octobre 30, 2020

La Mort Scarabée – Lisa See

Auteure : Lisa See

Editeur : J’ai Lu

Genre : Thriller

Résumé :

Aux Etats-Unis et en Chine, la justice est en ébullition.
Le fils de l’ambassadeur des Etats-Unis est retrouvé mort dans les glaces d’un lac gelé. Dix jours plus tard, au large de la Californie, les agents du FBI découvrent le corps d’un « Prince rouge », fils d’un cadre chinois important, à bord d’un cargo clandestin. L’affaire est d’une telle importance que les deux pays décident d’unir leurs forces. David Stark, l’assistant de l’attorney général, se retrouve alors à Pékin où il va devoir travailler aux côtés de Liu Hulan, inspectrice au ministère de la Sécurité publique : la femme qu’il aimée douze ans plus tôt. La cause des décès des deux jeunes hommes semble désigner un tueur en série, mais la Chine reste un pays plein de mystères et de surprises, et David et Hulan vont le découvrir à leurs dépens.

Avis :

Durant les années 90, les relations entre la Chine et les Etats-Unis n’étaient pas forcément au beau fixe. En effet, entre un pays qui sort à peine du communisme et qui a du mal à chasser ses vieux démons et un autre qui prône une liberté désinvolte et mensongère, le torchon brûle. Cela va bien évidemment donner des idées d’histoires à certains auteurs et Lisa See est peut-être la plus à même d’écrire quelque chose qui mêle la politique des deux pays. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette auteure née à Paris et vivant à Los Angeles a des origines chinoises et son arrière-grand-père immigra à L.A pour en devenir le parrain du Chinatown local. Un passé qui va lui permettre d’écrire La Mort Scarabée, un thriller qui s’amuse avec les codes du genre et qui va mettre en corrélation un avocat américain avec une agent de la sécurité publique chinoise. Et si le roman ne recèlera que peu de surprises, il demeurera un bon moment avec un couple charismatique et surtout deux pays aux méthodes radicalement opposées.

Le pitch est assez simple, le cadavre d’un prince rouge est retrouvé dans les mers américaines, sur un cargo rempli d’immigrés clandestins, et le cadavre du fils de l’ambassadeur américain en Chine est retrouvé mort à Pékin dans un lac gelé. Les morts sont semblables, et les deux pays décident alors d’utiliser deux de leurs meilleurs agents pour mener l’enquête. Liu Hulan doit faire alors équipe avec David Stark, son ancien amant quand elle vivait aux States. On vite s’apercevoir qu’à travers cette intrigue, Lisa See va tout faire pour tisser des liens entre les deux protagonistes et les rendre attachants. David Stark est un peu bourru sur les bords, mais il ne résiste pas aux charmes de celle qu’il a aimée auparavant et qui est partie sans dire un mot. Liu Hulan, quant à elle, cache un lourd secret qui a pour base un régime sous Mao qui lui a fait faire des horreurs comme dénoncer certaines personnes comme néfastes pour le gouvernement mis en place. Plus que l’intrigue policière qui va avoir tendance à tourner en rond, c’est vraiment la relation conflictuelle entre les deux « héros » qui va prévaloir sur le reste et qui va s’avérer assez touchante. Souvent maladroits, les deux personnages vont réapprendre à se connaître, mais aussi à connaître les us et coutumes des pays de chacun.

Car si Liu Hulan connait les Etats-Unis pour y avoir fait ses études, ce n’est pas le cas de Stark qui va en Chine pour la première fois et qui va découvrir un pays littéralement bouffé par le maniérisme et les coutumes. Un apprentissage difficile, qui va lui ouvrir les yeux sur une autre façon de mener les enquêtes et sur ce qui est acceptable ou non. A côté de cela, nous, lecteurs, on va découvrir une Chine à la fois rétrograde dans ses méthodes, gardant une mise en mort très théâtrale et des coutumes parfois injustes, mais aussi avec une volonté de s’ouvrir au monde, ayant ses fast-foods américains et ses boutiques de luxe. Lisa See arrive à créer une ambiance particulière dans ce Pékin en plein changement après la mort de Mao. Le bouquin se découpe en deux étapes cruciales, une partie en Chine, et une partie aux Etats-Unis, où l’on va voir que même le partenaire que Liu Hulan, Peter Sun, se lâche complètement et se met à vivre à l’américaine. Une façon de montrer que la Chine va rapidement devenir un autre pays, plus ouvert et moins opaque.

Pour en revenir à l’enquête, elle-même, l’auteure propose un jeu du chat et de la souris, avec des meurtres atroces qui vont précéder les enquêteurs. On se doute bien qu’il y a une taupe, qu’il y a une anguille sous roche, mais il est bien compliqué de trouver le coupable tant cela reste encré dans l’histoire de la Chine et les rafles sous le régime de Mao. C’est à la fois instructif, mais aussi frustrant de ne pas pouvoir jouer avec le roman et de tenter de trouver qui est le coupable, et pourquoi il fait cela. On saluera néanmoins la finesse d’écriture de Lisa See qui garde un fil rouge pour tenir son lecteur et qui ne le lâche pas d’un pouce. C’est toujours intéressant, il se passe toujours quelque chose et on reste accroché à cette enquête pour savoir le fin mot de l’histoire. L’autre point positif de ce roman, c’est qu’il n’hésite pas à aller parfois dans le gore, que ce soit pour décrire certains corps ou pour tout simplement implanter une scène de meurtre. Le coup du type écartelé et l’autre dans la marmite est assez sale. Par contre, on restera aussi sur notre faim par rapport au titre. Si on comprend pourquoi le roman porte ce titre, ce ne sera pas forcément le sujet principal, mais juste un modus operandi que l’on va voir deux fois et qui sera expliqué très vite dans l’aventure. On pouvait s’attendre à plus de mystère et de symboliques au sein du titre.

Au final, La Mort Scarabée, sorti en 1998 mais réédité cette année par les éditions J’ai Lu, est un roman très intéressant sur le regard qu’il porte à deux pays que tout opposait durant la fin des années 90. Lisa See, forte de son expérience et de ses origines, se permet de décrire une Chine qui a du mal à se défaire des coutumes de l’ancien régime et qui reste un peu sclérosée dans une nostalgie par forcément saine. Cela permet alors de créer une certaine tension dans l’enquête menée, en sachant que tous les faits et gestes des protagonistes sont observés. Il en résulte un thriller rondement mené, qui manque parfois d’éléments permettant d’identifier le tueur, mais qui, globalement, reste très plaisant à lire.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.