octobre 29, 2020

Animae Symphonia – Nicolas Bonin

Auteur : Nicolas Bonin

Editeur : Stories by Fyctia

Genre : Fantastique

Résumé :

La musique est une chose sérieuse, Monsieur Bardos. Elle permet de soulever les rochers, charmer des animaux et même remonter le temps ! Au lycée de Montgimel, on ne plaisante pas avec la musique… et pour cause ! Pour qui sait la maîtriser, la musique est une forme de magie ancienne et puissante. Le jeune Stéphane Bardos rêve juste d’être une Rockstar pour séduire la belle Yseult. Avec son pote Jean, il veut monter un groupe de Rock alternatif. Le soir du concert de rentrée, alors qu’il garde les instruments, Stéphane découvre une étrange guitare et se retrouve face à une mystérieuse forêt, peuplée d’animaux étranges. Qui a ouvert ce passage ? Quel est le lien entre ces créatures étranges et les lycéens ?

Avis :

Animae Symphonia nous embarque dans une aventure palpitante, aux accords de guitare endiablés et aux sonorités variées. Pour apprécier davantage ce roman, l’idéal serait d’écouter les morceaux proposés par l’auteur, indiqués dans chacun des titres de pas moins de quatre-vingt-seize chapitres. Les musiciens ou les passionnés de musique y trouveront leur compte, notamment dans toutes les références établies le long de la lecture, dans la passion qu’éprouve le personnage principal pour les gammes ou dans l’utilisation magique des ondes sonores dans ce roman. Nicolas Bonin nous offre un univers original, lié à de la mythologie celtique, qui donne une toute autre dimension au récit.

Souvent trop courts, les différents chapitres ne possèdent pas tous le même rythme. Certains s’enchaînent directement, quand d’autres passent sous silence plusieurs heures, plusieurs secondes, plusieurs jours ou plusieurs semaines. Un peu décousu, les enchaînements perturbent quelque peu au départ, ne sont pas faciles à suivre, même si l’on finit par comprendre les volontés de l’auteur, et par s’habituer à cette manière de faire qui pourrait rappeler des suites musicales.

Toutes les références des titres ne sont pas reprises dans l’histoire, ce qui est plutôt dommage pour un roman de cet acabit, et ce qui amène à penser que les titres des chansons ont principalement été choisis pour faire davantage plaisir au lecteur que faire avancer l’aventure. Certains titres participent tout de même au thème du chapitre, qui suit parfois la sensation apportée par la chanson sélectionnée. Tous les styles se superposent pour nous abreuver de toutes les mélodies possibles.

L’auteur laisse la part belle aux dialogues et aux actions, ne nous permettant pas de nous imprégner suffisamment des pensées du personnage principal, dont les émotions profondes et complexes nous échappent la plupart du temps. Devant les mystères qu’il découvre, les énigmes à résoudre et les malédictions à découdre, Stéphane se jette à corps et cœur perdu dans l’aventure, sans que l’on comprenne véritablement ce qui le motive, et surtout pourquoi le jeune homme préfère s’abîmer la santé plutôt que de transférer son fardeau à quelqu’un d’autre de plus expérimenté. Parfois simple adolescent, ou meneur de guerre, voire adulte autoritaire dans ses propos, Stéphane passe par plusieurs paliers aux liaisons floues. Un lecteur habitué à la minutie aura peut-être du mal à le comprendre, à le suivre dans ses réflexions et ses envies, ou à le trouver cohérent le long de son évolution.

Le roman ne prend pas vraiment le temps de nous expliquer la musique en tant que telle, le solfège, ses principes ou la composition d’un morceau. Le personnage principal est un musicien qui apparaît doué, passionné et dont certaines réflexions parleront davantage à ceux du milieu qu’aux néophytes, dont les termes gammes et quintes ne diront pas forcément grand-chose. De plus, suivre certains dialogues longs peut s’avérer parfois ardu car l’auteur n’utilise pas si souvent que cela les indications de tons utilisées.

Les diverses références à la mythologie celtique, et à la mythologie grecque apportent une autre dimension au roman dont l’univers riche et original se détache des atmosphères fantastiques habituelles. Animaux et musique se retrouvent intrinsèquement liés, pour le meilleur ou pour le pire. Les inventions de l’auteur à ce propos constituent des éléments fascinants. Dans les premiers chapitres, les informations ne sont données qu’au compte-goutte à Stéphane, et cela apporte un suspense bienvenu. Cependant, les mystères s’accumulent et les cachoteries finissent par devenir frustrantes à la longue.

Les passages dans la vie de Stéphane sont plutôt émouvants et agréables à lire. On le suit dans sa vie de lycéen plutôt classique, dans sa vie de tous les jours, dans sa recherche de l’amour, dans ses incompréhensions des esprits féminins, dans ses cours de musique ou dans ses déboires pour former un groupe de musique de rock alternatif digne de ce nom. Les autres étudiants qu’il côtoie restent plutôt superficiels dans le détail de leur personnalité profonde, bien que certains profils, parfois clichés, se dégagent. Certains personnages féminins apportent une touche de fraicheur plaisante. Yseult, par exemple, attachante dans sa timidité et ses questionnements sur elle-même, est une jeune fille intéressante, et Hermance, attentionnée et curieuse, est une bonne amie de Stéphane, qui n’hésitera pas à l’aider dans ses péripéties.

Animae Symphonia avance parfois trop vite, parfois trop lentement. Certains passages s’enchaînent et lassent, quand d’autres nous offrent de belles scènes et des rebondissements essentiels. Les scènes d’action, bien que géniales dans leurs réalisations avec la musique et les instruments, manquent peut-être d’une petite touche envolée, de folie, d’épique pour véritablement marquer les esprits, et pour que l’on se persuade que Stéphane n’aurait pas pu s’allier d’un bouclier sonore résistant pour aller ensuite frapper du poing les ennemis, plutôt que de jouer de la guitare-basse magique et d’espérer que cela leur fasse toujours de l’effet.

A partir d’un certain point, les aventures musicales se ressemblent, et les recherches de Stéphane pour trouver la mélodie adéquate ne passionnent pas suffisamment, s’étalent sur de trop longues périodes, comme si l’histoire souhaitait que le temps avance pour arriver plus rapidement aux dates clés des solstices ou des équinoxes.

Animae Symphonia manque d’un personnage qui parle à tous, et qui se dévoile en profondeur pour que l’on comprenne ses motivations, ses envies, ses angoisses, et ses liens avec ses différents amis. La musique englobe merveilleusement bien le tout, grâce à un univers original, dont la richesse semble à peine exploitée.

Note : 11/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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2 réflexions sur « Animae Symphonia – Nicolas Bonin »

  1. Merci beaucoup, d’avoir pris le temps de lire et d’analyser mon roman et d’avoir eu autant d’exigence vis à vis de lui. Il y a beaucoup de matière à réflexion dans votre critique argumentée et sincère.
    Je retiens que vous auriez aimé plus de réflexion du personnage principal Stéphane, un rythme différent et sans doute plus d’explications sur la musique.
    Bonne soirée

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