Clinton Road

Auteur : Vincenzo Balzano

Editeur : Ankama

Genre : Fantastique

Résumé :

New Jersey, 1978. Tous les matins, John, ranger du comté de Passaic, fait la route entre sa maison et le bar de son ami Sam afin de prendre un café et de bavarder avant sa journée de travail. Rien qui ne puisse sembler étrange jusque-là. Sauf que la Clinton Road – 15km d’asphalte où il patrouille quotidiennement – s’avère être la route la plus hantée des États-Unis : disparitions inquiétantes, phénomènes paranormaux… C’est aussi sur cette route maudite que son fils unique, Benjamin, a été vu pour la dernière fois avant de disparaître. Mais John, incapable de faire son deuil, se réfugie dans une réalité déformée dans laquelle ses fantasmes semblent prendre le pas sur la réalité…

Avis :

Les lieux hantés, les personnages connus possédés, sont autant de sujets qui laissent libre cours à l’imagination débordante de certains auteurs. Que ce soit la demeure Winchester ou les cas de possessions comme celui d’Emily Rose, les récits horrifiques sont nombreux et tentent parfois de prendre des chemins différents de l’horreur pure et dure. Ce qu’il faut savoir avant d’aborder le comics dont on parle aujourd’hui, c’est qu’il prend place sur la Clinton Road, qui n’a rien à voir avec l’ancien président des Etats-Unis qui apprécie les gâteries. La Clinton Road, c’est une route de 15km qui est réputée pour être la plus hantée de tout le pays et de nombreuses vidéos circulent sur le net, en plus de quelques légendes urbaines qui alimentent tous les fantasmes autour de cette route du New Jersey. Il n’en fallait pas plus à Vincenzo Balzano pour en faire un récit fantastique, dont le produit n’a failli jamais voir le jour. Une histoire sombre et triste, bien loin de l’horreur à laquelle on peut être habitué et qui fonctionne du tonnerre si on ne lit pas le synopsis et que l’on se laisse porté par les dessins assez minimalistes de l’auteur. Car oui, Clinton Road s’écarte du simple récit d’épouvante pour naviguer dans un fantastique ésotérique délétère et qui tient tout son ensemble sur une ambiance très prégnante.

La première chose qui frappe avec cet ouvrage, c’est son dessin et son ambiance générale. En effet, Vincenzo Balzano possède un trait très intéressant, relativement épuré et qui donne une belle impression aérienne. Les dessins ne sont pas bâclés, ils correspondent à une volonté de l’auteur de donner une sensation de perdition lorsque l’on lit son œuvre. Et cela fonctionne à plein régime, notamment avec le personnage principal, barbu hirsute, qui cause tout seul et tient un carnet de notes où ils gribouillent quelques croquis pour ne pas perdre la mémoire. Les autres personnages ne sont pas en reste niveau design et tout se coordonne pour mieux perdre le lecteur dans une ambiance délicieusement fantasmagorique. Car en plus du trait presque enfantin de l’auteur, le choix de l’aquarelle pour peindre les planches est une riche idée. Non seulement cela donne du cachet au comics, mais en plus de cela, ça appuie une ambiance particulière qui mélange agréablement la mélancolie avec un côté irréel. On ressent vraiment une atmosphère particulière dans ce livre, comme une sorte de perte de repères au fil des pages, à un tel point que l’on ne sait pas ce qui est vrai et ce qui est faux.

Et cela sert bien évidemment l’intrigue. Outre la sensation de se perdre dans une forêt qui ne doit pas être bien loin de celle de Aokigahara au Japon, on a vraiment l’impression de nager en plein délire cosmique, où les corbeaux sont les messagers de la mort elle-même et où les fantômes sont plus réels que fictifs. Une sensation renforcée par un scénario qui brouille volontairement les pistes et qui s’amuse avec les codes du genre pour garder son mystère entier jusqu’à son final plus ou moins inattendu. Plus ou moins puisque si on a lu le synopsis, on se doutera de quelque chose, alors que si on entre dans l’ouvrage en gardant le mystère, alors le surprise est entière et va être touchante. Et c’est là que le livre est assez fort, car sous ses attraits un peu bis quand il entame sa phase d’action où le père va à la chasse aux mafieux, le final va nous cueillir et nous prendre aux tripes, révélant alors un homme aussi perdu que nous dans cette forêt, à la recherche désespérée de son passé et de son fils. Certes, c’est léger, et le livre se lit très très vite (il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de texte et que la majorité des choses sont visuelles), mais rares sont les comics qui essayent de narrer leur histoire principalement par le dessin et l’ambiance et pas par le texte. Alors bien évidemment, le comics a des défauts, comme son intrigue un peu simpliste, mais on aura aussi une belle référence à Moby Dick et ce fameux capitaine Achab, qui part à la chasse de cette baleine lui ayant arraché un bras. Ici, la métaphore est facilement compréhensible, puisque on suit un père à la recherche de son fils, inaccessible.

Au final, Clinton Road est plutôt une bonne surprise et un parti pris à la fois radical et passionnant. Utilisant plutôt le dessin pour raconter son pitch, Vincenzo Balzano fait le choix d’un dessin épuré et d’une aquarelle  sombre renforçant ainsi une ambiance froide et délétère qui porte le lecteur dans les méandres d’une forêt hantée. Certes, on aurait aimé quelque chose de plus étoffé peut-être, mais en l’état, ce sont les sentiments qui sont touchés et parfois, avec une histoire simple, ça fonctionne et ça fait du bien, ce qui est le cas ici.

Note : 15/20

Par AqME

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