octobre 24, 2020

1917 – La Guerre en Plan-Séquence

De : Sam Mendes

Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott

Année: 2020

Pays: Angleterre, Etats-Unis

Genre: Guerre

Résumé:

Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

Avis :

C’est la première grosse claque de 2020. Sam Mendes, le réalisateur des deux derniers James Bond, est de retour avec son nouveau film : 1917. Un film de guerre avec la particularité d’être entièrement tourné en plans séquences. Une prouesse technique saluée par la critique puisque le long métrage comptabilise dix nominations aux Oscars. Critique.

Une technique remarquable

Ne tournons pas autour du pot. 1917 est incontestablement une réussite technique, et est voué à devenir un grand film de cinéma. Aucun souci sur ce point. C’est une descente aux enfers brillante pendant la Première Guerre Mondiale. Sam Mendes, via son plan séquence, place le spectateur au plus près de l’action, de la violence et des atrocités de la guerre. Il justifie ainsi ce procédé technique pour plus de réalisme et d’immersion, pour servir son propos et ses images. Et ça fonctionne à la perfection. Le cinéaste offre des instants visuels à couper le souffle. Sam Mendes propose une mise en scène réfléchie, pensée en amont. Son plan séquence est extrêmement intelligent. Il joue avec sa caméra, lui donne des angles intéressants, et a de véritables idées de mise en scène, et ce dès l’introduction de son film. Forcément, 1917 est composé d’énormément de travellings avant, pour placer le spectateur comme témoin de l’action, comme accompagnateur du protagoniste. Mais régulièrement, le réalisateur parvient à jouer habilement avec son décor et ses figurants pour modifier son angle de caméra ou sa valeur de plan. Alors que la caméra suit le personnage, avec brio Sam Mendes trouve des idées logiques pour la faire passer devant, ou sur le côté, ou en plongée, bref, offrir un nouveau point de vue. C’est dans cette habilité extrêmement fluide à modifier la vision du spectateur que Sam Mendes dévoile toute sa maîtrise et son talent.

Mais si le plan séquence est donc le point fort de 1917 c’est également parfois sa limite. C’est parfois une contrainte technique qui oblige le cinéaste à rester dans le même rythme, dans une même continuité. Le plan séquence restreint son récit à un seul personnage. Certains diront alors que 1917 est de l’esbroufe, que c’est un film mécanique qui n’existe que par son plan séquence justement. Qu’il s’agit finalement d’un film qui n’a pas grand-chose à raconter, et qui se limite à une coquille vide technique. Parfois, ce sentiment peut envahir l’esprit critique du spectateur. Mais c’est une sensation très rapidement effacée par une narration qui se marrie parfaitement avec le plan séquence.

Un récit poignant

Parce que le plan séquence légitime le récit, il lui donne sa saveur et sa logique. Sam Mendes, via ce procédé, prend le parti pris de suivre uniquement les déboires du caporal Schofield, par ailleurs brillamment interprété par George MacKay. Se met alors en place un véritable survival. Une guerre dans la guerre. Celle de ce caporal qui doit affronter l’enfer au sens propre pour mener à bien sa mission qui est à la fois politique et humaniste. Le plan séquence devient alors totalement crédible. Le récit suit ce pion sur l’échiquier, suit ce récit puissant, représentation de la guerre au sens large mais aussi au sens intime, au sens personnel. 1917 est alors un film à double lecture, un film qui raconte beaucoup avec peu, avec seulement un plan séquence. Une histoire qui marie la performance humaine et personnelle et la destruction sociale et militaire.

Puis vient la conclusion. Un final d’une puissance émotionnelle rare. En plus de proposer des ressorts émotionnels d’une force inédite, Sam Mendes vient conclure son plan séquence. Il vient offrir une double conclusion : celle de son histoire et celle de son plan séquence. Il vient boucler la boucle, vient offrir un plan final qui répond au plan d’ouverture. Une relation de début à fin extrêmement maligne, qui vient expliquer que ce plan séquence est utile, puisqu’il raconte la course effrénée et éreintante du personnage. Une course contre la montre qui se conclue dans un sprint final incroyable, qui prend aux tripes, et qui légitime encore une fois le procédé technique. Et c’est à ce moment précis que 1917 atteint la quintessence de son écriture et de sa réalisation, parce que les deux se marient à la perfection, trouvent l’instant de grâce qui justifie le plan séquence comme outil à l’histoire, et non pas seulement comme une technique prétentieuse et illusoire. Bravo Sam Mendes, tu viens de réaliser le premier chef-d’œuvre de cette année 2020.

Note : 17/20

Par Aubin

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