octobre 30, 2020

Les Voyages de Gulliver

Titre Original : Three Worlds of Gulliver

De: Jack Sher

Avec Kerwin Mathews, Jo Morrow, June Thorbun, Lee Patterson

Année: 1960

Pays: Etats-Unis

Genre: Fantastique, Aventure

Résumé :

Embarqué à bord d’un navire en direction des Indes, le docteur Gulliver fait naufrage et se retrouve sur une étrange île. Il fait alors la connaissance de ses minuscules habitants : les lilliputiens…

Avis :

La littérature dite classique est un formidable vivier pour les scénaristes, et cela depuis de nombreuses années. Si le courant romantique est souvent adapté durant les années 50/60, les récits d’aventure et fantastiques ne sont pas en reste. Prenons l’exemple du roman de Jonathan Swift, Les Voyages de Gulliver. Ecrit en 1721 et se voulant une satire du contexte politique et social de l’époque, le roman va rapidement se faire adapter sur toile, notamment en 1902 par George Méliès pour le cinéma muet, puis par Disney en 1934 avec Gulliver Mickey. Les russes en feront un film d’animation en 1935 et Dave Fleischer va proposer sa propre version en 1939. Il faudra alors attendre plus de vingt ans pour que Jack Sher s’attèle à une nouvelle version, avec le grand Ray Harryhausen aux effets spéciaux. Et c’est cette version qui nous intéresse aujourd’hui, puisqu’elle bénéficie d’une ressortie en Bluray, mais aussi parce le film est relativement fidèle au livre, ce qui n’était pas une chose facile.

En effet, outre les différentes versions qui existent du livre, celui-ci fut censuré à l’époque avant de ressortir en version complète, il est une douce moquerie d’un système qui déjà était corrompu et laissait certaines personnes sur le carreau. Jonathan Swift a écrit ce livre suite au krach boursier de 1720, coûtant la santé économique de plusieurs commerçants britanniques. De ce fait, les changements de taille et les aventures de Gulliver sont autant de critiques cyniques d’un système économique fallacieux et complètement hors des réalités. En faire une adaptation en 1960 n’est donc pas une chose aisée et Jack Sher s’en sort pourtant avec les honneurs, livrant une copie fidèle et démontrant toute la bêtise d’un système politique déjà aux fraises. On commence le film avec un Gulliver qui a du mal à joindre les deux bouts, soignant les gens d’un village, mais ces derniers, sans le sou, le payent en choux et autres poules. Sa femme ne désire rien d’autre qu’un foyer, mais Gulliver souhaite repartir à l’aventure pour découvrir de nouveaux paysages. Partant en bateau, lui et sa femme son alors pris dans une tempête. Gulliver se retrouve alors chez les Lilliputiens, un peuple dont la taille ne dépasse pas les quinze centimètres.

Se découpant très clairement en trois parties distinctes, Les Voyages de Gulliver commence par un constat, les gens sont pauvres, ils n’ont plus un sou pour vivre, et malheureusement, la générosité ne fait pas manger. En attaquant son film sous cet axe, le réalisateur dresse un portrait peu flatteur d’une Angleterre qui n’est pas bien, et pourtant, les gens semblent tout de même heureux, sauf Gulliver, qui veut partir pour trouver des solutions à cette pauvreté. Le cadre est beau, la mise en scène est classieuse et surtout, la restauration via le bluray est splendide. C’est coloré, c’est chatoyant et il se dégage dès les premiers instants d’une envie folle de cinéma, à la fois poétique, drôle et grandiloquent. Très rapidement, le voyage de Gulliver va s’arrêter à Lilliput, où il va devoir faire face à de petits êtres, plutôt intelligents, mais qui livrent une guerre sans merci avec leur voisin de chez Blefuscu. Ici, le réalisateur suit scrupuleusement le roman, mettant en avant des personnages étranges, aux coutumes loufoques, élisant le premier ministre sur sa capacité à jongler sur un fil tendu, mais qui ont aussi une raison de livrer bataille complètement saugrenue. Si la guerre fait rage, c’est parce que les deux monarques ne sont pas d’accord sur quel côté il faut ouvrir son œuf. Derrière cette situation ubuesque, le film critique ouvertement la politique guerrière menée, où les pays ne savent plus pourquoi ils font la guerre à un autre pays. Cette moquerie dénonce alors un système politique à la ramasse avec une terrible justesse. La mise en scène solaire dénote avec certains dialogues plutôt horribles où la peine de mort est vue comme banale, et pour des raisons illogiques. Bref, ce passage est certainement le plus intéressant du film.

Arrivant à s’échapper de justesse, Gulliver se retrouve alors sur une nouvelle île, où cette fois-ci, c’est lui le petit être. Il se retrouve alors entouré de géants, où un roi collectionne les petits animaux. Retrouvant sa femme, ils seront en quelque sorte les jouets d’un roi sympathique, mais un peu bête et n’acceptant pas la défaite. Dans ce monde, Jack Sher continue son exploration d’un système politique corrompu et mené par des idiots. Ici, le roi est conseillé par un magicien de pacotille, qui jalouse Gulliver à cause de son savoir sur les sciences. Le message passe de façon subtile, tout en n’oubliant pas de divertir son public avec des aventures grandiloquentes. Les effets spéciaux de Ray Harryhausen prennent tout leur sens ici, avec un écureuil et un crocodile géant, affrontant un homme de petite taille. Cela donne un sérieux cachet au film et démontre une envie folle de faire un cinéma autrement, en subjuguant les spectateurs. Le seul petit problème avec ce passage dans le monde des géants, c’est que parfois, c’est un peu poussif, le rythme s’enlise dans une romance pas nécessaire, et les situations grotesques sont quelques fois trop appuyées, comme le mal de ventre de la reine. La fin du film permet à Gulliver de renouer avec l’essentiel, sa femme et son amour, tout en apprenant que pour être heureux, il faut faire des concessions et parfois mettre son égo de côté.

Au final, Les Voyages de Gulliver de 1960, réalisé par Jack Sher, est un formidable moment d’aventure familial. Le film est beau, grandiloquent dans sa mise en scène, voulant surprendre le spectateur avec un spectacle en référence aux films d’époque comme Jason et les Argonautes par exemple. Si le rythme est parfois en dents de scie et que quelques situations sont bien trop ubuesques, l’ensemble est suffisamment plaisant pour emporter son spectateur dans un joli film, fidèle à l’œuvre originelle et plus intelligent qu’il n’y parait.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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