novembre 26, 2020

La Nuit des Morts-Vivants

Titre Original : Night of the Living Dead

De: Tom Savini

Avec Tony Todd, Patricia Tallman, Tom Towles, McKee Anderson

Année: 1990

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Une nuit, Barbara visite un cimetière et tombe nez à nez avec des morts vivants, assoifés de sang ! La jeune s’enfuit et trouve refuge dans une ferme, auprès de Ben, un inconnu se cachant comme elle. Ils ne tardent pas à être rejoints par d’autres survivants qui s’étaient déjà protégés en investissant la cave. Peu à peu, la tension monte dans le groupe et les zombies parviennent peu à peu à pénétrer dans la maison…

Avis:

On le dit assez souvent, mais on a constamment la sensation que l’inspiration est en berne à Hollywood. On se bouffe du remake, reboot, suite et préquelle à toutes les sauces, et on peut avoir cette désagréable sensation d’être de retour dans les années 90. Mais penser comme cela, c’est mettre de côté tous les projets originaux qui n’ont pas la visibilité de certains mastodontes, et surtout, c’est se fourrer un doigt dans l’œil jusqu’au coude puisque les remakes, ça existe depuis belle lurette. Des bons et des moins bons, certains portant un nom différent de l’original pour se démarquer, mais faire des remakes ne date pas d’hier et ce n’est pas fini. D’ailleurs, il existe des remakes qui sont soutenus, et même produits par les créateurs originaux, comme George A. Romero l’a fait avec La Nuit des Morts-Vivants. En effet, au début des années 90, le réalisateur culte de la trilogie des zombies décide de faire faire un remake de son premier film, et il demande pour cela à Tom Savini de s’en charger, l’ayant vu bosser sur Zombie, mais aussi Martin, film de vampire atypique. Une lourde charge alors pour ce génie des effets spéciaux qui va manipuler la caméra pour le première fois. Et le résultat sera étonnamment bon, malgré les difficultés du tournage.

Dans sa globalité, le film de Tom Savini ne se démarque pas de son modèle. On pourrait presque croire à un film refait plan par plan, tant il y a de nombreuses similitudes. Quand on jette un œil sur la production du film, on comprend aisément les choix du réalisateur, qui ne sont pas vraiment les siens, mais plutôt des contraintes de studio et de producteurs, puisqu’il fallait faire le film en quatre semaines, et donc couper certaines scènes inédites au montage. Une frustration pour le néo-réalisateur qui durant longtemps renier ce film, avant de le voir avec des yeux nouveaux lors d’un festival. Bref, il est vrai que le film comporte des défauts, et la comparaison avec son aîné s’impose tant beaucoup de choses se ressemblent. On sera face à un film sans surprise, qui met en avant des personnages quasiment similaires, même physiquement, et des attaques de zombies qui se rapprochent encore une fois du film de Romero. En ressort alors une interrogation, quelle est l’utilité de ce métrage? Les réponses se verront dans les sous-couches discrètes qu’appose le cinéaste.

Tout d’abord, il y a un vrai changement de héros. Ici, ce n’est plus Ben qui prend le pouvoir, même s’il dirige les travaux dans la maison, mais bel et bien Barbara. Voulant surfer sur la vague du succès d’Alien et de son héroïne Ripley, Tom Savini impose son choix de casting avec Patricia Tallman et va en faire une guerrière hors-pair, qui va prendre le dessus sur ses émotions et sur ses camarades. Personnage fort, c’est elle qui va prendre la décision de sortir, ou encore de tirer sur des zombies un peu trop collants. En 1990, mettre une femme en héroïne face à tant d’hommes, c’est un peu une nouveauté, et seul Ridley Scott ou James Cameron avaient eu cette idée. Bien évidemment, Tony Todd n’est pas en reste, et il campe un Ben très intéressant, très dirigiste, mais parfait dans ce rôle. Le changement s’opère aussi au niveau des effets spéciaux et des apparitions des zombies. Plus présents, plus menaçants, prenant parfois la place d’un plan iconique, les morts-vivants sont bel et bien là et ils sont une réelle menace. Tom Savini se fait plaisir et propose divers corps pour choquer un peu plus le spectateur et montrer la fin différence entre un mort et un vivant. Le coup du corps autopsié est parfaitement mis en valeur, trompant le spectateur le temps d’une scène de quelques secondes avant de lui dévoiler la supercherie.

Des idées d’effets spéciaux et de mise en scène, le réalisateur en a plein, mais il va devoir se brider sur certains points. On notera par exemple une explosion et une disparition de deux personnages attachants lors d’une séquence trop rapide, que ne voulait pas le cinéaste. En effet, ici, il voulait faire quelque chose de plus long, de plus prégnant en montrant un homme en feu agonisant et faisant finalement exploser la camionnette et les espoirs des survivants. Cela ne se fera pas faute d’un temps de tournage insuffisant. On pourra aussi pester contre le sort d’une comédienne qui va se faire littéralement assommer par un effet spécial qui va mal tourner, donnant, selon les dires du réalisateur, une séquence incroyable, qui ne fut par gardée par peur de dépôt de plainte de l’actrice. Malgré ses quelques points qui ont peiné Tom Savini, on sent une envie de bien faire et de donner aux spectateurs ce qu’il attend. On ressent la menace, on ressent l’urgence, et les relations entre les personnages sont souvent justes, créant tensions et entraide.

En fait, outre une héroïne plus badass que jamais, l’autre grosse différence de ce film avec l’original provient de son message, ou tout du moins de l’absence d’un message, le racisme. Là où le film de Romero mettait en avant une séquence choc d’un homme de couleur noir se faisant tirer dans la tête alors qu’il n’est pas un zombie, Tom Savini préfère éviter le sujet pour s’attarder sur la fin et faire la comparaison entre homme et zombie. Car la ligne est fine entre des morts-vivants qui tuent pour se sustenter et des humains qui tuent et torturent pour le plaisir. Comme le dit si bien le métrage, ils sont nous et nous sommes eux, unis dans un même combat, l’autodestruction. Une fin plus longue, bien agencée, qui démontre que même notre héroïne règle ses comptes et succombe à ses démons, devenant une tueuse parmi les monstres. Si l’ensemble manque un peu d’impact émotionnel, le réalisateur a réussi à imposer sa patte sur la fin, proposant une réflexion nécessaire sur le genre humain et c’est dans la droite lignée d’un Romero, injectant du sociétal dans un film d’horreur.

Au final, La Nuit des Morts-Vivants de Tom Savini est bel et bien une réussite. Si cela n’égale jamais vraiment le chef-d’œuvre de Romero, il n’en demeure pas moins un bon film, plus rythmé et avec des idées qui changent un peu de l’original. Si Tom Savini considère ce film comme un film maudit pour lui (alors en plein divorce lors du tournage et avec des restrictions qui le gênent), il n’en demeure une bonne réussite factuelle que l’on peut revoir aisément de nos jours, n’ayant pas pris une seule petite ride. Etonnamment, nous sommes face à un remake qui n’apporte pas grand-chose à l’original, mais qui s’avère éminemment sympathique et qui n’a pas à rougir face à la comparaison.

Note: 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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