décembre 5, 2020

Thérapie du Crime – Sophie Jomain et Maxime Gillio

Auteurs : Sophie Jomain et Maxime Gillio

Editeur : J’ai Lu

Genre : Policier

Résumé :

Alice Rivière est une psychologue peu conventionnelle. L’incongruité, c’est son truc. Elle ne fait rien comme personne et c’est même la raison pour laquelle on vient la voir. D’ailleurs, si elle pouvait parler de ce qu’on lui confie lors de ces séances, elle aurait des centaines d’histoires à raconter.
Mais la discrétion est une règle d’or. Une règle fortement ébranlée par la réapparition du commandant Xavier Capelle qui vient lui soutirer des informations sur un de ses patients.
Encore faudrait-il qu’elle accepte de l’aider et qu’elle lui pardonne l’humiliation subie seize ans plus tôt.
Et pour ça, il peut toujours courir…

Avis :

Sophie Jomain et Maxime Gillio réitèrent l’expérience d’une écriture à quatre mains, et le pari en demeure plutôt réussi. En 2016, pour la série géniale de Sophie Jomain, intitulée Felicity Atcock, et dont les critiques des tomes cinq et six sont présentes sur le site, les deux écrivains avaient collaboré dans l’écriture d’une nouvelle rafraîchissante. Avec le ton déjà humoristique de la série, et l’apport cru et croustillant du personnage interprété par Maxime Gillio, un zombie déluré et dégoutant, la nouvelle avait marqué les esprits par son côté comique unique et ses actions complètement dingues.

Thérapie du crime, bien que reprenant cette idée opposant deux personnages aux visions complètement différentes, reste malheureusement bien moins drôle. Le lecteur se rappelant la nouvelle fantastique Les anges ont la mort aux trousses d’il y a trois ans, se verra ainsi déçu par la tournure du roman. Les personnages de Xavier Capelle et d’Alice Rivière constituent des personnalités certes complexes, intéressantes à suivre et en proie aux conflits, mais restent plus sérieux que ce à quoi les auteurs nous avaient habitués auparavant.

Les tons employés reprennent en effet les codes des enquêtes policières, comme les descriptions plus pointilleuses des cadavres qui se veulent détaillées, ou les enchaînements de pensées agités qui cherchent à dégager le vrai du faux en usant de logique et de raisonnements concrets. L’histoire est cohérente, plausible et s’ancre pleinement dans la réalité. Les côtés humoristiques et absurdes sont mis de côté, au profit d’une enquête haletante et efficace, qui nous offre à découvrir la ville de Lille d’une nouvelle manière.

Malgré un ton plus à même de plaire aux lecteurs de thrillers, certains points amusants rappellent tout de même le talent que les deux écrivains possèdent pour créer des situations aussi étranges qu’improbables. Par exemple, les clients de la sexologue Alice Rivière apportent quelques portraits et situations incongrus, voire étonnants. Les surnoms que la jeune femme affuble à ses patients sont accrocheurs et permettent de s’imaginer à loisir leurs différents passe-temps coquins. Du côté de Xavier, on retrouve l’usage de quelques termes crus at abrupts, qui lui vont bien, et qui donnent de l’ampleur au personnage, qui lui donnent de la crédibilité.

De plus, le lien qui unit les deux personnages principaux s’avère original, amenant avec lui son lot de souffrances passées et futures. Thérapie du crime constitue un thriller passionnant, duquel il est difficile de décrocher, même si le ton proposé peut décevoir les habitués, au départ. Les choix scénaristiques qui se dessinent apportent des passages durs, douloureux et délicats. Les notes positives se font finalement rares. Les deux héros possèdent chacun leur lot de soucis, tant au niveau familial que personnel, qui troubleront les lecteurs aux vies similaires.

Xavier et Alice semblent ne rien avoir en commun, et pourtant. Leur passé trouble remonte rapidement à la surface, quand un des patients d’Alice se retrouve dans la ligne de mire de la police. La jeune femme se prend alors à douter de ses capacités psychanalytiques, de ses dons de thérapeute et perd confiance en elle. Comment peut-elle ne rien avoir vu ? De l’autre côté, Xavier reste persuadé, au grand damne de ses collègues policiers, que cette affaire n’est pas isolée et qu’il peut la relier à d’autres. Un homme persévérant et têtu, contre une femme encore plus tête de mule, et qui ne souhaite pas se laisser faire.

Leur relation, aussi bien professionnelle qu’intime, s’avère électrique et donne toute sa force au récit. Le lecteur s’attache à ces deux héros meurtris par la vie, qui se cherchent désespérément et qui espèrent élucider cette sinistre histoire à tout prix. Leur environnement proche ressent toute l’animosité qui existe entre eux et pâtit de leur nouveau passe-temps de détectives à plein temps. L’enquête avance à un rythme régulier et satisfaisant, et la vie personnelle palpitante des héros évolue dans le même temps. L’écriture à quatre mains ne se ressent pas du tout, et les pensées féminines, comme masculines, apparaissent comme réalistes, crédibles et cohérentes. Les personnages prennent littéralement vie sous nos yeux, grâce aux points de vue des deux auteurs sur la question.

La fin, comme les différentes phases de la mission, manquent de surprise. C’est dommage. Le coupable, plutôt vite identifié, ne change pas par la suite de l’histoire, et le lecteur a du mal à croire qu’il ne soit finalement pas impliqué, étant donné toutes les preuves qui finissent par tomber contre lui. Le suspense reste ainsi peu présent, notamment dans la seconde partie. Heureusement, les héros se retrouvent dans des situations compliquées, ce qui permet à de la tension de s’installer. Par ailleurs, l’histoire d’amour que le lecteur sent venir à des kilomètres, est bien écrite et tombe loin des clichés.

Thérapie du crime nous fait passer un excellent moment, grâce à une histoire plaisante et à des personnages attachants. L’enquête et les péripéties associées faillissent quelque peu dans leur originalité, mais captivent assez pour que l’on ait envie de terminer le livre. Le duo fonctionne à merveille, aussi bien sur le terrain que dans leur intimité. Plus d’humour aurait été cependant bienvenue.

Note : 13,5/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.