septembre 22, 2020

Sex Education Saison 2

D’Après une Idée de : Laurie Nunn

Avec Asa Butterfield, Gillian Anderson, Emma Mackey, Ncuti Gatwa

Pays: Angleterre

Nombre d’Episodes: 8

Genre: Comédie

Résumé:

Otis doit désormais apprendre à contrôler ses tous nouveaux désirs et pulsions pour avancer dans sa relation avec sa petite-amie Ola, tout en gérant ses rapports tendus avec Maeve. Pendant ce temps, le lycée Moordale est touché par une épidémie de chlamydia, soulignant le besoin urgent d’offrir aux élèves une meilleure éducation sexuelle. De nouveaux étudiants arrivent en ville et remettent en cause le status-quo.

Avis :

Parler de l’adolescence et du sexe sont deux sujets presque tabous et avec lesquels on peut vite dériver vers le gras et le vulgaire. Beaucoup de films s’y sont essayé, et beaucoup sont tombés dans le piège de la surenchère et de l’humour bas du front sans jamais remettre en cause une certaine éducation mise à mal par l’accès de plus en plus facile au porno. Alors quand la première saison de Sex Education est sortie, on avait de quoi avoir un peu peur, même si la présence d’Asa Butterfield et Gillian Anderson tendait à rassurer. Et quel claque ! La première saison fut une véritable réussite, abordant des thèmes difficiles, souvent peu vus dans ce genre de productions, mais surtout, ces sujets furent abordés avec délicatesse, finesse et humour très british. Et bien évidemment, une deuxième saison était obligatoire pour savoir comment tous ces jeunes allaient évoluer et elle était attendue au tournant, vu la qualité intrinsèque de ce que nous avait proposés Laurie Nunn. Alors qu’en est-il de ces huit nouveaux épisodes ? Et bien autant rentrer dans le vif du sujet et dire que c’est toujours aussi bien.

Pourtant, on pouvait craindre le pire dès la séquence d’ouverture de cette saison. En effet, on va voir Otis, addict à la branlette, qui va s’astiquer le manche de partout, tout le temps, et qui va faire la surprise à sa mère d’éjaculer contre la vitre de la voiture. Un début un peu gras qui va tout de même permettre d’aborder la découverte de son corps et une certaine addiction à un plaisir presque interdit, quasiment tabou. Fort heureusement, malgré un début un peu grassouillet, la série va vite se reprendre et proposer diverses thématiques peu exploitées ailleurs. En effet, la série va parler de l’asexualité à travers un personnage qui ne se comprend pas. Elle va aussi aborder la pansexualité, concernant les gens qui se foutent royalement du genre de la personne, pourvu qu’elle lui plaise physiquement. Ca va parler de bisexualité et de ce mal-être de ne pas se trouver, de ne pas se comprendre et de se sentir en dehors des clous dans une société qui aime ranger les gens dans des cases. Et le plus important dans tout cela, c’est que si on parle de tous les styles de sexualité, c’est toujours fait avec bienveillance où l’humain prend une place centrale. Personne n’est jugé, personne n’est pointé du doigt, et à travers Otis ou sa mère, on va voir qu’il faut peu de choses pour que les gens s’acceptent et soient heureux. En clair, tous les thèmes qui parlent de la sexualité sont bien étudiés et en peu de temps, en peu de mots, on peut voir comment accepter l’autre, comment s’accepter soi-même malgré nos différences avec la « norme ».

Mais ce n’est pas tout. Si certains vont voir de la fainéantise dans l’écriture de cette saison, s’arrêtant à deux triangles amoureux qui n’en sont pas vraiment (Maeve/Otis/Ola et Eric/Rahim/Adam), c’est complètement occulter les autres thématiques plus graves, plus dramatiques, presque tragiques, qui sont évoquées en plus de la sexualité. Cette saison deux va parler avec une rare justesse de la place de la femme dans notre société. Harcèlement, attouchements sexuels, rabaissement, avec le personnage d’Aimee et de ses amies, la série parle de l’insécurité féminine dans notre société, et renvoie un superbe message de solidarité. Non seulement, c’est fin, mais ça aborde façon intelligente le déni et cette force qu’il faut avoir pour surmonter une épreuve qui finalement, nous touche au plus profond. Sex Education va aussi parler de ces parents qui se droguent, mentent à leurs enfants et s’inventent des vies. Cela va placer un personnage clé dans une position inconfortable, touchant presque au drame shakespearien sur le dernier épisode, avec une phase qui brise le cœur mais qui s’avère nécessaire. On aura aussi droit à des relations mère/fils plus complexes, à des relations adultes qui se fissurent à cause d’une tromperie, ou au contre d’une absence d’amour physique. Bref, c’est d’une rare richesse, et surtout, c’est encore et toujours fait avec une intelligence clairvoyante.

