Bad Boys For Life – Les Vieux de la Vieille

De : Adil El Arbi et Bilall Fallah

Avec Will Smith, Martin Lawrence, Vanessa Hudgens, Alexander Ludwig

Année: 2020

Pays: Etats-Unis

Genre: Action, Comédie

Résumé :

Les Bad Boys Mike Lowrey et Marcus Burnett se retrouvent pour résoudre une ultime affaire.

Avis :

Au milieu des années 90, Michael Bay est encore un petit réalisateur qui n’a pas explosé. Alors qu’il signe un documentaire sur le groupe de Heavy Meat Loaf, il va lâcher Bad Boys en 1995 et signer son premier succès en faisant un buddy movie assez classique, qui mélange de façon assez maline l’humour et l’action. Porté ensuite par trois succès successifs (Rock, Armageddon et Pearl Harbor), Michael Bay décide de faire une suite à son Bad Boys et il va complètement lâcher les vannes. Nerveux, improbable, irrévérencieux, complètement déjanté dans son écriture et sa mise en scène, c’est au début des années 2000 que le réalisateur se lâche totalement. Cependant, si le film est un succès, un troisième métrage n’est pas sur les rails. Il faudra pour cela attendre six ans et la volonté de Jerry Bruckheimer pour qu’un troisième film commence à pointer le bout de son nez. Malheureusement, le projet végètera encore un long moment, puisque ce n’est que dix ans plus tard que le film est réellement lancé. Exit donc Michael Bay, qui sera présent le temps d’un caméo inutile, et bonjour Adil El Arbi et Bilall Fallah, deux réalisateurs belges à qui l’on doit Black et Gangsta. Un choix audacieux mais finalement cohérent avec l’univers exploré. Maintenant, reste à savoir si ce Bad Boys For Life vaut le coup d’œil, et surtout si faire une suite presque vingt ans plus tard est judicieux.

En règle générale, quand on va voir ce genre de film, on sait déjà à quoi s’attendre. Un film d’action décomplexé, improbable dans certaines situations et avec un humour parfois corrosif et souvent con. Est-ce le cas ici ? Oui. Mais le film va être assez dichotomique, presque schizophrène dans sa façon d’aborder le scénario et la mise en scène. Parce que clairement, il y a une énorme distance entre l’énergie mise en avant par les deux réalisateurs et la paresse d’écriture du bousin. Il y a un grand écart entre ce que l’on voit et ce que l’on va nous raconter. Si la saga Bad Boys n’a jamais brillé par son écriture et ses scénarios poussés, on est tout de même en droit d’attendre un peu de rigueur et un fond qui justifie le retour du duo. Et là, c’est clairement l’aspect nostalgique qui prévaut sur tout le reste. Car si on jette un œil sur les thématiques abordées, on est sur le vieillissement de deux anciennes gloires des flics qui n’arrivent plus vraiment à suivre la cadence. On va jouer constamment sur le fait que Marcus soit devenu un grand-père et commence à souffrir physiquement (ce pauvre Martin Lawrence semble sortir d’une cure de cortisone), ou encore sur un Will Smith qui essaye d’avoir toujours la classe mais qui doit se teindre le bouc pour paraître plus jeune. Un thème qui aurait pu être intéressant, mais qui manque de prise d’appui et qui se ressasse jusqu’à la lie, au point de devenir un running gag lassant. Et histoire de bien nous faire comprendre que les deux flics souffrent des affres du temps, on les met dans une équipe de jeunes qui manient avec délicatesse les nouvelles technologies.

Le scénario du film tourne complètement à vide. Les relations sont factices, les engueulades entre Marcus et Mike sont pénibles et peinent à venir peindre un sourire sur notre visage. La faute à des fautes de goût presque impardonnables à notre époque. Lorsque l’on est plongé dans des séquences tendues où chacun risque sa peau, on dédramatise l’ensemble avec des blagues potaches, filmées au ralenti et qui n’ont finalement aucun sens. Et si on rajoute à cela que ces blagues jouent sur le vieillissement de ces anciennes gloires, on touche à la grâce de la redite et de la lourdeur. Alors le film tente bien d’autres chemins d’exploration en la personne de Mike (Will Smith). On le met dans une situation délicate, on expose le fait que finalement, il n’a pas vraiment vécu, puisqu’il n’a pas d’enfants ni de femmes, et on essaye vainement, sur la fin, de lui prêter un background que l’on ne connaissait pas. L’intention est louable, cela aurait pu apporter du fond, si ce n’est que tout cela tombe comme un cheveu sur la soupe et manque de cohérence avec les deux premiers métrages. Encore une fois, le scénario n’est pas rigoureux et joue avec de grosses facilités. Facilités que l’on retrouve dans certaines phases inutiles, trompant volontairement le spectateur. A titre d’exemple, la séquence d’ouverture nous prend vraiment pour des cons, et les deux cinéastes vont renouveler l’expérience plusieurs fois dans le film, faisant monter une tension pour un effet roublard qui dessert complètement le métrage.

Néanmoins, le film a aussi de bons côtés et des aspects plutôt réjouissants. En premier lieu, la mise en scène du film est inspirée et les deux réalisateurs belges font étalage de leur talent. Si on retrouve des images iconiques qui font écho aux films précédents, comme ces fameuses sorties de voiture, le duo essaye d’innover et propose des séquences d’action pêchues et vraiment lisibles. La caméra ne part pas dans tous les sens, et les chorégraphies sont plus que corrects. D’ailleurs, l’antagoniste du film est très rapide et ses gestes sont fluides, proposant alors de véritables bastons où l’on ressent les coups. Les gunfights sont aussi bien tournés et l’action est menée tambour battant. Il est difficile de s’ennuyer dans ce film tant le rythme est nerveux et les situations s’enchainent bien. Ensuite, ce qui est intéressant à voir ici, c’est que l’on reconnait la patte graphique des deux cinéastes. Si on a vu Black et Gangsta, on va vite voir leur amour pour les couleurs un peu criardes comme le violent, puisque le film en est rempli. Des néons violets en boîte de nuit, des néons violets sous les motos, de la peinture violette dans le garage où il y a le gunfight. Bref, on discerne rapidement qui est aux commandes et c’est plutôt bon signe. Tout comme il y a une redondance avec la religion et les églises comme lieu de sûreté, chose que l’on voyait déjà dans Black et qui revient un petit peu ici. Du coup, comme on peut le voir, tout n’est pas à jeter dans ce métrage et c’est finalement ce qui en fait son côté un peu double personnalité.

Au final, Bad Boys For Life n’est pas un mauvais film. C’est un métrage qui veut rentrer dans un moule, celui du buddy movie décomplexé avec des vannes à tout va et de l’action bourrine, mais qui alterne les phases sympathiques avec le mauvais goût ambiant. On nous propose une mise en scène plutôt réussie au service d’un scénario relativement indigent et paresseux, et c’est bien dommage. De ce fait, l’ensemble nous semble bien lisse par rapport à l’épisode précédent, qui était vraiment un film de sale gosse, et on aurait presque tendance à garder les mauvais côtés, comme des personnages secondaires peu exploités et un coup de coude à la nostalgie un peu trop forcé. Mais ce serait renier une mise en scène plaisante, des scènes d’action lisibles et un plaisir non négligeable de retrouver ces deux compères. Bref, un film hybride, qui plaira sans aucun doute aux nostalgiques et moins à ceux qui aimeraient bien que parfois, les films d’action décomplexés aient du fond, au-delà de la forme…

Note : 11/20

Par AqME

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