octobre 29, 2020

J’ai Perdu mon Corps

De : Jérémy Clapin

Avec les Voix de Hakim Faris, Dev Patel, Victoire du Bois, Patrick D’Assumçao

Année : 2019

Pays : France

Genre : Animation

Résumé :

A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…

Avis :

Dans le paysage du cinéma, et le jeune paysage, aujourd’hui, je tire la carte Jérémy Clapin. Graphiste, scénariste et réalisateur, le nom de Jérémy Clapin ne vous dit pas grand-chose et c’est normal dans un sens, puisque le réalisateur livre avec « J’ai perdu mon corps » son premier long-métrage. Mais avant ce film, Jérémy Clapin s’était fait remarquer, premièrement dans la presse d’illustration, avant de passer à la réalisation. Son court-métrage, « Skhizein » a même rencontré un succès des plus intéressants, allant jusqu’à rapporter à son auteur pas moins de quatre-vingt-dix prix à travers le monde et les festivals.

« J’ai perdu mon corps« , c’est un film dont j’ai entendu parler via l’excellent bouche à oreille qui le véhicule. C’est bien simple, le film fait l’unanimité et forcément, il ne m’en fallait pas plus pour vouloir voir de mes propres yeux si le film de Jérémy Clapin est aussi grand qu’on le dit.

« J’ai perdu mon corps« , c’est un film qui demeure intéressant, c’est même un film qui dans un sens est une bien belle surprise, mais malgré tout, « J’ai perdu mon corps » est une petite déception aussi, car le film est parfois si en deçà de ce que l’on peut avoir l’habitude de voir, qu’on peut se demander où son réalisateur veut en venir. Entre fascination et un sentiment perplexe, « J’ai perdu mon corps » est un film qui demeure foncièrement intéressant et surtout plaisant et finalement, bien souvent, c’est ce que l’on attend d’un long-métrage et rien que pour cela, « J’ai perdu mon corps » mérite qu’on s’y arrête.

Paris, les années 80, Naoufel, un jeune homme d’une vingtaine d’années, tombe amoureux de Gabrielle. Le souci, c’est qu’il tombe amoureux ce soir-là d’une voix. Livreur de pizza, après un accident, il est arrivé en retard et Gabrielle fut la cliente qui lui répondit à l’interphone. Comment faire pour la retrouver et surtout la séduire ? Naoufel, après des recherches, la retrouve et commence à la suivre et c’est comme ça qu’il va faire la connaissance de GiGi ,l’oncle de la jeune fille, un menuisier qui sans le savoir, est à la recherche d’un apprenti.

S’il y a bien un mot qui peut décrire « J’ai perdu mon corps« , c’est bien le mot originalité. L’intrigue que nous a concoctée là son réalisateur est pour le moins originale et même au-delà de ça, elle est étrange, très étrange, puisque Jérémy Clapin nous propose de suivre une main qui déambule dans les rues de Paris à la recherche de quelque chose, peut-être de quelqu’un, on ne sait où, quelque part.

Bref, l’idée d’emblée est plaisante, car elle est une proposition radicale de cinéma, mais si bonne soit-elle, c’est aussi de là que vient la perplexité que j’évoquais plus haut. Si, dans un sens, l’intrigue, une fois le concept assimilé, tient sa route, il se dégage un sentiment de ne pas aller jusqu’au bout des choses, comme si le réalisateur ne voulait, ou ne pouvait, aller plus loin que cette idée. Du coup, il est vrai que le film a tendance à tourner en rond, même s’il faut aussi préciser qu’il demeure fascinant en tout point. L’écriture de « J’ai perdu mon corps » est aussi passionnante qu’elle peut donner l’impression d’être larguée, tant le film se cherche, tant ce dernier a parfois du mal à entremêler l’histoire de cette main qui se balade seule dans les rues de Paris et celle de ce gamin qui finalement apprend et ose vivre, malgré une souffrance.

De plus, le film a tendance à nous laisser sur notre faim, il manque quelque chose à ce final. Ce dernier peut être poétique dans un sens, mais il est aussi très étrange, à l’image du film me direz-vous. On aurait aimé que là encore le réalisateur aille plus loin et pour grossir le trait du manque ressenti, j’ai envie de dire qu’on attend une suite.

Pour le reste, on n’a pas grand-chose à reprocher au film de Jérémy Clapin, tant ce dernier enchaîne les bonnes idées. Si l’intrigue à ses défauts, elle a aussi ses qualités et notamment les personnages, qui en plus d’être très bien doublés, sont aussi prenants dans leur fond, Jérémy Clapin ayant pris le soin de ne pas créer des personnages qui évoluent tout du long. Autre fait, et c’est le plus étrange de tout le film, c’est cette main qui se balade à la recherche de son corps. Elle ne dit rien et pourtant, Jérémy Clapin arrive à la rendre très touchante. C’est même assez dingue ce que le réalisateur a réussi à faire ici, puisque l’on ressent tout ce que cette main peut ressentir et peut-être même plus que ces personnages, c’est l’aventure de cette main qui cherche à rejoindre son bras qui est le plus fascinant.

Du côté de l’animation, le film est magnifique et subtil, oscillant entre plusieurs ambiances, plusieurs styles. Visuellement parlant, les graphismes sont de véritables petits bijoux et je le répète, car c’est tout simplement extraordinaire, mais l’animation de cette main est incroyable. Si on ajoute à cela la BO folle de Dan Levy, dans sa forme, osons dire que « J’ai perdu mon corps » est une petite claque dans son genre.

Entre fascination et légère déception, le premier film de Jérémy Clapin est un beau geste de cinéma. Un geste inhabituel, un geste qui bouscule quelque peu le paysage du cinéma français, et même si on en ressort avec une légère frustration, ne serait-ce que pour l’idée, pour le graphisme ou encore l’envie d’un autre cinéma, « J’ai perdu mon corps » mérite qu’on y jette un coup d’œil.

Note : 11/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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