les dissensions politiques du passé.

La force de Lyon des cendres réside également en son intrigue très mystérieuse et en ses personnages charismatiques, dignes des plus grands classiques de l’imaginaire. Ceux-ci sont très nombreux, et possèdent des personnalités aussi diverses que variées. Le lecteur les découvre au fur et à mesure que le récit avance, et certains n’apparaissent que lors de scènes dramatiques, dont l’objectif consiste clairement à susciter de la pitié ou du dégoût, ou à dépeindre la violence de l’époque. Ces passages, finalement peu utiles quant à l’avancement de l’intrigue, plairont néanmoins aux lecteurs avides de réalisme, et permettent de se représenter un âge bien sombre, lors duquel il ne faisait pas bon vivre.

Certains instants restent tout de même un peu trop violents, sans qu’aucune explication ne soit mise en avant pour donner plus d’envergure à la scène en question. Par ailleurs, les passages avec les convulsionnaires restent empreints d’horreur, et constituent certainement les chapitres les plus terribles en termes de tortures physiques. Cependant, cette terreur s’intègre parfaitement dans l’intrigue, et sera utile pour la suite des évènements. Il est ainsi dommage que certaines scènes violentes, peu porteuses, se multiplient à l’instar de celles qui constituent des passages que l’on pourrait presque considérer comme obligatoires pour assimiler et comprendre certains personnages.

La multitude des personnages peut constituer un frein pour les lecteurs peu habitués à une histoire aussi complète, tant sur les points mystiques, religieux, politiques ou sociaux. Effectivement, le récit met en avant des alchimistes, des musiciens, des brigands, des hussards, des politiciens, des représentants de cultes religieux, des révolutionnaires, des monarchistes, des convulsionnaires, des enfants, des soldats, des tortionnaires, des chanteuses, des puissances obscures, des imprimeurs, et bien d’autres individus aux mœurs mystérieux.

Le roman demande une lecture concentrée pour se rappeler la fonction et les caractéristiques de tous les personnages. Les plus importants reviennent régulièrement, au sein de scènes marquantes, ce qui permet au lecteur de s’en rappeler plus facilement. La séparation des chapitres est bien exécutée même si, parfois, deux chapitres s’intéressant à la même personne apparaissent un peu trop espacés, de sorte que l’on ne se souvient pas forcément de tous les détails, tout en retenant tout de même l’essentiel. Les personnages principaux possèdent tous un charisme magnifique, comme ceux de la série Le trône de fer. Ils ont tous leurs secrets, leurs manigances, leurs défauts et leurs bons côtés. Le lecteur s’attache à la plupart d’entre eux et aime suivre les différentes intrigues, qui contiennent toutes une part de suspense indéniable, et une part de magie. Chaque sous-intrigue a son importance et l’auteur en dévoile suffisamment assez pour que l’on ait envie de les suivre, avec le même enthousiasme que celui initié par l’intrigue principale.

Ce premier tome avance lentement, et cela n’est pas une mauvaise idée. L’auteur prend le temps d’installer le décor de la ville de Lyon, ainsi que tous ces personnages à travers des dialogues hauts en couleur, dont certains présentent de belles réparties ou de terrifiantes menaces. En plus des conflits politiques et religieux que l’histoire met en avant, le récit possède une part de fantastique énigmatique dont aucun élément ne sera spoilé ici. Ce partage, entre faits historiques et éléments imaginaires, apporte du mystère, interroge le lecteur et nombre de questions ne trouvent par leur conclusion à la fin de ce tome, laissant le lecteur sur sa faim, dans l’attente de la suite.

Le serment du corbeau annonce une belle saga, à l’atmosphère unique et aux personnages somptueux, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs, qui souhaite également nous transmettre certains messages sur l’humanité moderne que l’on connaît, où nos politiques sont aussi avides de pouvoir, et où la religion peut également contrôler certaines têtes pensantes. L’Histoire revisitée, agrémentée d’éléments sombres survenus en même temps que l’arrivée des Alchimistes, donne une dimension à la fois réaliste et surnaturelle au roman, dans lequel faits réels et gestes imaginaires se combinent à merveille pour nous offrir une aventure épique.

Note : 17,5/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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3 réflexions sur « Lyon des Cendres T.01 – Le Serment du Corbeau – H. Laymore »

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