avril 15, 2021

Un Justicier Dans la Ville

Titre Original : Death Wish

De : Michael Winner

Avec Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats

Année : 1974

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Dans leur appartement, la femme et la fille d’un homme d’affaires sont violées, frappées et torturées par deux voyous. L’une meurt et l’autre est traumatisée par le cauchemar qu’elle vient de vivre. Le mari se transforme en justicier et, toutes les nuits, parcourt les rues de la ville afin de retrouver les coupables…

Avis :

Charles Bronson est un acteur culte qui possède une filmographie très longue et très prolifique. Il commence sa carrière au début des années 50 avec de petits rôles dans des westerns, des comédies dramatiques ou encore des films fantastiques comme L’Homme au Masque de Cire. Cependant, il va connaître un succès fulgurant dans les années 70, enchainant des westerns cultes comme Les Sept Mercenaires et Il Etait une Fois Dans l’Ouest avec des films de guerre tel que Les Douze Salopards ou La Bataille des Ardennes. Oscillant constamment entre ces genres, il va rajouter une nouvelle corde à son arc avec les films d’action. Avec des films comme Adieu l’Ami, Quelqu’un Derrière la Porte ou encore La Cité de la Violence, Charles Bronson va rapidement se faire une image de gros bras qui tire à tout va et qui castagne pas mal. Quand il attaque Un Justicier Dans la Ville avec Michael Winner, il ne se doute pas un seul instant qu’il va lancer un sous-genre du film policier à tendance thriller et action, le vigilante movie. En effet, en arpentant les rues de New York en zigouillant du malfrat sans se poser de question, le film qui prône l’auto-défense va se développer et même devenir un genre à part entière, et la saga Un Justicier de naître. Mais au-delà du simple vigilante movie, Un Justicier Dans la Ville est bien plus riche que cela et apporte une vraie réflexion sur la justice, la défense et la peine de mort.

Ce qui est tout d’abord intéressant avec ce film, qui date de 1974, c’est sa cruauté qui survient dès le départ. Dans un bel appartement, une femme et sa fille vont se faire violenter par une bande de dégénérés. Tuant la femme, violant la fille et la laissant dans un état cataleptique la fille, on va avoir droit à une séquence d’une grande cruauté. Les corps se mettent à nu, les violences sont crues et crédibles, et l’espèce de frénésie qui habite acteurs et réalisateur laisse un sentiment de malaise qui remue un peu. Difficile alors de ne pas comprendre les agissements du père, qui perd sa femme et doit placer sa fille dans un hôpital psychiatrique. Cette violence exacerbée est présente pour que l’on ressente de l’empathie pour le personnage de Paul Kersey (Charles Bronson) et que l’on comprenne, à quelque part, ses agissements. Des agissements qui ne sont pas anodins, puisqu’ils sont la résultante d’un manque d’investigation de la part de la police. Se sentant délaissé, voyant que la police est inefficace face à la montée du crime, le héros va se décider à passer à l’action et faire payer sa souffrance à ceux qui la cause.

Bien évidemment, on pourrait croire que le film fait la part belle à l’auto-défense et la peine de mort. On pourrait croire que le film est réac et prône des valeurs qui peuvent laisser dubitatif, mais pour autant, Un Justicier Dans la Ville est plus malin que ça, parce qu’il dresse un portrait politique peu flatteur qui valide ces agissements. L’évolution du héros se déroule en trois parties distinctes. Le deuil, qui se fait dans le silence, avec une douleur interne qui sera cachée par le travail. Charles Bronson ne laisse pas paraître ses émotions, ou très peu, et il va très vite comprendre que pour libérer le démon qui grouille en lui, il faut qu’il passe à l’action. La deuxième partie concerne ses premiers tests, avec sa chaussette remplie de pièces, pour matraquer le premier malfrat venu. Si l’expérience est concluante, elle sera aussi douloureuse, changeant à jamais cet homme détruit qui va se reconstruire dans la violence, devenant finalement un malfrat lui-aussi, pire, un meurtrier. La dernière phase est celle de l’acceptation, où Paul Kersey prend confiance et se rend compte qu’il fait bouger les choses au sein de la société. Il redonne de la confiance aux gens, la criminalité recule et la police commence alors à s’inquiéter sur l’image qu’elle renvoie, celle d’une unité qui ne sert finalement à rien. Ici, on peut voir le premier point intéressant du film, qui montre une évolution logique d’un homme en souffrance et qui trouve une sorte de satisfaction dans l’auto-défense et la sauvegarde des autres.

Un Justicier Dans la Ville n’est pas qu’un film d’action où des bandits se font dézinguer par Charles Bronson. C’est aussi un pamphlet politique et sociétal. Michael Winner filme un New York qui semble sortir d’une guerre, avec des quartiers à l’abandon et des hommes des rues accros au crack et à l’alcool. Il pointe alors du doigt la misère sociale et l’augmentation de la criminalité est liée finalement à l’inaction des politiques. Ces derniers voient d’un mauvais œil la campagne de ce justicier, qui fait du tort à la police et donne des idées au peuple, comme une sorte de rébellion. Dans le film, on voit voir les magouilles qui vont être mises en place pour écarte le justicier de la ville de New York, sans l’arrêter ou le tuer, sous peine de créer une émeute en en faisant un martyr. Une réflexion judicieuse donc sur ce que peut représenter un homme seul qui décide de faire bouger les choses. Là encore, la mise en scène clinique de Michael Winner sert le propos, rendant l’ensemble terriblement crédible et presque viscéral. Les questions sur la peine de mort se posent alors, ainsi que sur l’éthique de l’état face à un homme qui fait du bien, mais en l’encontre de la loi. Un autre point intéressant avec ce film, c’est que le réalisateur ne cherche pas à faire de ce film un film de vengeance à proprement parlé. C’est-à-dire que le héros ne va pas traquer les tueurs de sa femme, mais il va exorciser ses démons en s’en prenant à tous les voyous de la ville, sans distinction. Cela change et peut surprendre, mais c’est finalement plus crédible comme cela.

Au final, Un Justicier Dans la Ville est un film très intéressant pas le problème qu’il soulève, à savoir doit-on favoriser l’auto-défense pour faire baisser la criminalité. Une problématique toujours d’actualité de nos jours, qui, en sous-texte, évoque aussi bien la difficulté du métier de policier que la peine de mort. Des sujets importants, forts et porteurs et qui trouvent, malheureusement, toujours une résonance près de 45 ans plus tard. Bien loin du film réac qu’il peut laisser transparaître si on ne gratte pas un peu la surface, Un Justicier Dans la Ville reste une valeur sûre, dotée d’une violence frontale qui continue de remuer aujourd’hui.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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