septembre 22, 2020

Luciérnagas – L’Amour Sans Fin

De : Bani Khoshnoudi

Avec Arash Marandi, Luis Alberti, Edwarda Gurrola, Eligio Meléndez

Année : 2020

Pays : Mexique, Grèce, Etats-Unis, République Dominicaine

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Quand Ramin embarque clandestinement sur un cargo quittant la Turquie, il ne s’attend pas à se retrouver à Veracruz au Mexique. Jeune homme gay persécuté en Iran, il espérait pouvoir rejoindre l’Europe. Maintenant qu’il est à l’autre bout du monde, il cherche à revenir en arrière, supportant mal d’avoir laissé derrière lui son petit ami et son passé. Il éprouve des sentiments paradoxaux, oscillant entre la nostalgie
et la découverte d’un nouvel environnement plus clément. Pour gagner un peu d’argent, Ramin enchaîne les petits boulots précaires avec d’autres migrants. C’est là qu’il va rencontrer Guillermo, un ancien membre de gang venant du Salvador, obligé de fuir son pays, unique moyen pour lui d’échapper à son passé violent, avec lequel il noue une relation ambiguë. Ici à Veracruz, ils partagent la solitude de leur déracinement à travers des moments d’intimité inattendus.

Avis :

Le cinéma regorge d’artistes bien souvent passés inaperçus et c’est le cas de Bani Khoshnoudi. Réalisatrice iranienne, elle vit aujourd’hui au Mexique et c’est de là qu’elle réalise ses films. Artiste touche à tout, elle se fait remarquer avec quelques courts-métrages qui lui ouvrent les portes pour passer au long-métrage. « Luciérnegas » est donc son troisième film et c’est aussi le premier film qui jouit d’une sortie en salle chez nous. Découvert par hasard lors du festival Chéries, Chéris, « Luciérnagas » est un film radicalement différent de ce à quoi l’on peut s’attendre, et c’est d’ailleurs en partie ce qui fait le charme du Chéries, Chéris.

Pour son troisième film, Bani Khoshnoudi a décidé de s’arrêter sur un sujet des plus intéressants, le déracinement à travers le parcours d’un migrant iranien arrivé un peu par hasard au Mexique et qui n’a qu’un désir, se rapprocher de chez lui. Film tendre, « Luciérnagas » est aussi un film qui sait toucher son spectateur en s’aventurant loin des clichés qu’on aurait imaginé (là encore une surprise) et même si l’on reste sur notre faim, notamment à cause d’une fin trop brutale et mal amenée, il en demeure un petit moment de cinéma intéressant.

Ramin, la vingtaine, est un jeune homme qui vient de fuir l’Iran où l’homosexualité est sévèrement punie. Alors qu’il pensait aller en Grèce ou en Turquie, le bateau dans lequel il est monté l’a emmené au Mexique, à Veracruz. Aujourd’hui, Ramin est coincé loin de chez lui et ne sait pas comment faire pour retourner vers l’Europe. Survivant comme il le peut, vivant de petits boulots par-ci par-là, Ramin fait des rencontres, tout en gardant pour lui ses secrets…

Qu’est-ce qui fait que l’on se sent chez nous ? Comment vivre loin de ses racines, quand on y est obligé par la force des choses ? Voilà deux des sujets que va aborder Bani Khoshnoudi dans son film. Des sujets que la réalisatrice connaît même très bien, puisque dans un sens, elle s’inspire de ses propres ressentis, elle-même iranienne vivant exilée au Mexique.

Une chose est sûre, quand on repense à « Luciérnagas« , on pense à la richesse et la finesse de son écriture. On sent que cette histoire tient à cœur à la cinéaste et qu’elle y a mis tout ce qui a pu la traverser et surtout elle a fait en sorte que son film résonne le plus possible comme juste, humain et collant à une certaine réalité. Si on remarquera de petites longueurs et des moments où l’intrigue tourne un peu en rond, « Luciérnagas » demeure un joli projet qui sait toucher son spectateur. Le film est aussi simple qu’il est complexe et l’énorme qualité que cette écriture a, c’est que cette histoire de migrant, finalement dans ses questionnements et ses raisonnements, est universelle. Comment ne pas être touché par cet homme qui désire rentrer près de chez lui ? Comment ne pas être touché par cet homme qui découvre les joies de la liberté, même si ces dernières se font dans des circonstances particulières ? On sera aussi touché par la façon dont la réalisatrice parle de l’homosexualité ici. Cette dernière ne définit pas son personnage, ce qui est très bien et son film va plus loin aussi dans ses thématiques, que la romance gay d’un migrant qui fuit l’oppression de son pays. Puis derrière tout ça, le film aborde les errances d’un jeune homme qui se cherche dans un environnement qu’il ne connaît pas, un environnement qui brouille tous ses repères. Le film aborde aussi le poids du secret face aux différentes rencontres que le personnage fait. Comment se révéler dans ces conditions si particulières ? Bref, quand on disait que le scénario est d’une grande richesse et encore, on en garde secret pour ne pas tout révéler.

Si ce portait est si touchant aussi, c’est parce que Bani Khoshnoudi a choisi un acteur très talentueux pour tenir le film sur ses épaules. Un acteur qui est une jolie révélation. Cet acteur, c’est Arash Marandi et autant dire qu’il a su nous conquérir tout du long. On mentionnera aussi Edwarda Gurrola dans la peau de Leti, une jeune femme qui tient un hôtel, et qui est très touchante et à travers elle, là encore, la réalisatrice se permet d’aborder tout un tas de thèmes liés au Mexique d’aujourd’hui, sa pauvreté, son entraide et l’envie de s’en sortir pour la jeune génération.

Mais voilà, malgré tous ces bons points, « Luciérnagas » n’est pas aussi prenant qu’il aurait dû l’être et outre les petits défauts mentionnés plus haut, ce qui abîme un peu la fête, c’est le choix de finir le film ainsi. Bani Khoshnoudi coupe vraiment son film de manière brutale et l’on ressort avec la sensation claire qu’il nous manque quelque chose, qu’il nous manque une fin et pour caricaturer les pensées, on aurait envie de dire qu’on attend la suite et malheureusement, cette suite ne viendra jamais. En sortant de la salle, on est envahi par des sentiments partagés, car le voyage est joli, mais on a vraiment la sensation que la cinéaste n’avait plus de budget et ne pouvait pas aller plus loin et cette sensation agaçante a tendance à prendre le dessus.

« Luciérnagas » est donc un bon film dans un sens. Un film qui présente un joli portrait, qui est parcouru de thématiques importantes et universelles. Tenu par un acteur merveilleux, il est vraiment dommage que le film n’ait pas de fin. Malgré tout, « Luciérnagas » demeure un film à voir, ne serait-ce que pour la façon très réelle et intime que la réalisatrice peut avoir sur la question du chez soi.

Note : 11/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.