mars 2, 2021

Kundo

Titre Original : Kundo : Min-Ran-Eui Si-Dae

De : Yoon Jong-Bin

Avec Ha Jung-Woo, Ye-Ri Han, Dong-Won Gang, Hae-Suk Kim

Année: 2014

Pays: Corée du Sud

Genre: Historique, Drame

Résumé:

Alors que les catastrophes naturelles à répétition provoquent famines et épidémies, les mauvaises récoltes amènent les nobles du Royaume à exploiter le peuple qui s’insurge. Ceux qui sont capturés sont exécutés, les autres fuient dans les montagnes où ils deviennent des hors la loi prêts à se battre pour rétablir la justice…

Avis :

À bien des égards, le cinéma coréen reste une valeur sûre en matière de thrillers, de polars et de films de gangsters. Des œuvres telles que The Chaser, J’ai rencontré le diable ou encore Old Boy sont parfaitement représentatives d’une réalisation exceptionnelle et d’un sens de la narration unique. Pour ces exemples et d’autres productions, ce qui apparaît de prime abord comme une intrigue simpliste débouche sur des considérations surprenantes et percutantes. En revanche, on peut déplorer une distribution internationale aléatoire et capricieuse pour d’autres genres. C’est notamment le cas des films historiques qui ne bénéficient pas du même rayonnement que les productions chinoises ou nippones dans nos contrées.

Aussi, Kundo semble être une exception qu’on aimerait voir se généraliser pour d’autres projets asiatiques. Profitant d’un succès « sans précédent » au box-office coréen, le film de Jong-bin Yoon, déjà responsable de Nameless Gangster et The Unforgiven, dispose d’une réputation qui a largement dépassé les frontières de son pays d’origine. Cet engouement, on ne le doit pas uniquement à la volonté de dépeindre une période trop rarement exploitée dans le septième art, ni même aux consonances folkloriques du scénario. La véritable singularité du présent métrage est de faire preuve de syncrétisme dans des influences aussi diverses qu’inattendues.

De par sa bande-son évoquant l’œuvre mythique d’Ennio Morricone, il est difficile de ne pas voir en Kundo un vibrant hommage aux westerns spaghettis, en particulier ceux de Sergio Leone. Certes, les armes à feu et les fusillades sont plutôt rares. Il n’en demeure pas moins que les chevauchées, les confrontations emblématiques entre les protagonistes et l’atmosphère générale renvoient à l’âge d’or du genre. Un premier contraste qui détonne réellement au pays du Matin calme. Dans un contexte différent, la croisée des cultures et des influences cinématographiques rappellent Sukiyaki Western Django, ainsi que l’exubérance et la générosité du cinéma de Quentin Tarantino. Autre référence flatteuse dont Kundo ne se cache guère.

Afin de compléter le tableau, Jong-bin Yoon parfait son œuvre en y insufflant un soupçon de wu xia pan et de chanbara. Deux styles que l’on peut considérer comme les films de cape et d’épée asiatiques, respectivement chinois et japonais. Avancée comme cela, la démarche peut sembler folle puisque la démesure de ses ambitions côtoie un aspect ultra-référentiel dans une intrigue aux fondamentaux basiques. Et c’est peut-être dans cette simplicité que l’alchimie fonctionne. Au lieu de jouer sur la disparité des influences, le scénario s’accapare des éléments épars pour développer sa propre image au cœur même de la Corée du XIXe siècle.

À ce titre, la période historique met en exergue une hiérarchisation politique aussi implacable qu’inégalitaire. Si la question de légitimité d’un héritier renvoie à des valeurs universelles, certains détails sont expliqués aux profanes occidentaux pour saisir la subtilité de certains comportements ou du contexte. On songe au « scalp » des chignons qui vient à annihiler le statut et la position sociale d’un individu. D’un point de vue extérieur, ces séquences, comme d’autres, procurent de véritables moments iconoclastes. Là encore, il est assez déconcertant de faire face à des situations légères, voire humoristiques, puis de s’insinuer dans des considérations dramatiques assez sombres et nihilistes. Une approche assez récurrente en Corée qui se vérifie surtout auprès des films catastrophe, comme Tunnel ou The Last Day.

Formidablement chorégraphiés et usant d’un arsenal varié, les combats font bien souvent office de transition entre ces émotions contradictoires, voire antinomiques, dans ce qu’elles sous-tendent par la suite. Malgré l’énergie et les efforts déployés pour fournir un divertissement de premier ordre, le ton reste foncièrement manichéen afin de mieux accentuer le clivage entre les nantis et les roturiers. L’exploitation outrancière du peuple, la tyrannie du « dirigeant » et les pérégrinations d’un groupe de bandits au grand cœur qui redistribue les richesses après les avoir volés renvoient inévitablement à l’histoire de Robin des Bois. À la différence prête que le protagoniste passe par une phase de rédemption avant de nourrir une vengeance toute personnelle, la structure narrative présente de nombreuses similarités avec son modèle occidental.

Derrière ses atours de « western coréen », Kundo ne démérite pas pour fournir un spectacle nerveux, empreint d’une grande rigueur dans sa reconstitution historique. Le film de Jong-bin Yoon se distingue par un mélange des genres qui fonctionne plutôt bien, et ce, en dépit de quelques errances scénaristiques et sa tonalité parfois trop dualiste et pas assez nuancée. On retiendra surtout des personnages charismatiques à la caractérisation soignée, ainsi que des affrontements parfaitement maîtrisés dans leur mise en scène et leur orchestration. Un style cinématographique singulier au service d’un résultat percutant et parfaitement assumé pour ce qui a trait à ses nombreuses influences.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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