Et puis il y a l’évolution des personnages. Otis grandit, il prend plus confiance en lui, même s’il est pris dans la tourmente entre Ola et Maeve, ne sachant finalement qui choisir. Il est aussi très handicapé par ce besoin presque maladif de faire l’amour et à force de tâtonnements, il va se rendre compte que ses sentiments ne sont peut-être pas faits pour celle avec qui il est. Et il se rendra compte bien trop tard de ses bêtises, laissant le spectateur sur un final qui rend bien nerveux. Quant à Maeve, elle va poursuivre son aventure de façon solitaire, essayant de nouer des liens avec de nouveaux camarades, mais sa vie privée reste un enfer et l’arrivée de sa mère, ancienne toxicomane, n’est pas un cadeau. Emma Mackey donne du mordant et du caractère à ce personnage si touchant qui enchaine les galères malgré son jeune âge. Eric, quant à lui, va se retrouver face à un dilemme, choisir entre deux garçons. Le beau Rahim, un français qui a les pieds sur terre et semble très amoureux, ou Adam, avec qui il a déjà eu une liaison et qui le rend heureux alors qu’il l’a martyrisé durant une bonne partie de sa scolarité. L’acteur est renversant, passant d’un sourire radieux à une mine grave en un claquement de doigts et c’est peut-être l’axe le plus important de cette saison. Qui s’accouple finalement très bien avec Jean, la mère d’Otis, portée par une Gillian Anderson incroyable, et qui va subir de plein fouet la crise d’adolescence de son fils et se voir incapable de gérer une vie amoureuse, voulant avoir le contrôle sur tout. Un destin plutôt dramatique, qui montre à quel point cette femme est forte, mais cache bien des fêlures.

Parmi les personnages secondaires, qui n’en sont pas vraiment puisque tout le monde a son importance ici, on va retrouver Jackson, qui va en avoir marre de la natation et se découvre une passion pour le théâtre et une amitié avec Viv, une jeune femme qui ne fait que bosser au lieu de se faire des amis. La relation est belle et sincère, Jackson va aussi dire les choses à ses deux mères afin de percer un abcès qui prenait beaucoup trop de place. Quant à Adam, le fils du proviseur, c’est peut-être le personnage le plus attachant de la saison. Ici, il arrête d’harceler ses camarades, il se cherche, vit des choses difficiles comme la séparation de ses parents et enchaine les échecs, aussi bien dans l’école privée que dans son boulot de caissier, et pourtant, il va se révéler, se trouver et nous toucher au plus profond par quelques actions aussi simples qu’un câlin. Ola sera aussi un personnage important, découvrant sa sexualité et montrant toute sa bienveillance. Son père sera toujours aussi drôle, nous surprenant encore au détour d’un seul dialogue où il annonce qu’il ne veut plus souffrir en amour, par peur de tout perdre, dont la raison, et qu’il doit être là pour ses filles. Encore une fois, c’est crédible et d’une simplicité qui manque à beaucoup de séries abordant de telles thématiques. Sans oublier Aimee, ingénue, un peu bêbête, mais qui est d’une justesse affolante et nous bouleverse avec une simple histoire de bus.

Reste alors les nouveaux venus, qui sont peut-être le point faible de la série. Rahim va venir chambouler la vie d’Eric, mais si l’acteur est vraiment très bon, son personnage manque d’épaisseur et d’écriture, et on aura du mal à ressentir quelque chose pour lui, même s’il reste honnête envers Eric et cherche simplement l’amour. Viv sera plus attachante, se dévoilant au fil des épisodes et devenant, in fine, quelqu’un de simple et d’important dans la vie de Jackson. Quant à Isaac et son frère, il va être complexe de ne pas les détester. L’handicap est peu abordé dans cette saison, mais surtout, il va venir mettre son grain de sel dans la relation entre Otis et Maeve et va être l’objet d’une haine incommensurable sur la séquence finale. Le problème, c’est qu’il manque aussi de background et on espère qu’il sera plus développé dans la prochaine saison, si elle a lieu. Car oui, si la troisième saison est en cours d’écriture pendant que je tape ses lignes, Netflix n’a toujours pas donné son feu vert pour une suite.

Au final, cette seconde saison de Sex Education est une belle réussite, presque aussi bien que la première. Plus dramatique, voire même tragique, la série n’oublie pas de parler des affres de la découverte de sa sexualité, mais aussi de sujets plus sensibles, plus universels et qui peuvent toucher les grandes personnes. Les acteurs sont brillants, et il se dégage de cette série un humanisme rarement atteint, où chacun est respecté malgré ses orientations sexuelles ou ses choix de vie. En bref, une série qui fait un bien fou et qui mérite tout l’amour que l’on a.

Note : 18/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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