octobre 30, 2020

Show Stopper T.01 – Hayley Barker

Auteure : Hayley Barker

Editeur : Bayard Jeunesse

Genre : Dystopie

Résumé :

Londres, 2045.
La société est divisée en deux clans.
Les Bâtards, réduits à l’état d’esclaves, n’ont aucune valeur.
Les Purs forment l’élite qui a accès à tous les privilèges.
Le Cirque de l’horreur est leur divertissement préféré. Ils attendent avec délectation l’accident mortel qui leur procurera le grand frisson.
Ben, fils de ministre, assiste à sa première représentation et tombe sous le charme d’Hoshiko, la funambule star du spectacle. Mais derrière l’éblouissement et le faste de l’arène, il découvre l’horreur. Trouvera-t-il le courage de résister pour mettre fin au carnage?

Avis :

Les dystopies continuent d’éblouir pour cette fin d’année, avec des sorties toujours plus étonnantes les unes que les autres, sur des thèmes variés, mais qui restent, pour beaucoup, dans des lignes scénaristiques peu innovantes, qui ne surprendront pas les habitués du genre. Show Stopper fait partie de ces titres dystopiques, d’abord plutôt écrits pour des adolescents, même si les adultes y trouveront également leur compte. Le thème du Cirque, qui fait son entrée dès la couverture dorée et rouge, happe le lecteur qui découvre un univers fascinant, auréolé d’une atmosphère magique et mystique. Mais aussi terrifiante.

Show Stopper constitue effectivement une lecture qui nécessite de la prudence quant aux esprits sensibles, étant donné les scènes violentes et le goût du sang, de la mort qui plane au-dessus de tout le roman. Ces passages durs et froids apportent une part de réalisme inattendue, qui se marie parfaitement avec les tragédies décrites dans le récit. Cela marque le lecteur.

Les messages du roman prennent alors toute leur importance, leur dimension politico-sociale se voit exacerbée ; le lecteur souhaite ardemment que le système change, avec la même émotion contenue des personnages principaux. Devant les horreurs auxquelles on assiste, le lecteur empathique a du mal à lâcher le roman, surtout une fois arrivé aux dernières cent pages, qui accélèrent l’aventure et posent un suspense dramatique. Nos héros s’en sortiront-ils ? Parviendront-ils à vivre la vie qu’ils méritent ? Réchapperont-ils au triste avenir auquel ils semblent destinés ? Show Stopper sait jouer avec nos émotions, désamorçant certaines situations, quand il en laisse couler d’autres pour accentuer l’horreur de passages clés.

La course-poursuite finale est séduisante. Ni trop courte, ni trop longue, elle est bien rythmée et permet à d’autres personnages secondaires d’avoir un rôle plus important. Alors que nos héros essaient d’échapper à leurs poursuivants, ils traversent des parties du Cirque que le roman n’avait pas montrées auparavant. Alternant entre la magie du spectacle, l’ignominie des numéros proposés et le caractère stressant de la poursuite, le lecteur ne sait plus où donner de la tête. Les images qui défilent dans son esprit, à la fois poétiques et glauques, perturbent et fascinent à la fois. Show Stopper joue sur plusieurs tableaux et cela fonctionne très bien, mélangeant la magie et l’horreur dès que cela est possible.

La lecture est fluide, rapide, sur un rythme des plus agréables, avec deux narrateurs attachants que l’on suit avec plaisir, et dont les voix s’alternent constamment. Les chapitres courts permettent une accélération de l’intrigue évidente, même si l’on se perd parfois, ne sachant plus qui nous parle.

Ben, diminutif de Benedict, est un jeune homme qui est naît parmi les Purs, la caste privilégiée de ce monde futuriste, au progrès social déclinant. Il vit avec des idées qu’il ne prend pas le temps d’analyser, ou qu’il ne cherche pas à comprendre. Sa vie riche lui procure tout ce dont il rêve. D’un caractère à première vue plutôt passif, Ben évolue de manière étonnante dans ce roman, troquant son masque « mignon » pour un déguisement plus coriace, qui gagne en crédibilité avec le temps. Le lecteur attentif ne peut rester insensible face à la douceur infinie qui ne cesse de se dégager de ce personnage, qui n’a jamais connu que les bons côtés de la vie. Pur aussi bien au nom de la loi que dans son cœur, Ben porte des idéaux de justice certes un peu simplistes, mais rafraîchissants dans un univers à ce point sombre et décadent.

De l’autre côté, Hoshiko reste plus terre à terre, même si la jeune femme espère que sa situation s’arrangera. Née Bâtarde, de la caste négligée par la société, elle réalise des prouesses sur son trapèze depuis son plus jeune âge, notamment à cause d’entraînements intensifs et d’un moral d’acier, et risque sa vie à chaque représentation, pour un patron de Cirque imbu de lui-même. On l’imagine voltigeant, sans aucune protection, et avec toute la grâce que ses gestes induisent. Elevée à la dure, elle ne supporte pas les Purs qui restent tous des vermines à ses yeux. Sa rencontre avec Ben va tout changer. Comment un Pur pourrait-il s’inquiéter pour sa vie ? Comment croire à ce qu’un Pur soit finalement différent des autres de sa caste ? Comment croire au fait qu’il déteste la violence, alors que ses comparses espèrent à chacun de ses numéros qu’elle meure de manière spectaculaire ?

Silvio, le patron du Cirque, est un personnage secondaire à la psychologie intéressante, qui espère se faire accepter par les Purs parce qu’il sait comment les divertir, tout comme le sont les figures de Greta et Amina, deux jeunes artistes de talent, encore innocente pour l’une, et bien plus abîmée pour l’autre. Chacun aura son utilité et un message à passer. Tous les autres personnages demeurent bien écrits, utiles à l’histoire et restent dans les esprits longtemps après la fin.

Les personnages sont charismatiques à souhait, forts, notamment en ce qui concerne les Bâtards qui luttent constamment pour leur vie. Les autres Purs sont des caricatures d’eux-mêmes, que l’on méprise dès les premiers instants passés avec eux. Le cœur du lecteur balance peu et se range rapidement du côté des Bâtards. Ce côté manichéen est dommage dans un univers aussi complexe qui aurait mérité plus de nuances. Ben aide à ce que celle-ci s’installe, mais il porte le fardeau seul.

La situation décrite par l’auteure a tout d’un futur probable, où les migrants seraient accusés de tous les maux de la population, et laissés à l’écart. Ce constat triste donne à la lecture une dimension particulière, qui amène le lecteur à se poser de nombreuses questions.

L’histoire d’amour que l’on devine se construit de manière étonnante, non sur des mots mais grâce à des émotions, des sensations. Les personnages n’ont pas besoin de communiquer pour comprendre qu’ils sont liés, qu’ils se ressemblent et qu’ils veulent se battre contre les mêmes choses. Cette manière de faire atypique pourra déplaire à des lecteurs à la logique rationnelle. Cependant, cela marque bien le fait que le roman souhaite jouer sur les émotions, celles des lecteurs comme celles des personnages.

Le scénario n’étonne pas vraiment, on se laisse tout de même emporté dans cet univers grâce à la magie du Cirque, des personnages attachants, un suspense bien calculé, des scènes à la fois terrifiantes et fascinantes, et une atmosphère originale.

Show Stopper est un début de dystopie qui annonce une suite, voire une trilogie qui cherchera à combattre le système établi, une conclusion classique du genre. Il est à espérer que l’histoire soit plus innovante à l’avenir, car la magie du Cirque ne marchera sans doute pas une seconde fois.

Note : 16/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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