septembre 28, 2020

Les Invisibles

De : Louis-Julien Petit

Avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky, Déborah Lukumuena

Année : 2019

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Avis :

Louis-Julien Petit est un jeune venu dans le paysage du cinéma français. Son premier long-métrage, « Ana et Otto« , qu’il a entièrement autofinancé et mis près de trois ans à faire, sort en 2013. Louis-Julien Petit était un familier des tournages, puisqu’il a travaillé en tant qu’assistant de réalisation pendant près d’une dizaine d’années sur des tournages, avec de très bons réalisateurs, Régis Wargnier, Jean Becker, Luc Besson, Lone Sherfig, Quentin Tarantino, Xavier Giannoli, Christopher Nolan ou encore Martin Scorsese… Sacré CV. Après ce premier long autoproduit, Louis-Julien Petit sort son premier film au cinéma en 2015, « Discount« . Le film rencontrera un joli petit succès qui lance le jeune cinéaste.

Le cinéma français a toujours aimé le cinéma social et l’on ne compte plus les grandes œuvres qui regorgent dans notre pays et parmi les très beaux noms de réalisateurs qui choisissent d’explorer ces thèmes-là, je crois bien qu’on peut ajouter celui de Louis-Julien Petit, car après « Discount« , le réalisateur nous entraîne encore une fois, dans un film qui va mettre en relief un problème et des gens dont on n’entend pas forcément parler. Avec « Les invisibles« , Louis-Julien Petit livre un film simple, triste, beau, sans artifice, mettant en lumière une association, des femmes SDF et la réinsertion de ces femmes, cachées aux yeux de la société. On rit, on est touché, c’est plein de générosité, et à aucun moment Louis-Julien Petit ne tombe dans le piège du misérabilisme. Bref, une jolie petite réussite.

Manu, la cinquantaine, travaille dans un centre de réinsertion pour femme SDF. Avec Audrey, Hélène et Angélique, elle fait tout pour gérer au mieux le quotidien et les attentes des femmes dont elles s’occupent. Malheureusement, l’envol, le centre de Manu, a très peu de résultats et la municipalité décide que dans trois mois, ce dernier fermera ses portes. Manu et les autres ont alors quatre-vingt-dix jours pour aider ces femmes sans abri au mieux. Désormais, tout est permis, même ce que la loi ne permet pas…

Il y a des films dont on n’attend pas grand-chose, malgré la très belle réputation qu’il véhicule et pour ma part, ce fut le cas de ces « … Invisibles« , le quatrième film de Louis-Julien Petit. En fait, ce qui me freinais quelque peu, c’était l’idée d’un film social qui tomberait dans le larmoyant et les clichés. En France, nous avons un très bon cinéma social, mais il est vrai que ces dernières années, ce dernier fut plus lourd et bien souvent bien plus caricatural. Les derniers exemples d’excellents films sociaux qui me viennent en tête sont « En guerre » de Stéphane Brizé ou le « Hors Norme » de Nakache et Toledano.

Bref, quoi qu’il en soit, « Les invisibles » me donnait autant envie de le voir que je pouvais aussi le craindre, heureusement, après m’y être lancé, c’est le premier sentiment qui en ressort, tant le film de Louis-Julien Petit est un excellent moment de cinéma, aussi attendrissant que drôle et nécessaire, mettant en lumière des invisibles justement, des femmes dans la rue ou dans les associations dont on ne parle jamais.

Avec « Les invisibles« , Louis-Julien Petit a su capter un petit monde, un univers et il l’a transvasé sur grand écran de la plus belle des façons. Si l’intrigue en elle-même reste assez simple, et linéaire, voire même sans aucune surprise, ce n’est pourtant pas ce qui importera le plus ici. Non, « Les invisibles« , c’est un film qui est fait d’infinis détails, c’est un film qui est parcouru d’une sincérité et d’une envie de s’approcher au plus près de la réalité, sans tomber dans le documentaire, ou dans un autre sens, le misérabilisme. D’ailleurs, afin d’éviter ce dernier, Louis-Julien Petit a décidé d’instaurer tout le long de son intrigue, de l’humour, beaucoup d’humour et de joie de vivre. Si le fond est sérieux et dramatique, le choix du réalisateur est excellent et juste. Ici, Louis-Julien Petit décrit des parcours de vie, explore à travers tous ces personnages tout un tas de thèmes logiques et cohérents avec les idées du metteur en scène. Louis-Julien Petit veut nous éclairer sur ces gens qu’on croise tous les jours, sans qu’on ne les remarque vraiment. Et il le fait sans tomber dans la leçon de morale ou le jugement. Non, il veut évoquer, questionner et nous laisse avec nous-même et c’est très bien vu.

Pour incarner toutes ces femmes, et certains de ces hommes, Louis-Julien Petit s’est entouré de comédiens professionnels, comme sa muse Corine Masiero, Noémie Lvovsky, Audrey Lamy, Déborah Lukumuena, les excellents Pablo Pauly et Antoine Reinartz ou encore la parfaite et trop peu connu Marie-Christine Orry, mais très sincèrement, aussi excellentissimes sont-ils tous, c’est le casting d’actrices non-professionnelles qui éblouit de par leur naturel et leur joie de vivre, d’être là. Elles s’appellent Adolpha Van Meerhaeghe, Laetitia Grigy, Marianne Garcia, Marie-Christine Descheemaker, Patricia Mouchon, Assia Menmadala et tant d’autres encore et elles sont brillantes, attachantes, touchantes, amusantes… Bref, elles sont la lumière et la vie de ce film.

S’approchant du documentaire sans en être un, simple, précis, juste et beau, jamais larmoyant ou lourd, tenu par des actrices extraordinaires, le nouveau film de Louis-Julien Petit est un joli et très bon moment de cinéma. « Les invisibles« , c’est du cinéma social comme on l’aime. C’est un cinéma qui fait réfléchir sans jugement, c’est un cinéma qui met en lumière de très belle façon des invisibles et c’est enfin un cinéma social qui, après « Discount« , fait que Louis-Julien Petit est un nom sur lequel on peut compter et qu’on va suivre de près.

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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