Dans l’Abîme du Temps

Auteur : Gou Tanabe

Editeur : Ki-Oon

Genre : Horreur

Résumé :

Certaines choses devraient rester cachées pour l’éternité…
En 1935, au fin fond de l’Australie, le Pr Nathaniel Peaslee recherche avec frénésie les traces d’une civilisation inconnue. Il ne comprend pas pourquoi, mais il connaît ces lieux, comme si un autre avait implanté des souvenirs en lui. Il sait que quelque chose d’aussi mystérieux que terrifiant se tapit, là, dans les profondeurs du sable du désert…

Son monde a été chamboulé près de 30 ans plus tôt. À l’époque, il enseigne à la prestigieuse université de Miskatonic. Il mène une vie paisible, entouré de sa femme et de ses enfants… jusqu’au jour où il s’effondre en plein cours. À son réveil, personne ne le reconnaît. Il a toujours la même apparence, mais semble avoir perdu la raison ! Il parle un dialecte inconnu et se comporte comme un étranger. Pire, il se prend de passion pour les sciences occultes, allant même jusqu’à se plonger dans l’étude du Necronomicon, ouvrage maudit entre tous…

Avis :

Les maîtres de l’horreur sont nombreux dans la littérature. Si certains sont toujours d’actualité comme Stephen King ou encore Graham Masterton et Dean Koontz, certains sont décédés depuis belle lurette, mais leurs œuvres continuent de hanter l’imaginaire collectif. Dans ce domaine, le roi, c’est H.P. Lovecraft. Homme plutôt détestable de son vivant, il décèdera dans la misère et ses écrits connaîtront un véritable souffle lorsqu’il ne sera plus de ce monde. Mais la question qu’il faut se poser sur les œuvres de Lovecraft, c’est en quoi aujourd’hui, passionnent-elles encore ? C’est bien simple, elle possède un potentiel graphique immense et intarissable. Entre un univers sombre et glauque, une ambiance désespérée et des grands anciens presque impalpables, il y a de quoi laisser libre cours à son imagination et laisser parler sa créativité. Et des auteurs comme François Baranger ou encore Gou Tanabe en font leurs choux gras avec un immense talent. Et aujourd’hui, on va s’arrêter un petit peu sur le mangaka qui nous avait déjà laissé un somptueux ouvrage avec Les Montagnes Hallucinées, en deux tomes, chez Ki-Oon, et qui revient avec Dans l’Abîme du Temps, un one-shot dense et certainement plus difficile d’accès.

Comme tout bon Lovecraft qui se respecte, cela commence avec un homme qui semble obnubilé par une cité titanesque perdue dans le désert d’Australie. Manquant se faire mal, l va alors rentrer au camp et écrire une longue lettre qui sera le récit de sa vie, de ce qui s’est passé avant, tentant ainsi d’expliquer à son fils son comportement et son obsession. On va alors subir un flashback important, présentant la famille du Dr Peaslee, montrant que c’est un mari aimant et un professeur d’économie réputé. Mais il fait un malaise en cours et se réveille cinq ans plus tard. Divorcé, avec un seul et unique enfant auprès de lui, il va remonter le temps de ces cinq ans et découvrir ce qu’il a fait pendant tout ce temps qu’il semble avoir oublié, et où seules des bribes lui reviennent en tête lorsqu’il s’endort. Cette première partie, très courte, sert surtout à poser un contexte étrange, lugubre, qui a détruit la vie d’un homme en seulement cinq ans. Le cadre n’est pas sans rappeler L’Affaire Charles Dexter Ward. Ici, on va vite se rendre compte que pendant cinq ans, son corps fut habité par une race étrange qui voyage à travers le temps. Malgré son aspect incongru et rapide, cette première entame fait son effet, et donne envie de continuer plus loin l’aventure.

En effet, lorsqu’il va découvrir son quotidien et mener des recherches sur des cas similaires, il va, sans s’en rendre compte, découvrir l’existence d’une race supérieure, dont les vestiges lui semblent juste être le fruit de son imagination. C’est à partir de là que le délire purement lovecraftien va prendre. On aura des indices sur le mode de vie de ces créatures cyclopéennes, on aura même droit à une raison à prendre le corps de certaines personnes durant le temps et on aura même droit à une pointe d’histoire concernant cette race. Ces passages éthérés et étranges côtoient alors le quotidien du Dr Peaslee, qui se perd dans les recherches et dans les livres, délaissant son fils, fidèle, qui s’occupe de lui. La construction de cette partie, qui est la plus longue, varie en intensité, se fait parfois répétitive et fort heureusement, Gou Tanabe nous rattrape avec son style particulier, et surtout ses grandes planches qui rendent hommage à l’imaginaire débridée de Lovecraft. Néanmoins, le dessin demeure inégal. Certaines visages sont complètement loupés, beaucoup trop longs, et ce n’est pas une déformation voulue pour montrer la folie du héros, c’est vraiment un défaut. Alors oui, cela n’impacte pas la lecture, mais on s’interroge sur ces choix parfois douteux.

Enfin, la troisième partie rejoint le début du manga, mais fait aussi un lien avec Les Montagnes Hallucinées. En effet, une expédition est alors lancée en Australie, et le Dr Peaslee va se faire aider par le Dr Dyer, celui-là même qui a trouvé la cité en Antarctique. Le duo ne se confrontera pas vraiment, ni ne s’entraidera, puisque le Dr Peaslee, porté par sa folie, va découvrir la cité tout seul, et va échapper à une entité monstrueuse par le doux fruit du hasard. On est clairement dans la partie horrifique, qui se déroule assez vite, et qui est très efficace grâce aux aplats noirs du dessinateur et à une volonté de créer de nombreuses zones d’ombre. Ici, ce qui prévaut, c’est l’ambiance, pas l’action, et cette immersion fonctionne très bien ici, avec un homme, tout petit, dans un décor gigantesque, venteux, froid et inamical. La mise en page permet de poser une ambiance glauque à souhait, presque morbide et il n’y a point besoin d’en faire des caisses pour créer un certain effroi. D’autant plus que cela concerne le personnage qui raconte l’histoire, que l’on suit depuis le début, et on n’a pas forcément envie qu’il lui arrive quelque chose. De ce fait, le moindre danger apparait comme une menace potentielle. Bref, c’est sensiblement bien fait, ajouter du grain au dessin pour rendre le tout très palpable, très minéral.

Au final, comme pour Les Montagnes Hallucinées, Dans l’Abîme du Temps est un manga qui ne se laisse pas facilement apprivoiser. Très dense dans sa lecture, très exigeant dans sa compréhension et très perché dans son histoire, le manga permet de rendre plus accessible un récit pas si évident à mettre en images, tout en gardant le pessimisme propre à Lovecraft. Si c’est peut-être moins profond que la première adaptation, cela n’en reste pas moins très qualitatif et un bel hommage à un écrivain qui n’aura jamais connu la gloire de son vivant.

Note : 17/20

Par AqME

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