Ichi

De : Fumihiko Sori

Avec Haruka Ayase, Takao Osawa, Shido Nakamura, Yôsuke Kubozuka

Année : 2008

Pays : Japon

Genre : Action, Historique

Résumé :

Dans le Japon médiéval, la jeune Ichi, aveugle de naissance, gagne sa vie en jouant de la musique. Également experte en arts martiaux, la jeune femme est à la recherche de son père, qui lui a appris à manier le sabre. Le jour où elle sauve la vie d’un samouraï, ce dernier lui avoue avoir connu ses parents…

Avis :

Fumihiko Sori n’est pas un nom très connu dans le septième japonais. Il faut dire que le garçon commence sa carrière en 2002 avec Ping Pong et se spécialise dans l’animation avec Vexille en 2007. Ce n’est que l’année d’après qu’il signe son premier film live, avec Ichi, un métrage qui reprend le mythe de Zatoichi, le samouraï aveugle, mais en version féminine. Un mythe déjà adapté moult fois au cinéma et dont la dernière trace remonte à 2003 avec le film de Takeshi Kitano, ayant remporté le lion d’argent au festival de Venise. Un défi de taille pour le tout jeune réalisateur qui aujourd’hui est plus connu pour la catastrophe industrielle qu’est la version live de Fullmetal Alchemist sur Netflix. Mais cela est un autre débat et ce qui nous intéresse aujourd’hui est clairement Ichi, film d’action se déroulant dans un Japon féodal ou deux clans s’affrontent pour l’hégémonie d’une petite bourgade alors qu’une femme aveugle recherche désespérément son ancien mentor.

Dès le départ, le film ne cache pas sa filiation au mythe de Zatoichi. Déjà l’héroïne se nomme Ichi et elle manie le sabre comme le célèbre samouraï masseur. Mais ce n’est pas tout. Le film va s’amuser avec diverses références, se posant parfois comme un remake, notamment lors de scènes cultes qui sont reprises ici, comme les paris lors des jeux de dés, ou encore lorsque cette jeune femme aveugle montre ses talents de bretteuse pour sauver une âme charitable. On retrouvera le duo héros/sidekick rigolo, mais ici l’acolyte prendra plus d’ampleur, jouant avec un quiproquo et ayant un réel background, suffisant pour nous toucher lors du final. Ainsi donc, Ichi sera en quelque sorte une sorte de remake plus ou moins caché, qui va transformer l’homme en femme, doublant presque le handicap, puisque être une femme dans le Japon médiéval, qui plus est en haillons, n’est pas une chose facile et les viols sont presque monnaie courante. Le film débute d’ailleurs par une séquence assez explicite là-dessus, où les femmes sont des victimes alors que les hommes peuvent sévir en toute impunité.

Le film va contenir beaucoup de choses en substance. La place de la femme dans la société, l’image qu’elle renvoie aux hommes comme étant quelqu’un de faible et de chétif, mais aussi la quête d’un passé révolu, tout s’entremêle au sein d’une histoire finalement simple, la lutte de deux clans pour une ville. La quête d’Ichi va la mener au sein de ce conflit et son acolyte, Toma, va devoir y prendre part à la suite d’un quiproquo qu’il accepte pour de l’argent. Le scénario va alors jouer de cet égarement pour approfondir l’histoire de ce sidekick à la fois drôle et très attachant. En effet, s’il est l’apport humoristique du film, le réalisateur n’oublie pas de lui donner un arc narratif et un vrai background. Ainsi, on verra à travers lui les combats intérieurs qu’il doit mener pour dégainer son sabre, réminiscence d’un passé qu’il souhaiterait oublier. Les antagonistes ne seront pas en reste, avec des ronins sans foi ni loi qui ont, eux aussi, un passif assez lourd. Moins travaillé que les autres personnages, le méchant du film reste intéressant dans sa démarche et dans son rire sardonique qui sent le jeu forcé à plein nez. Pour autant, cela fonctionne à merveille et on va détester cet homme avide de pouvoir et de vengeance par rapport à son physique ingrat.

Mais ne nous leurrons pas, le film est tout de même moins bien que celui de Takeshi Kitano. Cela tient à peu de choses, mais les arcs narratifs des divers personnages sont tout de même moins pertinents que ceux dans le film de 2003. Les protagonistes sont moins forts, les thématiques moins percutantes et la mise en scène force beaucoup plus sur l’aspect western de la chose. Les plans sont parfois un peu grossiers, comme celui de la botte de paille qui virevolte au vent avant le duel dans la ville. Il manque au métrage une véritable patine, une identité visuelle forte pour marquer le spectateur. Si les combats sont parfaitement mis en scène, il manque un peu d’impact et de violence. Certes, le sang ressemble maintenant à du sang et plus à des giclées de pixels, mais il manque une certaine grandiloquence dans le gore. On aura droit à un bras coupé, c’est peu de chose et pourtant, les combats au sabre sont plutôt épiques. Bref, on sent qu’il manque au film une vision d’auteur, d’artiste qui prend des risques, et c’est dommage. Car non seulement les acteurs sont relativement bons, mais Haruka Ayase bouffe tout l’écran de son charisme et de sa beauté. Elle investit son rôle à pleines mains et délivre une belle prestation qui mérite le coup d’œil.

Au final, Ichi, la Femme Samouraï est plutôt une bonne surprise pour un réalisateur plutôt habitué aux images de synthèse. Sans être révolutionnaire ou au-dessus de l’œuvre de Kitano, le film est très attachant grâce à un duo qui fonctionne bien et des acteurs investis au sein d’une histoire qui a du sens et du fond. Il est juste dommage que la mise en scène manque d’envergure et de partis pris afin de rivaliser avec le film dont elle s’inspire. Néanmoins, il en résulte un spectacle fort plaisant, féministe avant l’heure et qui roule de façon autonome. Bref, c’est plutôt bien.

Note : 15/20

Par AqME

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